‹ Œuvres complètes, précédées d'une étude inéditeChapitre 63 sur 72 · A MADEMOISELLE D AUMALE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE D AUMALE

Terteuil , 4 dércmbre.

Hélas ! je croyais que vous étiez au milieu des pompes et des félicités de la cour, et je n'ai rien su de Tétat où vous avez été ; personne assurément n'a osé me l'apprendre : cette excuse est bonne pour me justifier auprès de vous, mais elle ne me justifie pas auprès de moi; et mon cœur, qui me dit tant de belles choses de vous , devrait bien aussi me dire quand vous êtes malade. Pour moi, Mademoiselle, je n'ai pas eu la goutte depuis que vous m'avez défendu de l'avoir, et le respect que j'ai pour vous a plus de vertu que Baréges : je ne sais si le remède n'est point pire que le mal, et si je ne vous prierai point à la fin de me laisser ma goutte. Après tout je serai dans trois semaines à l'Isle; vous ne vous aviserez jamais de m'écrire avant que je parle , mais tout au moins mandez-y l'état de votre santé. J'espère que je vous porterai assez de nouvelles de ce lieu-là pour faire ma cour auprès de vous, et pour faire peur à vos voisins. Grand Dieu ! qu'ai - je pensé faire ! J'allais finir ma lettre sans mettre :

Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur,

A LA MARQUISE DE SABLÉ

Après tout ce que vous avez fait pour moi, il me semble qu'il serait plus juste de vous en rendre de très-humbles gt*âces, que de vous donner de nouvelles peines. Cependant je vous supplie, Madame , de trouver bon qu'un de mes amis vous rende compte de Taifaire que vous avez si bien souteime, et de vouloir me mander vos sentiments sur ce qu'il

vrais, d'en user si librement, parce qu'un compliment est une marque de reconnaissance dont je crois que vous me dispenserez aisément.

A LA MÊME

Ce mercredi soir.

Je suis au désespoir de m'en retourner à Liancourt sans avoir l'honneur de vous voir, et de vous rendre compte de nos prospérités ; car enfin , vous savez bien , Madame , que quelque agréables qu'elles me puissent être d'elles-mêmes, elles me le sont encore davantage par le plaisir que j'ai de vous en entretenir. Je ferai tout ce que je pourrai pour aller prendre congé de vous à Auteuil avant que de commencer mon grand voyage. Cependant, s'il y a quelque sentence nouvelle, je vous supplie très-humblement de me l'envoyer. M. Esprit a admiré celle de la jalousie. '

A LA MÊME

Vous croirez sans doute que j'arrive de Poitou; mais la vérité est qu'il y a un mois que j'ai la goutte, et qu'ainsi je n'ai pu vous rendre mes devoirs. Au reste, Madame, je vous supplie très-humblement de vouloir bien témoigner à M. le commandeur de Souvré que vous lui savez gré de m'avoir rendu auprès de M. le cardinal mille offices dont je l'avais prié en partant , et de s'en être acquitté avec tout le soin et toute l'adresse imaginables. Il a fait cela le plus obligeamment du monde pour moi , et j'espère que vous me ferez l'honneur d'y prendre part. Je partirai dans deux jours, bien que je ne marche point encore : cela m'empêchera d'aller prendre congé de vous, et de savoir l'état de votre santé, dont je vous demande des nouvelles, et de me croire plus avant que personne du monde, etc.

LA ROCHEFODCACLD.

A LA MÊME

Ce landi au soir.

Je sais qu'on dîne chez vous sans moi , et que vous faites voir des sentences que je n'ai pas faites, dont on ne me veut rien dire : tout cela est assez désobligeant ix)ur vous demander permission de vous en aller faire mes plaintes demain. Tout de bon, que la honte de m avoir offensé ne vous empêche pas de souffrir ma présence : car ce serait encore augmenter mon juste ressentiment. Prenez donc, s'il vous plaît , le parti de le faire finir ; car je vous assure que je suis fort disposé à oublier le passé, pour peu que vous vouliez le réparer.

A LA MÊME

Je vous envoie vos sentences d'aujourd'hui, et j'ai écrit à M. Esprit, pour venir demain voir l'ouvrage tout entier. Je vous supplie très-humblement de ne rien dire à personne de l'espérance que je vous ait dit que j'avais que M"^ de Liancourt vous ferait gagner votre gageure, car on pourrait lui écrire des choses qui fortifieraient les sentiments contraires à ceux que je lui souhaite.

Ce mardi matin.

Vous voyez * bien que je suis incorrigible , puisque je dt^ mande encore à vous voir après tout ce que vous me faites. 11 est pourtant nécessaire que j'aie cet honneur-là pour une affaire dont je suis chargé de vous parler. Mandez-moi donc si les affaires n'auront pas plus de pouvoir sur votre dureté que l'amitié, et quand vous me permettrez d'aller chez vous.

1 Sans suscrii»lion , mais adressée probablement à M-" la marquise de Sablé.

Je vous envoie cette manière de préface pour les Maximes; mais comme je la dois rendre dans deux heures, je vous supplie très-humblement, Madame, de me la renvoyer par le même laquais qui vous porte ce billet. Je vous demande aussi de me dire ce que vous en trouvez ^

A LA MARQUISE DE SABLÉ

Ce dioianchc au soir.

Je ne sais plus d'invention pour entrer chez vous* : on m'y refuse la porte tous les jours. Je ne sais si la fille à qui j'ai parlé vous aura bien expliqué la grâce que je vous demande : c'est de me prêter pour une heure le Discours que M"® de Schomberg vous a envoyé sur les Maximes^. Je vous supplie très-humblement de ne me refuser pas. Outre Tenvie que j'ai de le voir, il est même nécessaire pour une raison que j'aurai l'honneur de vous dire. Je vous donne toutes les sûretés que vous pouvez désirer pour le secret; mais, au nom de Dieu, ayez la bonté de m'envoyer cet écrit par le retour de ce laquais.

• Sans suscription, mais probablement adressée à M™« la marquise de Sablé.

- La marquise de Sablé s'était fait bâtir un corps de logis à Port-Royal , séparé du monastère, mais renfermé dans son enceinte. Parfois, elle s'imposait des semaines entières de solitude absolue. M*"" de la Fayette elle-même, cette amie si tendrement dévouée, ne pouvait se faire admettre. On a de cette dernière des billets charmants (Bibliothèque impériale, département des manuscrits, portefeuille de Valant), dans lesquels elle se plaint de cet abandon avec une grande délicalossc d'esprit et de cœur.

* Ce Discours sur hs Maximes était une lettre que3Iarie de Hautefort, duche«se de Schomberg, avait écrite à la marquise de Sablé, pour lui faire connaître ses opinions sur \es Maximes ^ qui lui avaient été communiquées en cahiers. On sait que la Rochefoucauld l'avait passionnément aimée.

M-» de Sablé abrégea, adoucit cette lettre, et, ainsi transformée , elle fil grand bruit. Dans l'appendice nous la donnons sous ses deux former.

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