CHAPITRE XXVII
Calme et tourmens.
Comment des sensations opposées se succèdent-^ elles, en nous, avec tant de promptitude? Comment ce qui nous paraissait désespérant la veille , peut-il nous présenter quelques douceurs, le îen- (iemain ? Une puissance inconnue fait agir mes membres, par l'effet seul de ma volonté. Cette puissance agit, sans mon concours, sur mon sang, mes humeurs, mon cerveau. Peut-être Téloignement de tout ce que je crains ou que j'aime^ la fraîcheur, le calme d'une grande foret, une manière de vivre tout-à-fait nouvelle, ont-ils ramené , pour quelques instans du moins , cette tranquillité qui m'est si nécessaire, et à laquelle je me livre avec le plus doux abandon. Peut-être aussi l'influence de Tamitié opère-t-elle cette espèce de prodige. L'amitié, qui, pour les gens du monde , n'est que le roman de l'imagination , existe réellement entre la princesse et moi. Quoi qu'il en soit, je me trouve bien, très-bien; cela me suffit. Je jouis de l'effet, et je laisse aux savans la recherche et l'explication des causes.
Quelquefois je vais seule m'asseoir dans la forêt. J'ai, avec moi, son portrait et ses lettres, et je crois être avec lui. Je lui parle, il me répond. Je l'entends, je le vois sourire, et je suis heu-
relise. L'obscurité qui envelopj>era la naissance de cet enfant; l'incertitude de son sort à venir, semblent m'y attacher davantage. En pensant à lui, je suis émue, attendrie, et mon cœur n'est plus déchiré. Pourquoi cela? Ne serait-ce pas que nos sensations varient sans cesse , comme notre individu ? il ne faui qu'une circonstance pour nous détacher de nos peines; une autre circonstance nous y ramènera. N'est-ce pas là le mot de l'énigme que je voulais expliquer tout à riieure ?
Je rentre; la meilleure des amies vient au-devant de moi. La satisfaction se peint dans tous ses traits, parce que je lui parais tranquille. Une conversation douce, mais animée, remplit, à peu de chose près, tous nos instans. Les heures s'écoulent avec rapidité, parce que nous ne cherchons pas nos idées , que nous ne prétendons pas à l'esprit, et que, quand on s'aime comme nous, on a toujours quelque chose d'intéressant à se dire.
Louison est pleine d'intelligence, et même de finesse. Le rang et l'opulence de la princesse lui font chercher tous les moyens de plaire : elle désire probablement rester avec elle. Elle est plus empressée auprès d'elle; elle met plus d'affection dans les services qu'elle me rend.
Le filleul Pierre, bon garçon, tout simple, tout uni, ne paraît pas s'occuper du lendemain. Il fait ce qu'on lui demande; il ne fait que cela;