SCENE IX. 3î
GERMON
Elle ne saurait l'être : je ne la connais pas.
MADAME GEBYAL.
Elle n'est pas faite pour éprouver un refus.
GERMON
Gela se peut; mais je vous épouse.
MADAME GERYAL.
Jamais, vous dis-je, jamais. Je vous parle sérieusement , aussi sérieusement que j'aie parlé de ma vie. Vous épouserez celle que je vous desthie. J'exige cette preuve de votre amour. Si vous me la refusez , vous ne m'avez jamais aimée.
GERMON
Pour vous persuader qu'on vous aime, il faut vous être infidèle. Vous. avez une façon de. voir les choses, qui est un peu extraordinaire , au moins.
MADAME GERVAL.
Vous rendez-vous?
GERMON
Non, en vérité. Mais savez- vous que vous m'embarrassez? Brisons -là, je vous prie, c'est pousser trop loin la plaisanterie.
MADAME GERVAL, avec sentiment.
Mon ami , vous êtes bon , honnête.
Ce n'est pas une raison pour vous moquer de moi.
MADAME GERVAL.
Aussi , n'est-ce pas mon intention.
GERMON
Vous voulez donc m'éprouver ?
3a LA MERE RIVALE.
MADAME GfeRVA^.
Je n'en ai pas besoin.
GERMOJN^.
Que voulez-vous donc ? car je m'y perds.
MADAME GERVAL.
Le bonheur de ma fille , le vôtre , et le mien , qui est attaché à celui de deux personnes qui me sont chères.
GERMON, étonné.
Quoi! madame....
MADAME GERVAL.
Ne m'interrompez plus. Je confie à l'honneur le secret de l'innocence. Vous avez fait sur ma fille une impression que j'ignorais , et dont la violence excite mes alarmes. Elle est très-jeune ; mais ses sentiments ne sont pas à dédaigner : il est même flatteur , pour un homme qui pense , d'avoir épanoui un cœur qui ne se connaissait pas encore , et de recevoir le premier tribut de sa sensibilité. Il y a entre vous , j'en conviens, une disparité d'âge qui vous effraie peutêti^ en ce moment; mais avec un peu de réflexion, vous sentirez que ce n'est pas un grand malheur d'épouser une fille de quinze ans, jolie , sage , riche, bien élevée, et dont la raison est assez avancée pour qu'elle ait senti tout ce que vous valez. Pour nous, qui" ne sommes plus dans l'âge des grandes passions , nous passerons sans peine d'un sentiment plus vif aux sentiments calmes et doux de la simple amitié. Enfin, nion cher ami, il ne tient qu'à vous de couler des jours heureux entre une épouse qui vous