‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 77 sur 82 · XVI · texte numérisé non relu

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mais ii le fait bien. Il saisit toutes ies occasions de parler à la dérobée à Lonison, et Louison se laisse prendre la main quand elle croit n'être pas vue. Ils souffriront tous deux, si elle est sage. La fille d'un praticien de Lagny peut être femme de chambre d'une dame du plus haut rang; mais on ne la donne pas à un laquais. Je m'occuperai de ces jeunes gens. Qu'ils épuisent les douceurs de l'amour, sans rien connaître des tourmens dont j'ai été, et dont je serai peut-être encore la victime.

Maître Thomas s'est particulièrement attaché à ma personne. C'est à moi qu'il demande, à la fin de chaque repas, quels sont les mets qui m'ont plu. C'est de moi qu'il prend les ordres, pour Je lendemain. Il trouve tous les jours le temps de frotter les pièces que j'habite, et de garnir mes croisées de fleurs nouvelles. Je ne peux lui faire d'observations sur ses préférences, sur la nécessité de ménager l'amour-propre de la princesse. Je deviendrais en quelque sorte sa confidente; j'établirais, entre lui et moi, une familiarité, qui n'est ni dans mes principes, ni dans mon goût. Je ferai mieux, je lui donnerai le précepte avec l'exemple.

Je viens de trouver à ma porte les ustensiles destinés à brillanter mon appartement; je les ai poussés à celle de la princesse. J'ai porté, sur ses croisées, les fleurs qui étaient sur les miennes. Thomas m'a comprise : il fait pour elle ce qu'il faisait pour moi. A la vérité, la rose la plus

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fraîche, Tœillet le plus odorant sont pour madame la comtesse; mais la différence est légère. Moi seule je la sens , et mon amie se loue beaucoup du zèle et des talens de ceux qu'elle a pris à son service. Tout est bien.

Je ne crois pas la princesse susceptible au point de s'affecter sérieusement de ces bagatelles; mais je suis intérieurement flattée des attentions de maître Thomas. Pourquoi celle qui y avait des droits plus réels, et à qui il les refusait, n'aurait-elle pas eu un peu d'humeur, si elle s'en fût aperçue ? Quoi de plus varié, de plus bizarre, de plus irrascible que notre amour-propre ? Celle qui dit n'en avoir qu'un peu, a ses raisons pour le faire croire; elle le persuade rarement; elle ne s'abuse jamais elle-même.

C'est demain dimanche. Maître Thomas a un mauvais violon, qu'il n'a pas manqué d'apporter avec lui. Il m'a demandé la permission de faire danser, sur une assez jolie pelouse, qui est entre la maison et la foret. Oh ! cette fois je l'ai renvoyé à la princesse, et j'ai pris un ton qui préviendra de semblables écarts. Il m'a quittée avec un air si triste!... N'importe. Je ne veux pas que les gaucheries de notre cuisinier élèvent des nuages entre nous.

On a dîné. Maître Thomas a couru dans toutes les chaumières voisines. La jeunesse se rassemble sur le gazon. La gaieté brille dans tous les yeux. Les mouvemens ne sont ni étudiés, ni corrects;

mais ils expriment la force et la souplesse. C'est ainsi que dansent les amis du plaisir; c'est ainsi qu'on ne danse plus... qu'au village.

Pierre ne danse qu'avec Louison. Louison, par coquetterie, accepte quelquefois un jeune homme du hameau; mais elle ne danse réellement qu'avec Pierre. Ce bal champêtre me rappelle la noce d'Eustache, si épris de sa petite Claire, si heureux par elle. Douze ans se sont écoulés , et je crois danser encore avec M. de Fran cheville. Je suis encore avec lui dans celte grotte... Les temps sont bien changés ! Eh ! aurais-je à regretter quelque chose , si Sainte-Luce était ici ? C'est auprès de lui que renaîtrait l'ivresse de mes plus jeunes années; que j'oublierais tout, hors lui.

