ACTE I, SCÈNE V. 36i
bon exemple des pères est, pour les enfants, un encouragement à la vertu. Enfin , je suis riche ; mon commerce est immense. Je ne suis plus jeune ; il me faut un homme sur qui je puisse me reposer, et cet homme, c'e^ Julien.
ADÈLE, pousMDt Julien.
A merveille.
DERIGOURT.
Nous passerons aujourd'hui notre acte de société ; je supporterai les pertes , et je te mets d'un quart dans les bénéfices.
JULIEN
Quelles expressions pourraient...
DÉRICOURT.
Point de remercîment; je remplis un devoir sacré. Te ne crois pas que ma fille se plaigne des avantages
AOilLE.
Au contraire, papa.
DiÉRICOURT, àsa femme.
Pour toi, ma bonne amie, tu seras aussi indulgente que ta fille. Julien t'est cher; tu Tas connu avant moi; tu t'y es intéressée la première. Lui faire du 3ien, c'est sans doute remplir tes vœux; c'est aumoinç
/ouloir te faire ma cour Des larmes, ma tendre
imie, des larmes!
[iA CI TOT EN NE D:É RI COURT, se jettant d^ns son sein,
Tu m'accables du poids de la reconnaissance.
DÉRICOURT.
Ah! laisse-les couler, si le sentiment te les arrache, fe pouvais craindre que l'intérêt...
ADÈLE
Paix donc! paix donc! ne connais- tu pas le cœur de ma mère ?
DÉRICOURT.
Blinville, donne la main à ma femme; allez faire un tour sous les tilleuls. {On se lève.) {A sa femme.) Il a quelque chose à te confier , et vous serez là à , merveille : cette allée donne des souvenirs heureux : il y a bientôt vingt ans que je t'y déclarai mon amour. Les arbres ont vieilli ; mon cœur est resté le même. Tu baisses les yeux , Adèle. Il vient un temps où une jeune personne a de quoi réfléchir, à moins toutefois qu'elle n'ait le bon esprit de se résoudre gaîment à ce qu'ont fait ses aïeules , et à ce que feront probablement ses petites-filles. ( A Blinville. ) Allons, va , mou ami; à mon âge on' commence à compter les moments , et on est pressé de jouir. ( BlinviUe sort wec la citoyenne Déricourt. ) Je passe dans mon cabinet. Julien , on fait ses affaires à la campagne comme à la ville : tu viendras me trouver dans un moment.