SCENE VIII. 3o
DUPONT
Monsieur....
LUSSAN
Un faquin , un sot.
DUPONT
Monsieur oublie que les injures marquent de la colère, et que la modération est la première vertu du sage.
LUSSAN
Hé , le sage n'est-il pas un homme , et ne lui est-il pas permis de faiblir quelquefois ?
DUPONT
Tenez, monsieur, je crois que cette sagesse -là n'est bonne que dans les livres. Madame , qui en parle autant 'que vous, et qui ne la cultive pas avec plus de succès....
LUSSAN
Misérable! tu inculpes ma cousine !
DUPONT
Ah , monsieur s'emporte encore.
LUSSAN
Non, non, je me modère, et j'écoute. Voyons, qu'a fait madame de Méran ?
DUPONT
Elle ne pratique pas un régime tout-à-fait aussi sévère que le vôtre.
LUSSAN
Son sexe autorise certaines petites choses.;..
DUPONT
Elle aime le monde , quoi qu'elle en dise.
3io LES MEMNON FRANÇAIS.
Calomnie épouvantable!
DUPONT
J'en ai des preuves certaines.
LUSSAIi.
Finissons. Qn'avez'Vbus remarqué, moiuiièur l'observateur? V
DUPONT
Quand madame est au salon....
LUSSAN
Hé bien ?
DUPONT
Monsieur le baron ne la quitte pas.
L us SA. V, inquiet.
En effet, son assiduité' m'a frappé.
DUPONT
Il a toujours quelque chose à dire à demi-voix.
^LUSSAN, à part.
Il a raison.
DUPONT
Madame lui sourit quelquefois.
Elle lui sourit ! ( A\fec amertume. ) Oui , oui , elle lui sourit.
^ DUPONT
Et elle n'a pas assez de soin des billets qu'on lui adresse.
LUSSAN
Des billets, dis-tu, des billets!