SCENE VL
DURVAL.
Les mœurs ne sont qu'une vertu de convention qui contraint les hommes , qui resserre , qui isole leur ame, lorsque la nature ne leur présente Tattrait du plaisir que pour les forcer de s'y rendre.
THEVEiriN.
Ce que tu dis-là , je le pensais depuis long-temps ; mais il a toujours manqué à mon bonheur.,..
DURVAL.
Quoi?
THéVEiriN.
Une femme aimante , mais honnête ; faible , mais
réservée....
DURVAL.
Une femme enfin qui tienne à son époux par les procédés , et à son amant par un sentiment de préférence , justifié par ses rares qualités.
THJÉVEIffH.
C'est cela précisément.
DURVAL.
Tu ne penses pas que ces femmes honnêtes cessent de l'être en ce moment , et que la seule difSiTence qui les distingue alors des femmes galantes , est dans les petits soins .qu'elles etigent , dans le mystère dont il faut couvrir ses démarches, dans un mari âcheux qu'il faut craindre et éviter, et tout cela me paraît insupportable. Tu n'estimes pas Rosalie : estimeras»tu davantage une femme qui se manque à elle-métne, qui outrage son époux , qui oublie ses enÊints? X 3<i
THÉVENIir.
Si une forte passion la détermine....
DURVAL.
Eti séra-t-elle plus estimable ? D'ailleurs , est-ce à quarante ans qu'on inspire ces passions ? Mon ahii , soyons justes, et partageons les femmes en deux classes : celles qui sont vraiment honnêtes, et celles qui ne le sont point. Respectons lés unes, amtisbtisnous des autres, et allonii souper chez Élise.
THÉVEWIW.
Allons souper chez Élise. ( Un temps. ) Mais dismoi donc où tu as passé cette décade entièt^è ? Oh ne t'a rencontré nulle part.
nURVAL.
li y a donc une décade entière que tu n'as paru chez toi?
THIÉVENIN.
Et j'ai peut-être tort, je l'avoue.
Moi , je ne vois pas cela.
THÉVETTTN.
Enfin, c'est donc chez moi que tu as passé la décade?
DURVAL.
Tant que les journées ont pu s'étendre.
THÉVEÏTIN.
Dans lie dessein de nous y voir ?
DURVAL.
Pas du tout : si j'avais voulu te voir, je t'aurais cherché partout , excepté chez toi ; d'ailleurs , ta so-
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ciété est délicieuse; mais tu n'es pRS aimable en fa-mille, et c'est tout simple : cet entourage est ennuyeux.
TftÉVENIW.
Tu es franc , Durval.
DURVAL.
C'est un bien petit mérite ; mais j'ai du moins celui-là.
Tiï as passé ici une décade ; tu ne m'y cherchais
pas Mon Emilie serait > elle pour quelque duose
dans cette longue retraite?
DURVAL.
Ton Emilie? Non. Elle est jolie; mais son eai^ctère n'a nulle analogie avec le mien. Elle est d'un esprit difficile, prodigue de traits méchants ^ toujours satisfaite d'elle-même et mécontente des autres : cet ensemble ne me convient pas. Pardon,. mon ami, si je m'explique librement; mais je suis franc, comme tu l'observais tout à l'heure.
THiVENIir.
Tu as un but , cependant , car cette assiduité n'est pas dan$ ton caractère.. .
DURVAL.
Mon cher ami, je tente une conquête
THivEJriir.
Une conquête....
PURVAL.
Qui exige de l'adresse, de la connaissance du^œur
humain , et qui flatte singulièrement mon amour^ propre.
THÉVETTIN,
Durval , tu n'aimes pas ma fille ?
D0RVAL.
Non , sans doute. . ■ ^'■
THÉYENIN. ^
C'est me dire ce que je ne devrais pas entendre.
DURVAL.
Eh ! pourquoi? Tu me confies tes faiblesses; je les excuse, je les encourage. Ne, puis -je te confier les miennes à mon tour ?
THiVEiriN.
Quelle diable de différence!
DURVAL.
Mais je crois que tu mets de l'importance à cela , toi, libertin aimable, qui ne connais que la philosophie du plaisir?
THÉVETNTIN.
Enfin , monsieur fait l'amour à ma femme.
DURVAL.
Je ne m'y suis attaché d'abord que pour te servir: elle épiait tes démarches ; elle éclatait en plaintes, eu reproches
THÉVENIN
Et du désir de m'être utile , tu as passé tout naturellement à celui de plaire.
DURVAL.
Ohl tout naturellement. Maintenant, ta femme,