SE NEC ION
Ho ! vous en voulez trop savoir. Voudriezvous que j'eusse passé ma vie sur des livres
rt dans mon cabinet, comme ces misérables ([ui n'avaient d'autre ressource que leur talent? Je vous avoue que ces gens-là avaient bien peu d'esprit. Je les recevais chez moi pour leur apprendre que j'avais plus d'esprit qu'eux ; je leur faisais sentir à tout moment qu'ils n'étaient que des imbéciles ; je les accablais quelquefois d'amitiés et d'honnêtetés; je croyais qu'ils comptaient sur moi. Mais îe lendemain je ne leur parlais plus ; je ne faisais pas semblant de les voir ; ils s'en allaient désespérés contre uîoi. Mais je me moquais de leur colère , et je savais qu'ils seraient trop heureux que je leur accordasse encore ma protection.
Ainsi vous vous réserviez de vous attacher d'autres hommes plus propres à servir vos desseins. Car, apparemment, vous ne comptiez pas sur le cœur de ceux que vous traitiez si mal.
SENECION.
Moi ! j'avais la faveur de mon maître , je iiavais besoin de personne. Je n'aurais pas
niauqué de créatures si j'avais voulu ; les hommes se jetaient en foule au-devant de moi ; mais je me contentais de ménager les grands et ceux qui approchaient l'empereur. J'étais inexorable pour les autres qui me recherchaient , parce que je pouvais leur être utile , et qu'eux-mêmes n'étaient bons à rien.
C ATILINA.
Et que seriez-vous devenu si Néron eût cessé de vous aimer? Ces grands qui étaient tous jaloux de votre fortune , vous auraientils soutenu dans vos disgrâces ? Qui vous aurait regretté ? qui vous eut plaint ? qui aurait pris votre parti contre le peuple , animé contre vous par votre orgueil et votre mollesse ?
SE NE CI o>.
Mon ami , quand on perd la faveur du prince , ou perd toujours tout avec elle.
C ATI LIN A.
On ne perd point le génie et le courage lorsqu'on en a véritablement ; on ne perd point l'amour des misérables , qui sont tou-
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jours en Irès-grand nombre ; on conserve l'estime des gens de mérite. Le malheur même augmente quelquefois la réputation des grands hommes ; leur chute entraîne nécessairement celle d une infinité de gens de mérite qui leur étaient attachés. Ceux-ci ont intérêt de les relever , de les défendre dans le public , et se sacrifient quelquefois de très-bon cœur pour les servir.