SCENE VIII
L U S S A N , d'un ton de satisfaction.
Vraiment, Dupont?
DUPOJNT.
Hélas , oui , monsieur.
L U s s A ir , avec ravissement.
A six heures du soir!
DUPONT
De quoi monsieur se réjouit-il donc?
LUSSABT.
De l'emploi que j'ai fait de mon temps. Ne t'est-il jamais arrivé ,* Dupont, de Ken remplir une journée?
DUPONT
Hé, monsieur, je ne fais que cela.
LUSSABT.
Et tu éprouves cette satisfaction intérieure qui nous dédommage de notre travail ?
DUPOIfT.
J'éprouve beaucoup de fatigue, monsieur, et je m'en dédommage en soupant de bon appétit.
LUSSAN
Etre sensueU
DUPONT
Teu conviens, monsieur, et je m'en trouve à merveilles. Si j'osais vous représenter....
LUSSAN
Quoi ?
DtJPONT.
Que votre manière de vivre n'a rien de bien slubstantiel, et que la sagesse ne doit pas vous rendre insensible à ce qu'il y a là-bas.
ao.
3o8 LES MEMNON FRANÇAIS.
LUSS AN
Et quy a-t-il donc?
DUPONT, d*im air friand.
Une volaille au cresson, d'une mine si tentante, à la peau si bien dorée, cuite si à propos!
LUSSAir.
Que me proposez - vous , Dupont ! Moi , j'agirais ouvertement contre mes principes !
DUPONT
Vos principes , monsieur , vos principes ! Point de mariage , point de bonne chère ! Permettez - moi de vous représenter que si tout le monde pensait comme vous, le genre humain finirait. Et qui saurait, dans cinquante ans, que vous avez existé, et que vous avez pensé et fait de si belles choses ?
LUSSAN, faiblissant.
Hé , ce raisonnement est assez spécieux.
DUPONT, d'nn ton caressant.
Allons, allons, monsieur, une aile de poulet. Laissez-vous persuader.
LUSSAN, faiblissant davantage.
Laissez-moi, Dupont, laissez-moi.
DUPONT
Vous êtes ébranlé, monsieur; vous allez vous rendre à la force de mes raisons , et cela me fera un honneur infini.
LUSSAN, revenant à son système.
Ébranlé , dites-vous ! je suis ébranlé! Vous êtes un impertinent.