‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 74 sur 82 · T A E L EAUX · texte numérisé non relu

T A E L EAUX

d'attaquer, cle condamner son cœur; d'exiger qu'il ait sur lui cet empire que je n'ai plus sur moi? Pauvres humains ! toujours prompts à blâmer autrui, toujours habiles dans Fart de transiger avec nous-mêmes, nous exigeons tout des autres, lors même que nous ne faisons rien pour eux.

Julie termine par les compliraens d'usage. Comme tout cela est sec et froid ! pas un mot qui parte de l'ame. Les sens sont éveillés, voilà tout.

Une lettre de M. de Francheville! Elle est datée de Lyon.

« Tout a tourné contre moi, jusqu'à mes este pérances. Le voile, que j'avais sur les yeux, est « tombé. Il ne me reste que le sentiment de mes « fautes, et de mon infamie. Un homme comme « moi peut être obhgé de courber sa tête ; mais « aussi il veut acquérir le droit de la relever. Mon « parti est pris; il est irrévocable. Je vais joindre «la grande armée. Je me cacherai, s'il le faut, « dans les derniers rangs. J'en sortirai bientôt , où « je perdrai la vie.

« Je ne vous cache pas cependant que je vou» « drais débuter, dans cette nouvelle carrière, avec <( quelque avantage. Je sais que je ne peux prête tendre à être officier; mais il est facile, je crois, « de me faire recevoir volontaire, attaché à un « état -major. Là, je serai dans une certaine évite dence. Les circonstances et mon bras feront le K reste.

« Vous n'avez qu un mot à dire au prmce, pour

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u m'obteilir cette légère faveur, et ce mot, vous c( le direz. Mon cœur me répond de vous : il vous «estime toujours, autant qu'il vous a aimée.

« Je servirai sous le nom de Rosant , qui est « celui de ma famille. Je reprendrai le premier, si «je parviens à m'illustrer.

« J'embrasse tendrement ma fille , et j'espère « mériter un jour le titre de votre ami.

Je le répète, cet homme -là n'est pas vil. Sa détermination annonce une ame grande. Il peut se recréer une réputation; il le fera, je l'espère. Je justifierai sa confiance; je le soutiendrai, dans son projet , de tout mon crédit. Je vais m'occuper de lui; je ne perdrai pas un moment.

Je sors de chez le prince. Il approuve la conduite de M. de Francheville. «Ce parti, m'a-t-il « dit, était le seul qu'il pût prendre, et je lui sais « bon gré de s'y être déterminé. » Il m'a donné de fortes recommandations, pour plusieurs offi ciers-généraux. Je les remettrai, avec une vraie satisfaction, à cet infortuné, réduit à implorer les bons offices de sa femme. Je lui ouvrirai ma bourse; je le consolerai; je soutiendrai son courage; je ferai tout pour lui.

On me l'annonce. Il est arrivé presque aussitôt que sa lettre.

Il a refusé ma bourse; il a accepté mes services. Son ton , son maintien ont été modestes , sans bassesse. Il a parlé en homme, qui s'estime encore lui-même. Ce sentiment le conduira à

forcer l'estime des autres. La gloire de Rosant couvrira les fautes de Francheville. Sa fille s'enorgueillira un jour de lui devoir la vie.

Il Fa comblée de caresses. Il revient à la nature; le cœur est encore bon.

Il ne restera à Paris que le temps nécessaire pour se faire un petit équipage de campagne. S'il m'avait demandé la permission de me voir, pendant son séjour ici, bien certainement je la lui aurais accordée. Il le désirait, je le crois. La crainte d'un refus lui a fermé la bouche, et il m'a semblé que ce n'est point à celle qui pardonne à faire les premiers pas. Petitesse, orgueil déplacé peut-être. Je me suis tue. Ai-je bien ou mal fait?

Cette entrevue a fini comme les précédentes. Il a paru profondément affecté, en se séparant de moi. Des larmes d'attendrissement roulaient dans ses yeux, et j'étais, moi-même, très-fortement émue. Oui, je serai son amie, sa meilleure amie. Que dis-je? je le suis déjà, je n'ai pas cessé de l'être, lors même qu'il m'opprimait.

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