‹ Œuvres complètesChapitre 192 sur 414 · SCÈNE XXVIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XXVIIL

Le colonel, SAINTE-CLAIRE, qui

récoutait pendant ce couplet.

SAINTE-CLAIRE

Je n!y tiens plus; il faut que je l'embrasse.

LE COLONEL, soi-pris.

Ma femme! Serait-ce la jeune personne...

SAINTE-CLAIRE

Colonel, tu ne m'attendais pas?

LE COLONEL, embarrassé.

Je l'avoue.

SAINTE-CLAIRE

Je me suis fait un plaisit* de te surprendre.

I/£ COLONEL, avec contrainte.

Et. je le partage de tout mon cœur.

SAINTE CLAIRE

Il me semble que le plaisir que tu partages, n'est pas d'une grande vivacité,

Au contraire. Mais tu sais que le temps , les occupations, nous changent insensiblement.

s A 1 li" T E-C L Aï R l2 , avec une ironie fine.

Il est certain que six mois peuvent opérer un grand changement sur un grand caractère. Un grand homme, nommé à une grande place, doit voir les choses en grand, et lès affections particulières disparaissent devant les grands intélrêts qui lui sont confiés.

LE COLONEL, à part-

Elle se* moque de moi. Saurait-elle quelque chose?

SAINTE-CLAIRE

Pour moi, qui n'ai qu'une très-petite philosophie, je regrette ce temps où mon petit capitaine , n'ayant que de petites affaires, escaladait gaîment un couvent de filles, y déraisonnait avec de petites grâces qui ne sont qu'à lui, et tournait la tête à une petite religieuse...

i . ; LE GOI^ON^L.

. ^Pont il fait une femme estimable. . ,:. i. . ;

-< 8AIWTE-CLAIRB.

Il est flatteur d'inspirer de l'estîp^e ; mois ii jurait dur à vingt ans, de n'inspirer que cela; .. r

■ ' 'i ' . r LE COLONEL, à part. '.:■.,' ' » .

^£Ue va s'expliquer sans doute ; il £aiut la voir venir.

Quelque chose t'occupe fortement ; tu n'es pas à la convei'sationi<Si>j'almal prift moaiempsi, si je sais de trop aujourd'hui, je me retire. ;

' ')Wii'.^ ! ..' . ■' LE COI^ONJSîi*' : . :

: U seiiait plaisant que. to aies VintmtÂovi de m'en faihe convenir. / !

•.! :--:• ■ 'l&A|;y-T^-CLAIR15. ■,.;:.:'' • • v

ta

-::IV)urquoi n'en conviendraisitu pas , si celd est?; "

î. -, . LE COLONEL.

:.. Mais c!est qu'il in'en est «ien-. .?..:...

SAINTE-CLAIRE

Quand il en serait qqalque chose? voyons, il n'y aurait pas grand Hi^i. ' . .

LE COLONEL

C'est être trop indml^vtte. , :ïLe$t defeicîrconstawe^.où m m^^vf^ l'être, assez.

. .; . \] . .LiÇ::Q^-L'.QNE^, àpaprt..,, , ■ ; ,,.,1 ,£. ./

Elle sait tout, et jie ne. &aur$ti que dire,. car. je me, sens d'un bêtise!..... ^

i ^AlNJ'EvCLAIRJÇ. : \

Je suppose , par exemple , ceci n'est qu'une suppo-

a8o LES DRAGONS EN CANTONNEMENT.

sition , souviens-t'en bien; je suppose qu'un homme sincèrement attache à sa femme , mais rf ayant pas sur lui l'empire que tu as sur toi, refroidi par l'absence , entraîné par des événements imprévus , se livre un moment à ces goûts passagers où le cœur n'entre pour rien, que peut dire sa femme? que doitelle faire? que lui conseillerais -tu, si elle te consultait ?

LE COLONEL

Oh ! l'indulgence , tu as raison , l'indulgence !

SAINTE-CLÂIRE.

Et tu lui dirais : Votre mari est un honnête homme; mais un honnête homme' peut être faible. Il sera si honteux de se voir découvert; il sera si gauche de»» vaut vous; il aura tant d'envie de mentir, avec tant d'éloignement pour le mensonge; vous l'aimez si tendrement vous-même, que vous ne pourrez prolonger une situation si pénible , sans être cruelle envers tous deux.

LE COLONEL

Oui , ma bonne amie y voilà précisément ce que je dirais.

SAINTE-CLAIRE

Et moi , j'irais plus loin que tes conseils : j'éviterais ces explications désagréables qui aigrissent sou« vent les deux partis. Je commencerais par embrasser mon infidèle , et par lui pardonner.

LE COLONEL

Suppose jusqu'au bout ;- embrasse - moi , et pardonne.

( Ils sVmhra&sent. )

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