‹ Œuvres complètesChapitre 243 sur 414 · ACTE, I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE, I, SCÈNE V

LA CITOYENNE DERIGOURT, à part.

Ma vertu!

DÉRICOURT.

Toi dont l'attachement , la vertu sont avoués , même par l'envie, dois*tu....

BLIN VILLE, rinterrompant.

Laissons cela, mon ami : la louange la plus méritée embarrasse toujours un peu. Comment la jeune Adèle trouve-t-elle le café?

ADÈLE

Excellent, citoyen.

DÉRICOURT.

Julien fête la hure , et il y a des droits. ( A Bliri" ville. ) Le gibier est rare ; mais l'espiègle a guetté un sanglier

BLINVILLE, présentant son assiette.

Julien, fais donc les honneurs de ta chasse.

DÉRICOURT.

Il devient galant; c'est à ma fille qu'il a présenté le jarret....

JULIEN « avec timidité.

Sa mère me l'avait permis.

Oui , Julien , oui , oui. ( j4 BUnville. ) Tavoue que la tendresse mutuelle de ces enfants est pour moi une douce jouissance.

ADÈLE, poussant Julien.

Bon.

DERICOURT, à sa femme.

Tu en jouis également , et je veux prouver à Julien

36o L'ORPHELIN.

combien je siiîs reconnaissant du cadeau que tu m'as fait.

LA GITOTEirirE DERICOURT, à part.

Bfeconnaissant ! ( Hctut^ af^ec ^ùnidiié. ) Vous avez déjà fait beaucoup pour lui.

DERICOURT.

il est plaisant que tu t'en af>erçoives la première. Ali^este, son zèle^'^scm intelligence^ sa preste ^ attendent leur récompense, et c6 cftie je ilé ferais pas par amitié pour lui, je le ferai par esprit de justice.

JULIEN

Ah, citoyen!

DÉRICOURT.

Mes eiUailts^ écoutez-moi. J'ai commencé avec peu de chose , et mes désirs étaient bornés, ainsi que mes moyens. Je «f'ai jamais pensé que rindustrie d'un négociant fut sa propriété; j'ai toujours ct'u, àA Con- . traire, que cette industrie devait tourner au profit de la soc^té^ et que sa fortune particulière tenait à la fortune publique. Aussi n'ai-je point calculé ce que pouvait me rapporter la misère de mes semblables; je ne me suis pas gorgé du sang des malheureux ; j'ai rempli mes magasins dans les années d'abondance; je les ai ouverts dans teiB temps de disette ; j'ai vendu à tcrat prix , et je me ëuis dit : mon travail me rendra plus tard ce que je prête aujourd'hui à l'humanité souffrante. Les spéculations d'un honnête homme le . trompent rarement, et j'ai prospéré au-delà de ™es espérances. Je ne vous rappelle pas ces faits pour me targuer d'avoir fait mon devoir ; mais parce que le

Page 1