ACTE I, SCENE VI. 3G
noir. Ma mère était riche aussi , et mon père , qui , comme toi, n'avait que des vertus, obtint l'aveu de ses parents.
lULIEir.
Il connaissait les siens; ils étaient considérés, et j'ignore qui je suis.
ADÈLE
Ce sont tes parents qu'il faut plaindre. Tu charmerais leur vieillesse ; mais tu n'as besoin de personne.
JULIEN
Quel sera mon appui?
Ta probité et mon cœur. Julien, estimes-tu mon père et ma mère?
JULIEH.
Je fais plus , je les respecte.
ADÈLE
Tu les connais donc bien?
JULIElf.
Je le crois.
ADÈLE
Et tu les crains!
JULIEN
Je me rends justice.
ADÈLE , avec mn peu dlrametir.
Non, monsieur, non, vous ne vous la rendez pas, et si vous ne changez d'idées et de langage, je me brouille avec vous.
JULIEN
En aurais-tu le courage:^
ADÈLE
Eh! n'as-tu pas celui de m'affliger?
• JULIEN
Parle donc , mon Adèle ; dis - moi , que dois -je faire ?
Te laisser conduire, cruel homme que tu es. Tu crains mes parents ; mais Blinville est leur meilleur ami; il a leur confiance et la mienne; c'est à lui que je parlerai. Incapable de. feindre, je lui ouvrirai mon cœur. S'il me blâme, je rougirai pour la première fois de ma vie; s'il m'approuve, je lui confie le soin de notre félicité. Soiige que ma mère t'aime autant que moi; que mon père t'estime, te considère...
JULIEN
S'ils résistent?....
ADÈLE
, Alors je prendrai ta main, je te conduirai vers eux, nous tomberons à leurs pieds, et je leur dirai : Voilà l'homme que j'ai choisi ; lui seul peut faire mon bonheur, et vous ne m'en séparerez pas.
JULIEN
Que ce moment est à craindre !
ADÈLE
Non , Julien , non , il ne l'est pas. S'ils me refusaient aujourd'hui....
JULIEN
Je serais banni, perdu, déshonoré.
ADÈLE
Rien de tout cela , mon ami. Un honnête homme