SCÈNE XL
KOSE.
Tenez ^ monsieur Germon^ j^ ne sais pas dissimuler, et je le pourrais, que je ne le voudrais pas. Vous inspirez la confiance, ou peut-être on i aime à se con^ fier à l'homme qu'on préfère. Eh , à qui ouvrirait-on sou cœur , si ce n'est à celui qui lui fait sentir son existence? > •
^ GERMOir.
Croyez, mademoiselle, que je sens tout le prix des choses flatteuses que vous me faites entendre, et de cdles que madame Gerval m'a déjà dites de votre part.
ROSE
Je ne l'avais chargée de rien, de rien, en vérité, m(riiaîeur Grermon. Elle a surpris mon secret, et n'a consulté que l'intérêt de sa fille. Je vous aime, mon» sieur Germon , je vous aime bien tendrement , je vous l'assure; mais ma mère vous aimait avant moi, et vous devez l'aimer aussi, car elle est si aimable! Ne souffrez pas qu'Ole me sacrifie son bonheur. Germon , honnête et sensible Germon, refusez -moi, je vous en prie; sauvez -moi du danger de me préférer à ma mère. Dites-^lm que je ne suis qu'un enfant sans caractère ; dites-* le à mon oncle; dites-le à tout l'univers. Soyez mon père; ce titre me forcera au respect, et imposera silence à l'amour. J'en mourrai peut-être^ monsieur Germon; mais ma mère, ma bonne mère sera heureuse. J'emporterai ses regrets ^ et sans doute les vôtres.
GERMOir.
Mademoiselle 5 il est difficile de vous refuser; il est plus difficile encore de vou8 chercher des défauts, quand vous n'avez que des vertus.
ROSE, d^an ton timide.
Il faudra donc que je vous refuse moi-même ; que je sois plus délicate que vous; que je vous donne l'exemple d'une fermeté que vous deviez m'inspirer.
GtIRMON.
Mademoiselle, madame Gerval n'est pas aussi faible que vous le supposez, et le bonheur de son aimable fille ne coûtera rien à son cœur.
ROSE
Elle vous l'a dit.... Elle vous l'a dit, n'est -il pas vrai? Eh bien, mon ami, elle vous- a trompé; elle a voulu se tromper elle-même. Elle a failli se trouver mal, quand elle a su.... Quand elle a su ce que vous savez, monsieur Germon. Il faut que vous soyez bien cruel , pour ne pas vous rendre à mes prières. Songez donc que je ne puis être comparée à une femme qui unit encore les gra<ps touchantes de la jeunesse à tous les charmes d'un esprit mûr ; songez^ qu'il y a entre vous une conformité d'âge, de goûts et de caractère qui reud votre mariage indispensable; songez....
GERMOIV.
Je ne dois plus songer qu'à vous , mademoiselle ; c'est le vœu de madame votre mère, {ai/ec gaité-) et vous êtes bien faite pour justifier une infidélité.
ROSE
Et de quel droit, monsieur, prétendez - vous me