Où est -il? que fait-il? Si j'avais la certitude qu'il pense à moi, au moment où je pense si tendrement à lui, je croirais à cette union, à cette sympathie des ames, qui peut être éternelle, puisqu'elle est indépendante des sens, du temps et de Fabsence; espèce de bonheur qui parait suffisant à quelques personnes, qui ne doit l'être réellement que lorsque l'âge a éteint des sensations plus fortes; mais qui peut soutenir et consoler ceux que la nécessité réduit à s'y borner. Non , point d'amour heureux sans l'intervention des sens. Sans eux, l'amour n'est qu'un combat continuel, livré à la pudeur, qui ne triomphe pas toujours, et qui quelquefois s'applaudit de sa défaite.

Et point de lettres de Sainte-Luce ! Élément

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immense et cruel, qui nous prive de celte dernière jouissance, qui peut-être engloutira mes espérances les plus chères... Ramenez -le , ramenez-le, ô mon Dieu !

I/homme qui va à la poste de Lagny, arrive en ce moment. Une lettre pour moi... Elle est de ma fille. Elle vient à propos. Depuis longtemps , l'amour maternel tempère la violence de l'autre.

Honorine n'écrit pas comme madame de Sévigné : son esprit n'est pas formé encore. Mais elle a pour elle la candeur, la naïveté de son âge, unies à une extrême sensibilité. J'ai mis sa lettre à côté de celles de Sainte-Luce. Je n'avais pas de place plus distinguée à lui donner.

Je reprends cette lettre. J'emploie une partie de la journée à la relire^ j'en pèse toutes les expressions. Quoi de plus naturel ? C'est la première qu'elle m'ait écrite. Non, je ne croyais pas ma fille si avancée. Quel développement dans ce petit cœur-là ! et , de la sensibilité profonde qu'elle exprime, à un sentiment plus vif, l'intervalle est si court, la pente si rapide, le but si séduisant ! Cette idée me tire des larmes , et cette affection pénible reproduit toutes les autres. J'avais raison en disant , tout à l'heure , qu'il ne faut qu'une circonstance pour nous ramener, avec une force nouvelle, aux tristes sensations, auxquelles nous avons tant de peine à échapper.

Quelle machine que la nôtre ! faiblesse et vanité, voilà ce qui la compose.

Je vais donner ma soirée à ma fille. Je reviendrai à moi en lui écrivant, et le sommeil me rendra, peut-être, cette sérénité de l'ame qui, dans cette retraite , me paraissait devoir être inaltérable.

Quel beau jour, se prépare \ la pureté du ciel, un soleil qui s'élève majestueusement sur l'horizon , répandent dans tout mon être une nouvelle vie. Mon réveil ressemble à celui de la nature : je sors de mon lit fraîche et calme comme elle.

Oui, je suis encore bien, très-bien. Sainte- Luce me trouvera la même à son retour ! Reviendra-t-il?... Hélas!... toute la gloire des héros réunis vaut -elle les larmes que celle de mon amant me coûte ?

Quel beau jour ai-je dit ! Ces richesses , que la nature étale avec profusion, ne sont vues ni senties par un cœur oppressé, par des yeux noyés de pleurs. Les infortunés ne peuvent voir qu'eux: ils ne sentent que leur infortune. N'y aura-t-il plus pour moi de jours sans orage?

A midi , une berline s'arrête devant la grille. Nous courons, la princesse et moi. Quelle est notre surprise en voyant descendre, de la voiture, l'écuyer du prince, homme honnête et sijr; mais qui ignore mon état, et devant qui il me serait affreux de paraître. Je me jette derrière une touffe de lilas; je le laisse passer.

La princesse a toujours l'espril du moment : elle fait entrer l'écuyer dans une salle, éloignée de l'escalier qui conduit à nos modestes apparteniens. Elle me donne la facilité de rentrer chez moi, sans être aperçue. Thomas, qui arrange des fleurs nouvelles, remarque mon trouble. Il me fatigue de questions et d'offres de services. Le brave homme ! je l'afflige encore ! je le renvoie durement; je m'enferme, comme si j'avais quelque violence à craindre.

