SCENE xrv
LUSSAN
. J'en connais un ; mais il exige du courage , et à votre âge, Adèle...
*ADÈ LE , avec une sorte dé fierté.
Tai vingt ans , mon cousin , et je suis votre élève. Parlez.
LUSSAN
Je connais , dans la Suisse, une vallée riante et fertile. Là , l'homme laborieux et toujours occupé est indifférent aux actions des autres. C'est dans l'intervalle d'une bourgade à une autre que nous nous établirons. . On n'épiera pas nos actions;- on n'écoutera pas nos discours ; on ne cherchera pas à surprendre notre pensée. Contempler la nature, jouir de ses beautés, cultiver les sciences, nous éclairer, nous chérir ; voilà quelle sera notre vie.
ADÈLE, à part.
Non, mon cher ami, non; une femme de mon âge ne court pas le monde avec un jeune homme tel que vous. {j4 part.) Mais probablement mon oncle nous écoute encore, et j'ai une revanche à prendre, et une affiche à éviter. Feignons.
LUSSAN, avec timidité.
Vous réfléchissez, Adèle; vous hésitez!
ADÈLE
Je pense, mon cousin^ qu'en Suisse nous trouverons des hommes qu'on aura soin d'instruire : monsieur de Montbrun a des correspondans partout. Nos voisins deviendront de nouveaux ennemis dé notre tranquillité. Ils nous forceront à choisir un
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autre asyle, d'où la persécution nous chassera encore, jusqu'à ce qu'enfin fatigués, excédés, découragés , nous revenions ici prendre des fers dorés , et nous soumettre à ce que monsieur de Montbrun décidera de notre sort.
LirssArr.
Où donc chercher un refuge contre les persécutions dont on nous accable?
ADÈLE
Je vous le demande à. vous qui avez voyagé?
LU s s A N , hors de loi.
Ah! ma cousine, ma cousine, quel trait de lumière! Nous .partons pour Bordeaux.
Nous frétons lin vaisseau.
LUSSATT.
Ty embarque tout ce qui peut vous être utile ou agréable.
ADÈLE
Nous voguons favorisés par les vents et la fortune.
LUSSATT.
Nous débarquons sur la côte tant désirée.
ADÈLE
Laquelle, mon cousin?
LUSSAN
Celle qui borde les Pyrénées. Nous gravissons les plus hautes montagnes; nous nous enfonçons dans quelque désert , où nous ne pouvons rencontrer , et à de longs intervalles, que quelques êtres étrangers à nos coutumes, à notre langage...