‹ Œuvres complètesChapitre 208 sur 414 · SCENE V. 3o · texte numérisé non relu

SCENE V. 3o

Quel accueil fait-on dans le monde à un homme toujours sérieux, toujours hérissé d'arguments, ou.qMi, sans cQSse concentré en lui-même, voit- en. pitié le reste des humains?

LUSSAW.

C'est le pédant que vous peignez, monsieur, et non le véritable savant. Celui-ci ne dédaigne pas< les hommes ; il les instruit avQc bienveilIanceL; il les conduit, à 1a vérité ; il les. enrichit, de ses découvertes., et, vraiment utilç^ à ses contemporaine ,. il traneinet . son nom à. la postérité. '

]Sf G I( T 9 R n ]^ , d^iw t^n a0ecmeq;s,

Lussan, mon cher Lussan, je te vois avec pein? sacrifier tes plus belles années à des travaux.SQUtiB;aH$, qui peutetre te feront arriver à la postérité; maia qui t'empêchent de jouir des douceurs de la. vie. J.e doute d'ailleurs que la science ait enrichi personne {riant) ^ et j'espère te faire attendrejong-temps encore la moitié de mon bien.

LUSSA^ir.

Qui vise à la fortune est indigne de la gloire. J'ai un petit domaine qui. suffit à mes besoins [,avec sentiment) , et j'espère, mon oncle^; vous conserver long-temps.

MONTBRUJy.

Tu espères ! tu veux me faire croire que j^ te suis vraiment cher. Hé bien , prouve-le nxoi, {udi^eç. effi^ sion.) Mon ami! mon cher ami,. rends-toi à. mes re^* présentations, à ma tendresse; sois sobre., laborieux^ savant, puisque tu veux l'être; mais évite les excès

3o4 LES MEMNON FRANÇAIS.

en tout genre. Vois la sociétéypour qui tu es fait; livrë-toi à un penchant qui fait le charme de la vie , et dont le souvenir nous console du malheur de vieillir.

LÛSSAN.

(^Avec sentiments) L'amour, l'amour, mon oncle! oui, il a fait des heureux; on le dit. [^Réi^éncait à son ton ordinaire^ Mais la légèreté d'un sexe,, les illusions, les prestiges dont on l'entoure, les adulations dont on l'enivre ne doivent-ils pas faire trembler un homme raisonnable? Que reste-t-il à celui qui s'est trompé dans son choix? Le regret humiliant de n'avoir pas su juger l'objet de son amour ; la nécessité decomibattre sans cesse un penchant qui le subjugue, de le cacher à tous les yeux, et là certitude de vieillir sans être plaint.

MONTBRUN

Mon ami, il est mille exceptions. Ta cousine est jeune, jolie; elle a l'esprit délicat, cultivé; elle est raisonnable.

L U s s A ]V , d'un ton passionné.

Oui , mon oncle , oui , Adèle réunit des qualités à tous les agréments , à tous les charmes.

MOWTBR13N.

Hé bien , associe-la à ta destinée. Quoi , ton imagination ne t'a jamais présenté le tableau de deux êtres intimement unis par les goûts , les caractères et l'affection; vivant, pensant, agissant de concert; faisant tout l'un pour l'autre ; trouvant dans leurs sacrifices mêmes le prix de leurs sacrifices; élevant à

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