Pourquoi le prince envoie-t-il ici son écuyer ? Par quelle inconséquence a-t-il choisi un homme, dont je suis parfaitement connue ?

On frappe à ma porte; la princesse se nomme; je lui ouvre. Elle me présente une lettre du prince; efle pleure, et je pleure aussi, sans savoir quel coup va me frapper : mais l'amitié émue, agitée à ce point, a-t-elle autre chose à m'ainioncer qu'un nouveau malheur ? Je tremble pour Sainte-Luce, pour ma fille. Mes yeux sont fixés sur cette lettre, et je ne distingue pas un caractère.

Je me remets cependant : le plus grand mal n'est pas celui qu'on éprouve, c'est celui qu'on redoute, et qu'on attend.

Non, non, je n'ai rien à craindre pour ma fille, pour Sainte-Luce. Toute autre infortune, quelle qu'elle soit, doit être supportable.

Nous n'avons pas tout prévu, dit le prince. N-otre départ précipité a occupé les curieux. Il

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n'a pas cru devoir cacher le lieu de notre retraite, et on s'étonne que la princesse, qui a des châteaux, ait choisi une habitation, qui convient si peu à une* dame de son rang. Le soin que nous avons pris d'éloigner tous nos gens, notre isolement absolu, ont donné lieu à mille conjectures. La malignité devait s'attacher à la plus offensante ; elle l'a fait , et la réputation de la princesse est fortement compromise. On la dit coupable de la faute de son amie, et on suppose que le calme apparent du prince, n'est que le calcul d'un époux, qui dissimule son ressentiment pour échapper au ridicule.

On ne s'occcupe pas de moi. Ah! je le crois! on est si empressé de punir les grands de la distance établie entre eux et nous ! la calomnie n'attaque les petits, que lorsqu'elle manque d'aliment. Il est essentiel , ajoute le prince , que son épouse reparaisse, à l'instant, pour dissiper les bruits injurieux. Il regrette sincèrement d'être obligé de me priver des douceurs de l'amitié. Cependant il espère que je sentirai la force de ses motifs, et que je ne balancerai pas à engager mon amie à revenir, le jour même, à Paris. Il parle , en passant, de M. de Francheville , dont les affaires sont dans un désordre affreux. Il finit en m'offrant tous les bons offices, qui dépendront de lui.

J'aurais pu répondre bien des choses. Mon imagination s'est arrêtée à une seule idée : si les brufts, qu'on a répandus, ont quelques fondemens ; si Ae

prince est instruit des désordres de sa femme , il n'eut pas , en l'éloignant de lui , donné naissance au soupçon. Il pouvait lui marquer en particulier toute son indignation; se séparer d'elle dans son palais même; éloigner, plus tard, im enfant, qu'il croyait ne devoir pas reconnaître, et, paraissant laisser tomber cet événement dans le cours ordinaire des choses, il imposait silence à la malignité. Mais, sous des formes aimables, je démêle la fermeté d'un homme qui intime un ordre absolu. Il est dans mes principes de prévenir, avec une extrême attention , tout ce qui peut altérer l'harmonie qui fait le bonheur des époux, et, m'oubliant moi-même, renonçant à l'appui, aux consolations de l'amitié, j'ai rassemblé toutes mes forces , et je les ai opposées à mon cœur.

Les larmes de la princesse n'exprimaient que la douleur d'être obligée de se séparer de moi; ainsi je n'ai pas eu besoin d'employer une longue suite de raisonnemens , sur un esprit déjà persuadé. Nous avons cherché à nous étourdir sur ce que cette séparation a de cru^l pour toutes deux; nous nous sommes occupées des moyens d'adoucir les peines qu'elle doit causer, à moi , surtout. N'avais-je pas assez des tourmens de l'amour? Il faut encore que je sacrifie l'amitié ! Sainte- Luce, ma fille, la princesse, tout successivement disparaît , s'éloigne de moi. Ah ! si je pouvais aussi me séparer de mon cœur!

