U NE M A CED GIN E. I
Fanchette; elles étaient rouges de colère. Elles se mordaient les lèvres; elles m'auraient arraché les veux... si j'avais voulu le permettre.
Je parlai ensuite d'un interminable procès, d'un duel au bois de Boulogne , d'un poëme épique, intitulé le Menteur , composé par M. d'Allival, par M. d'Allival, qui n'est qu'un seigneur de paroisse , et dont , selon moi , on faisait l'éloge dans tous les cercles de Paris. Le beau-frère et le cousin répondaient à tout, comme des gens qui ont vu et entendu. Le cousin cependant avoua avec franchise qu'il ne connaissait que le titre du poème. Aussitôt je lui citai trente à quarante vers de la Henriade, que j'assurai être les plus marquans de l'ouvrage. Mon homme s'écria qu'il était loin de croire un tel génie à son cousin , et qu'il ne manquerait pas de se procurer le poème à son retour à Paris. Pour entretenir d'aussi favorables dispositions, j'entrepris de lui faire un extrait verbal du Menteur.
« Un aventurier s'est donné pour un prince « étranger. Il s'est introduit chez un grand sei- « gneur, à l'aide d'une femme, qui ment aussi face cilement qu'elle parle. L'intrigue se consolide «chez le grand seigneur. La femme, qui n'aime « pas l'aventurier, couche avec lui pour faire quelce que chose, ou peut-être par distraction. Un (( commensal du château découvre tout, sans u peine, et même sans finesse. Il avertit le grand
«seigneur, qui fait chasser le prince étranger « par ses valets.
« Vous voyez , messieurs , qu'il y a ici tout ce « qui constitue une action dramatique; supposi- « tion de personnages , quiproquos en consé- « quence , un semblant d'amour , une reconnaisa sauce et un dénoûment imprévu. »
Il fallait voir ces dames î elles ne tenaient plus sur leurs sièges ; elles ne savaient où mettre leurs mains, que faire de leurs figures. Les hommes, de très-bonne foi sur tout ce que je leur disais, n'étaient occupés qu'à soutenir un personnage qui devenait plus embarrassant à chaque minute.
J'avais détruit toute apparence de parenté, et ces deux hommes étaient évidemment deux sots; mais qu'étaient-ils d'ailleurs? C'est ce que je grillais de savoir, et ce que peut-être ces dames ne savaient pas plus que moi. 11 serait bien plaisant que j'eusse peint tout le monde dans mon extrait sommaire du poème du cousin d'Allival!
M. Baptiste donna un peu de relâche à mes victimes. Il venait dire à Soulanges que l'exprès qu'il avait demandé était parti pour Paris. Il était chargé, pour une amie de la comtesse, d'une lettre , par laquelle on la priait de remplacer sans délai les deux demoiselles qui vont, en Espagne, soigner les valises exiguës de deux souslieutenans de hussards.
Baptiste n'a donc pas porté le livre et le cous-