ARTICLE DE MADAME DE SABLÉ
sur les MaœimesK
C'est un traité du mouvement du cœur de l'homme qu'on peut dire lui avoir été comme inconnu jusqu'à cette heure. Un seigneur aussi grand en esprit qu'en naissance en est l'auteur , mais ni sa grandeur ni son esprit n'ont pu empêcher qu'on n'en ait fait des jugements très-difiTérents.
Les uns croient que c'est outrager les hommes que d'en taire une si terrible peinture, et que l'auteur n'en a pu prendre l'original qu'en lui-même. Ils disent qu'il est dangereux de mettre de telles pensées au jour; qu'ayant si bien montré qu'on ne fait jamais les bonnes actions que par de mauvais principes, et on ne se mettra plus en peine de chercher la vertu, puisqu'il est impossible de l'avoir, si ce n'est en idée; que c'est enfin renverser la morale, de faire voir que toutes les vertus qu'elle nous enseigne ne sont que des chimères puisqu'elles n'ont que de mauvaises fins.
Les autres, au contraire, trouvent ce traité fort mile, parce qu'il découvre aux hommes les fausses idées qu'ils ont d'eux-mêmes, et leur fait voir que, sans religion, ils sont incapables de faire aucun bien ; qu'il est bon de se connaître tel qu'on est, quand môme il n'y aurait que cet avantage
' Voir l'Étude sur la Rochefoucauld placée en tête de ce volume.
de soi-même.
Quoi qu*il en soit, il y a tant d'esprit dans cet ouvrage, et une si grande pénétration pour connaître le véritable état de riiomme, à ne regarder que la nature, que toutes. les personnes de bon sens y trouveront une infinité de choses qu'elles auraient peut-être ignorées toute leur vie, si cet auteur ne les avait tirées du chaos du cœur de Thomme pour les mettre dans un jour où quasi tout le monde peut les voir et comprendre sans peine.
imprimé dans le Journal des SavantiK
Une personne de grande qualité et de grand mérite passe pour être auteur de ces Maœimes, mais quelque lumière et quelque discernement qu'il ait fait paraître dans son ouvrage, il n'a pas empêché que Ton en ait fait des jugements bien différents.
On peut dire néanmoins que ce traité est fort utile, parce qu'il découvre aux hommes les fausses idées qu'ils ont d'eux-mêmes, qu'il leur fait voir que, sans le christianisme, ils sont incapables de faire aucun bien qui ne soit mêlé d'imperfection, et que rien n'est plus avantageux que de se connaître tel qu'on est en effet, afin de n'être pas trompé par la fausse connaissance que l'on a toujours de soi-même.
Il y a tant d'esprit dans cet ouvrage, et une si grande pénétration pour démêler la vérité des sentiments du cœur de l'homme, que toutes les personnes judicieuses y trouveront une infinité de choses fort utiles qu'elles auraient peutêtre ignorées toute leur vie, si l'auteur des Maximes ne les avait tirées du chaos pour les mettre dans un jour où quasi tout le monde les peut voir et les peut comprendre sans peine.
FIN DE l'appendice.
' Réflexions ou sentences et maximes morales, h Paris, chez Barbin, au Palais.