Le prince a envoyé ici celui de ses officiers au-

quel il accorde le plus de confiance. Cependaut je ne paraîtrai pas devant lui; je ne conduirai pas la jmncesse à la voiture ; je ne m'y élancerai point ])our la presser encore dans mes bras. C'est ici , dans cette chambre, que je lui dirai un dernier adieu. Nous serons séparés avant qu'elle soit sortie de la maison; il ne me sera pas même possible de lui exprimer, de ma croisée, mon affection et ma reconnaissance.

L'heure si redoutée approche. Ainsi le coupable, qui touche à l'instant fatal, compte les minutes, et le temps, qui s'écoule si lentement pour l'homme fatigué de jouissances, a réellement des ailes pour lui. Nous éprouvons les mêmes angoisses, et nous n'avons fait de mal à personne.

La pendule a sonné. « Mon enfant, me dit-elle, « montrons -nous dignes l'une de l'autre. Notre « amitié se fortifiera par les épreuves; cette idée « seule nous aidera à les supporter. — Ah ! madame « vous allez revoir un époux , des enfans qui vous «sont chers. Que me reste -t-il, à moi? — Mon « souvenir, les lettres que je vous écrirai, mes «soins soutenus, qui parviendront jusqu'à vous, «malgré les distances. — Une heure, madame; « donnez -moi une heure encore. — Et quand « elle sera passée , nous en voudrons une seconde , « une troisième. Le prince les compte. Il ne suffit « pas que je me montre soumise, je dois encore « paraître empressée. Qui sait si, pour prix de «mon exactitude, et lorsque ma présence aura

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« dissipé de vains bruits , il ne me rendra pas à « l'amitié. Votre terme approche ; ma présence c( vous sera nécessaire; le prince vous aime; il se '( rendra à ces considérations : mon absence peut c( n'être pas longue. »

L'espérance m'a calmée; elle a entr'ouvert mes bras, qui enlaçaient mon amie, qui la pressaient avec force sur mon seni. Elle s'est éloignée. Déjà je ne la vois plus; je l'entends, et j'écoule encore quand mon oreille a perdu la trace de ses pas.

C'en est fait, la voiture roule; me voilà seule dans le monde, que vais-je devenir?

Je crains de relire ces lettres, qui m'embrasent, et que j'avais essayé d'oublier. Je n'ose revoir ce portrait... dont peut-être l'original n'existe plus, et ce n'est que par l'amour que j'échapperai aux peines de l'amitié malheureuse. Oui, j'oublie tout quand je m'occupe de lui, et quand je m'abandonne exclusivement à ma tendresse, je ne réussis pas toujours à me faire illusion; je sens qu'il n'est pas là , je soupire , je pleure , et je reviens à Honorine et à mon amie. Tous mes jours s'écouleront-ils dans des alternatives, plus ou moins douloureuses ?

Louison a vu partir la princesse, et, déchue de ses epérances, elle s'attache singulièrement à moi. Je descendrai jusqu'à elle. De tous les états fâcheux où puisse tomber l'homme, la solitude absolue est, je crois, le plus pénible. Eh! pourquoi ne ferais-je pas société avec cette fille? que

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suis-je? qui m'autoriserait à la dédaigner ? quelle autre distance f'xiste entre nous que celle qu'a établie l'opulence? Le genre humain doit se diviser en deux classes, les bons et les méchans. Cette vérité est éternelle , imprescriptible ; mais pour la sentir, il faut être malheureux.

De l'oubli de cette vérité , sont nées des différences choquantes, pour celui qui est forcé de s'y soumettre; humiliantes peut-être pour celui que flatte la bassesse , car celui qui rampe n'aime pas le grand qu'il adule : il cherche un point d'appui pour s'élever à son tour.

Louison est une bonne fille; elle a de l'esprit naturel, et pas la moindre prétention. Elle est causeuse; je la fais parler quand je veux; j'écoute quand bon me semble; je réponds rarement. C'est là le genre de conversation qui convient à un cœur malade, et on trouve peu d'êtres disposés à converser ainsi. J'ai dans Louison ce qu'il me faut.

