LUSSAN , MONTBRUN, JUSTINE
MONTBRUIT.
Hé bien, monsieur, vous passez donc les nuits à observer les astres?
LUSSAir.
Oui, lAon oncle,
MONTBRUN
Vous ne dormez plus maintenant?
LUSSAN. ' '
Dormir! perdre le tiers d'une vie qui ne suffit pas à l'étude de la sagesse !
MONTBRUN
Et c'est dans les astres que vous étudiez la sagesse? . .
LUSSAN
L'astronomie , monsieur , agrandit l'ame , élève l%omme, et lorsque son génie plane dans les, cieux, il est étranger aux vices, aux haines, aux vengeances qui agitent ce globe.
MONTBRUN
Comme tout cela est beau! Finissons. Veux-tu déjeuner avec moi ?
LUSSAN
La somptuosité de vos repas ne s'accorde pas avec la sobriété que je me suis imposée.
3oa LES MEMNON FRANÇAIS.
MONTBRUN
Et à quoi bon cette sobriété ? £lle entretient le vide de ton cerveau , et te fait extra vaguer à la journée.
LUSSAN
( Justine écoute attentÎTement.)
Je lui' dois , monsieur, Iti clarté , la' précision , la force des idées. A toute heure, à tout instant-, Thomine sobre est habile à penser et à agir. La sage prévoyance règle seule l'emploi de ses facultés intellectuelles. Egalement éloigné de l'emportement et de la faiblesse, il marche d'un pas ferme et égal dab^ la route qu'il s'est tracée, et, sans connaître l'orgueil , il^ peut se croire très-supérieur à ceux dont le cerveau , toujours offusqué par les suites de l'intempérance, n'est presque jamais accessible à la pensée.
JXJ'STl'S'E , arec un soupir d'allégement.
Ah, ah!.... A la fin, m'y voici.
( Elle sort. ) MONTBRUJÎî.
( A part. ) 11 est vrai que j'ai quelquefois la tête pesaaite le matin. {^Maut,^ A l'exagération et au ton dogmatique près , tu pourrais bien avoir raison* Mais que veux-tu faire de ces facultés intellectuelles, toujours pures, toujours agissantes?
LUSSAW.
Les ennoblir par le. plus digne emploi. C'est aux hautes sciences que je consacre ma vie.
MONTBRUN
Hé! dites-moi, monsieur, à quoi sert un savant?