DISCOURS
toujours et de moi et des autres plus qu'on ne voudrait. D'abord j'en ai quelque dépit ; je rougis quelquefois de voir qu'il ait deviné; mais je sens bien, à force de le lire, que, si je n'apprends à devenir plus sage, j'apprends au moins à connaître que je ne le suis pas; j'apprends enfin, par l'opinion qu'il me donne de moi-même, à ne me répandre pas sottement dans l'admiration de toutes ces vertus dont l'éclat nous saute aux yeux. Les hypocrites passent mal leur temps à la lecture d'un livre comme celui-là. Défiez-vous donc. Monsieur, de ceux qui vous en diront du mal, et soyez assuré qu'ils n'en disent que parce qu'ils sont désolés de voir révéler des mystères qu'ils voudraient pouvoir cacher toute leur vie aux autres et à eux-mêmes.
En ne voulant vous faire qu'une lettre, je me suis engagé insensiblement à vous écrire un grand discours. Appelez-le comme vous voudrez, ou discours, ou lettre, il ne m'importe, pourvu que vous en soyez content et que vous me fassiez l'honneur de me croire.
Monsieur ,
Votre, etc.