‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, Suaro (volume 2)Chapitre 27 sur 50 · J A FIER · texte numérisé non relu

J A FIER

Oui , je sais que tu fus sur le point d'élever ta fortune sur les débris de cette puissante république ; mais quand tu aurais réussi , tu n'aurais jamais eu la principale gloire , ni le fruit de cette entreprise , qui était conduite par des hommes plus puissants que toi.

RENAUD

C est le sort des hommes de génie , qui

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n'ont que du génie el du courage. Ils ne sont que les instruments des grands qui les emploient ; ils ne recueillent jamais ni la gloire, ni le fruit principal des entreprises qu'ils ont conduites , et f[iic l'on doit à leur prudence ; mais le témoignage de leur conscience leur est bien doux. Ils sont considérés, du moins, des grands qu'ils servent ; ils les maîtrisent quelquefois dans leur conduite ; et enfin quelques uns parviennent , s'élèvent au-dessus de leurs protecteurs , et emportent au tombeau l'estime des peuples.

J AFIER.

Ce sont ces sentiments qui t'ont conduit sur l'échafaud.

RENAUD

Crois-tu que j'aie regretté la vie ? Un homme qui craint la mort , n'est pas même digne de vivre '.

' Ce dialogue est une simple esquisse. Rien n'y est approfonrii 5 et cependant l'aïucur aurait pu y faire entier de beaux tablcanx et de beaux développements. L'histoire de la conjuration de Venise par l'abbc de St.-Re'al , lui an-

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la'it fourni les matériaux nécessaires. Il y avait quelque chose de sombre et de mystérieux dans le gouvernement de Venise qui attache l'iraaginatiorf et qui a[répandii du charme et de l'intérêt sur les ouvrages où il en a été question. Au reste, il est à peu près évident que tous les détails de cette fameuse conspiration sont sortis de l'imagination de l'abbé de St. Piéal , qui écrivait l'histoire h peu près comme Varillas son modèle, sans se mettre en peine de la vérité des faits et de l'exactitude des détails.

J'ai cru m'apercevoir, en lisant avec attention CCS dialogues de Vauvenargues, qu'il y avait d»^ns son amc des semences d'ambition. On sait qu'il fît quelques démarches infructueuses pour entrer d'ans la carrière diplomatique; mais il fallait pour réussir de son temps un esprit d'intrigue et de servilité incompatible avec son caractère naturellement noble et porté aux grandes choses et aux grandes pensées. Il est malheureux pour des âmes de cette trempe de naître dans un siècle d'égoïsmc et de petitesse; elles s'y trouvent contraintes, ressenécs , et leur essor, sans cesse comprimé, les jette dans la mélancolie et quelquefois même dans l'abaticment. Je ne lis point le dialogue entre Brutus et un jeune Romain sans soupçonner que l'auteur, en faisant parler ce dernier personnage, a voulu peiadre les dispositions de son esprit cl

î58 DIALOGUES.

tjTiclqucs-nns des cvcncmcTits rlc sa vie. Je ne suis pas de ceux qxii cor^damncnt l'ambition d'une manière absolue; j'en ]uge par les effels ffii'ellc produit. Si elle est utile aux hommes , si t'IIc est accompagnée de la vertu, je la considère comme nn des plus nobles mouvcmcnls de l'amc; si elle ne recherche le crédit et l'autorité que pour satisfaire d'autres passions viles, telles que l'avarice, la haine, la cruauté, je la déleste et la méprise au sein même de son opulence et de son pouvoir. S.

DIALOGUES. l5c)

DIALOGUE XVlll.

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