ACTE I, .SCÈNE V. 6i
DERGOURT.
Il m'aime. D'ailleurs, madame • Venral est charmante.
CHAMPAGNX.
Après? . t
DERCOCJRT.
Elle est veuve, opulente.
Hé, je le sais, de par tous les diables.
DERCOURT.
Et je t'ai dit que je l'épousais pour rétablir ma fortune.
CHAMPAGNE
Nous ne sommes pas heureux. ..
DERCOURT.
Rose m'a dit de sa part des choses bien consolantes.
CHAMPAGNE
Elle est aussi très -jolie, cette Rose, et, si vous épousez la maîtresse, je m'accommoderai de la suivante.
DERCOURT.
Oui-da ?
CHAMPAGNE
Sans doute. Madame Verval, veuve d'un riche colon, a donné sa confiance à Rose; Rose en a su profiter; Rose a des épargnes, et je les mangerai avec elle.
DERCOURT.
Voilà qui s'appelle parler. J'aime à te voir raisonnable. Allons, mon ami, fortune et malheur, tout nous sera commun.
62 CONTRE-TEMPS SyR CONTRE-TEMPS.
Âh çà, dite&^moi un peu pourquoi vous avez changé de nom , en entrant dans cet hôtel ?
BEBCOORTc
Pour dérouter mes créanciers. *
CHAMPAGNE
C'est-à-dire quelques-uns. Le parfumeur sait qu'à présent vous vous nommez Dercourt.
DERCOURT.
Je n'ai pu le lui cacher.
CHAMPAGNE
Et Dufour, le corsaire Dufour, à qui vous vous êtes adressé depuis que nous logeons ici....
DERCOURT.
A qui voulais-tu que je m'adressasse ? A d'honnêtes gens? Ils n'ont pas pitié d'un jeune homme dans l'embarras.
CHAMPAGNE
Je vois que tout est pour le mieux. Mais madame Verval , logeant ici , sera-t-elle long-temps dupe du stratagème ?
DERCOURT.
J'ai gagné le portier.
CHAMPAGNE
A la bonne heure.
DERCOURT.
Je suis Dupré pour qui bon me semble , et Dercourt pour ceux que je veux éviter.
CHAMPAGNE
Et si , par un malheur possible , tout cela vient à se découvrir ?