ACTE I, SCÈNE I. 5oi
MARGUERITE
Quelle idée ! mais ^ réfléchissez donc Une promeilade avec son amant dans 6es rochers impraticables; une fatigne horrible; des pieds meurtris et écorchés, par conséquent un prétexte tout naturel de prendre et de serrer de toute sa force le bras d'un cavalier charmant ; le plaisir inexprimable de laisser derrière soi un futur haï et haïssable , tout cela n'est pas délicieux? Allons, allons, vous n'avez pas de philosophie.
LEONORE
Est-oe un bien ? est->ce un mal ?
MARGUERITE
Quel sang-froid ! quelle laonchalance ! Et vous aimez, vous?-
L É O ÎT O R E.
Serais-je ici y si je li'aimais pas ?
ALVAR
Pronvez-le^moi donc , lïia Léotiore.
L^ONORE
Je suis vos pas ; que puis^je davantage ?
ALVAR
Ne plus vous affliger d'une démarche qui était indispensable , qui ne peut être suivie d'aucun évèr nement fâcheux , qui assure mon bonheur , et peut* être le vôtre.
MARGUERITE
Il a raison : croyez - vous qu'il soit agréable pour lui de vous entendre sans cesse soupirer et gémir?
5o2 LES EMPIRIQUES.
LÉOJVOIiË.
Croyez -VOUS qu'une fille qui se respecte puisse ajouter à l'oubli de ses devpirs le tort, plus impardonnable encQça^ de les mépriser ?
ALVAR
Vous repentez-vous de ce que vous avez fait pour moi ?
LBONORE.
Je ne sais; mais....
Mais,... mais.... où voulez-vous en venir? Récapitulons les circonstan/:es du roman , et voyons si nous pouvions nous conduire autrement. Votre père , corrégidor d'Urgel , veut vous marier à un homme qui lui ressemble 9 c'est-à-dire, à un vieillard avare, grondeur et exigeant ; vous balancez entre l'obéissance , et le dégoût qu'inspire nécessaii'ement un futur de cette étoffe. Alvar se présente ; il a pour lui les avantages que la nature a refusés à l'autre , ou qu'un grand demi -siècle lui a ravis. Tous deux jeunes, sensibles , vous deviez vous plaire et vous aimer ; le mariage arrêté vous désole ; pour le retarder au moins Léonore feint une maladie. Touchée de vos douleurs, je ne vois qu'un moyen de vous tirer d'embarras, c'est de la tuer. Pendant que le corrégidor est à ses fonctions , j'ensevelis ses vieilles bottes fortes , et je vous fais sortir par la petite porte du jardin qui donne hors la ville. Le papa rentre; je pleure, je crie, je lui apprends la fatale nouvelle. Il se désespère ; il veut revoir sa fille, et, selon l'usage, l'embrasser pour