J'ai dédommagé Thomas des petits chagrins que mes brusqueries lui ont causés. Quelque marques de bonté l'ont ramené tout-à-fait. Est-ce un sentiment d'équité, ou le besoin que j'ai de tout le monde, qui m'a dirigée? Il entre, je crois, de l'égoïsme dans nos actions les plus indifférentes.

Pierre ne s'occupe que de sa Louison. Il est dans l'antichambre , quand elle est avec moi. Lorsqu'elle me quitte, je ne le vois plus. Il craignait la princesse ; il était exact. Il m'affectionne , et il me sert mal. Pourquoi cette différence de lui à

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Thomas ? c'est qu'il est amoureux , et que Thomas ue l'est poiut; que ma sensibihté attire le second, et rassure l'autre. Passons quelque chose à l'amour; passons-lui beaucoup. De quelle indulgence n'ai-je pas besoin pour le mien? Je les marierai. Faire des heureux , c'est presque l'être soi-même ; c'est au moins perdre, pendant quelques instans, le sentiment de ses peines.

Dieu! mon Dieu! vous m'avez donné la force de supporter l'adversité; accordez -moi celle de soutenir mon bonheur. Une lettre, une lettre!... elle est de Sainte-Luce î sa santé est parfaite ; son cœur est tout à moi... «Va, Louison, va causer avec (c Pierre. Demain j'écrirai à ton père. J'ajouterai w à ma félicité , en assurant la tienne. )>

J'ai trouvé le moyen d'être seule à la minute , à la seconde. Lettre adorée! je te porte sur mon cœur, sur mes lèvres, à mes yeux. Je voudrais satisfaire tous mes sens à la fois. Ah ! lisons , lisons. Que les yeux viennent au secours du cœur.

Art enchanteur, art divin de peindre la pensée , de faire, à deux mille lieues, partager à une amante les sensations délicieuses dont on est agité, qui t'inventa méritait des autels.

Je me plaignais , il y a peu de temps, d'être réduite à des lettres î ah! quand on écrit comme lui, on fait rêver le reste, et rêver n'est-ce pas jouir?

Je peins sans restriction tout ce que j'éprouve. De belles dames s'élèveront contre la nudité de ma pensée. Dans un siècle dépravé, la décence

est la vertu des femmes qui n'en ont pas. La décence est, à la chasteté, ce qu'est le rouge du parfumeur à celui qui colore les joues de l'innocence.

Laissons la métaphysique, les distinctions subtiles, et revenons à cette lettre, et à l'homme adoré qui l'a écrite. 11 l'a confiée au capitaine de la Rassurante , qu'il a rencontrée au-delà du tropique. Puisse ce bon capitaine être aimable coname Sainte-Luce, être aimé comme lui!

Il me recommande notre enfant. Me le recommander! eh! n'est-il pas son père?

Il est chargé d'une mission de la plus haute importance. Il a été joint, à la hauteur des Açores, par trois frégates, qui portent des troupes de débarquement, et qui se sont rangées sous ses ordres. Il va détruire des comptoirs anglais , sur toutes les côtes. Il espère terminer ses opérations dans un an, au plus tard. Il mettra à mes pieds ses lauriers et ses trésors. Toujours de la gloire et des alarmes! Dans la vie privée, ou sur le pavois, il sera toujours pour moi le premier des humains.

Oh! reviens, reviens. C'est toi que j'étreindrai dans mes bras; que je couvrirai de baisers. Je ne verrai ni ta gloire, ni tes richesses.

Je vais écrire au père de Louison. Je le manderai près de moi. Il parlera d'argent, j'en donnerai. S'il se présente d'autres obstacles, je les lèverai. Je veux que tout le monde soit heureux

autour de moi; le soil autant que moi. Je veux être la divinité de Louison et de Pierre, comme Sainte-Luce est l'objet exclusif de mon culte. Je veux avoir des autels dans leurs cœurs, comme il en a dans le mien.

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