‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 45 sur 82 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il a écrit ses mémoires, peut-être pour conserver des souvenirs, toujours attachans; peut-être aussi par un pur mouvement d'amour- propre : on n'est pas fâché d'apprendre au public qu'on a été l'objet des affections constantes de deux femmes, jeunes, bonnes, belles, et en même temps trèsjolies. Le portrait est vrai, parfaitement vrai, à l'égard de madame de Mirville... Je suis tentée de croire, je l'avoue, qiae le mien n'est pas très-flatté.

Et moi aussi, je vais écrire mes mémoires. Je ne pense pas à consacrer mes souvenirs; ils sont XVL 1

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inaltérables, je les porte avec moi. Une force expansive, dont je ne suis pas maîtresse, semble répandre, autour de moi, la joie et le bonheur. Mon dessein n'est pas non plus de sacrifier à ma vanité : j'ai un but plus louable.

Avant d'apprendre à penser, à écrire, j'ai senti la nécessité d'observer. Reléguée, d'abord, dans un cercle obscur, j'ai vu les hommes à peu près tels qu'ils sont : je ne paraissais pas digne qu'on prît un masque pour moi. Élevée, peu à peu, par l'amour, je me suis trouvée en relation avec des hommes d'un rang (iistingué. J'ai cessé de les voir ce qu'ils sont; je les ai vus ce qu'ils veulent paraître.

Je ne crois pas, cependant, qu'il soit impossible de les dépouiller du prisme brillant qui les environne, et de retrouver la nature, sous l'enveloppe où on s'efforce de la cacher. Cette connaissance de l'homme conduit à expliquer, amener, prévenir, ou détourner mille particularités, en apparence insignifiantes, et qui sont cependant les causes premières d'événemens sérieux , qui influent essentiellement sur notre destinée.

L'étude que je vais faire ne peut être l'objet d'un travail sérieux. C'est en folâtrant qu'on provoque la confiance; c'est par une contradiction

modérée, et toujours aimable, qu'on arrache un trait de nature. On n'a pas eu l'air de le saisir : le soir, on l'inscrit sur ses tablettes.

Peut-être le relevé de ces tablettes n'offrira-t-il qu'une bigarrure sans agrémens. Pourquoi écrire, me demanderez -vous, si vous vous défiez à ce point de vous-même ?

J'ai une fille. Il y aura une époque , où l'expérience de sa mère lui sera utile, et si elle parvient à dire avec certitude: Cet homme rit, et n'est pas gai; cet autre me flatte, il n'est pas vrai, je n'aurai pas perdu mon temps.

Peut-être encore Honorine ne lira-t-elle ceci que lorsque le sort de toute sa vie sera décidé. Cet ouvrage offrira, très -probablement, des détails et des scènes, que l'innocence ne doit voir qu'avqp un voile sur les yeux. Cette opinion est assez généralement adoptée. Je ne sais si, pour cela, elle est la meilleure : il est difficile d'échapper à un danger qu'on ne connaît pas. La surveillance la plus active d'une mère ne s'étend pas à tous les instans, et il ne faut qu'une minute.,, j'en sais quelque chose.

Au reste, je me conduirai selon les circonstances , et s'il s'en présente une qui exige que la vérité paraisse nue, Honorine la verra.

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