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sein même de lindignation et de la haine vigoureuse que le vioe lui inspire , on trouve un fonds de bonté qui écarte l'idée d un esprit chagrin ou d'un censeur trop austère ; car la connaissance sure et profonde du cœur lunnain serait une science stérile sans l'indulgence qui sait la féconder : lé coup d'œil de Vauvenargues ne suffit pas , il faut avoir son ame. Un sec moraliste pourrait , eli voulant éclairer l'homnie , ne faire que 1 irriter ; Vauvenargues ne l'abandonne pas lorsqu'il l'a blessé; il lui tend les bras , il pleure avec lui , il le console et l'encourage. S'il l'effraie par le tableau du vice , il l'anime par le tableau de la vertu. Qu'elle est belle sous son pinceau ! qu'il est doux d'arriver jusqu'à elle sous un tel guide !
A cette douce indulgence , à cette seusisibililé exquise répandue dans tous ses écrits, Vauvenargues unit le naturel , qui résulte de l'analogie de l'esprit avec le caractère, du cœur avec le jugement. C'est là peut-ètve la première source de l'intérêt (pi'inspire l'auteur : on croit le voir en le lisant ; tout ce qu'il dit , il le sent : loin de lui les tours
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d'une ingénieuse symétrie qui décèlent un écrivain plus occupé des mois que des choses ; le philosophe subordonne toujouis à l'idée la manière de la rendre. Ses réflexions partent de son caractère , ses pensées sont, pour ainsi dire , un secret qui lui échappe ; et cette réunion de qualités l'ait naître dans l'esprit du lecteur un sentiment plus flatteur que celui de l'admiration ; on aime Yauvenargues , on regrette de ne pas l'avoir connu. Vauvenargues , au milieu d'un siècle qui semblait proscrire toutes les religions, toutes les croyances, préserva ses écrits de son influence pernicieuse ; alors une philosophie destructive et i'uneste proclamait ses rêves et SCS systèmes , érigeait en problèmes les plus saints devoirs , et interrogeant les droits du diadème et de l'autel, évoquait lentement le fanlome d'une révolution qui devait tout renverser. Déjà l'esprit novateur répandait partout son dangereux poison , et l'athéisme déifiant les passions , voulait ôter à la vie ses illusions , à la vertu ses espérances. Vauvenargues est souid à la voix de l'erreur qui publie autour de lui ses mensonges. Son
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indignation dénonce et flétrit ces esprits forts qui cherchent une honteuse célébrité dans l'excès et dans l'efFronteric de leur impiété , et qui se placent au rang des génies seulement parce qu'ils méprisent les institutions religieuses'. Non, c'est en vain qu'une secte impie voudrait compter Vauvenargues au nombre de ses apôtres ; il ne lui appartient pas. Sa morale est empreinte d'une religieuse philosophie ; sans cesse , dans ses écrits . il en proclame lar nécessité : gardons-nous de la confondre avec le pyrrhonisme , ce système insensé , fléau de la philosophie , dont il usurpe le nom et imite le langage, croyant participer à sa gloire , et la chargeant quelquefois de sa propre honte ; système destructeur de toute idée philosophique , puisqu'il ne tend qu'à renverser toute vérité , qu'à saper les fondements de la morale . à rompre les liens sacrés des lois, à détruire du môme coup la vérilé et la science , à opprimer la raison sous le prétexte de TafFranchir , à ne lui laisser enfin que Favantage désespérant de ■ Vir'VFNtRr.ur.s , Max. 53o , t. ii, p. i35.
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creiisci" cllc-mémc son tombeau. DansYauvenargues le doute s'arrête devanl les niyslères que la raison ]iuiuaine ne saurait approfondir., et que le ciel , pour noire bonheur, a couverts d'une sainte obscurité : il ne les confond jjoint avec ces objets vulgaires, naturellement soumis à notre examen ; il sait qu'on ne doit point assujétirles vérités éternelles aux systèmes ruineux de notre imagination , et exposer à la dérision des incrédules un absurde mélange d'idées humaines et de faits divins.
Il avait fait une étude particulière de la langue française ; il avait approfondi et comparé les chefs-d 'œuvre de nos plus grands écrivains, et peut-être dut-il à ce travail , dont l'utilité est incontestable , cette correction , celte pureté de style qui distiiîguent *es écrits. Etranger aux lettres ialines , réduit aux ouvrages français , il y avait clierché un supplément des connaissances dont l'avait privé ime éducation imparfaite. Guidé par les conseils et le goût de Yoltaire , il soumettait ses jugements sur les auteuis français, à ce grand écrivain , qui, lui prodiguait Ja bienveillance
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■ et les soins d'une tendre amitié. Boileau' qui reprochait si amèreiiient au grand CorûeiUe son goût pour Lucain , naurait pas sans doute pardonné à Vaurenargues la sév^e.ité injuste qui a dicté son jugement sur Corneille lui-même. Nous trouvons une excuse de ses erreurs dans son caractère , dont la douceur s'effrayait peut-être des vertus farouches des hommes que fait parler Corneille , et de ce républicanisme sauvage qu'il prêle aux héros de l'ancienne Rome Mais le poète qui lit parler à l'amour le plus vrai, le plus harmonieux langage , l'auteur d Andromaque et A-lphigènie , devait plaire surtout au cœur de Vauvenargues ; aussi lui do„ne-t-il la préférence sur Corneille. Voltau-e voulut en vain relever ce dernier dans 1 opinion de notre moraliste ; toute son éloquence , la puissance, l'autorité de ses raisonnements échouèrent dans la défense du pere de la tragédie. Il ne put également triompher de la juste admiration que Vauvenargues avait vouée à l'auteur du TëU^. maque. Mais il était réservé à ce jeune ëcriva.n de défendre «n grand poète et un grand
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philosophe , La Fontaine et Pascal , dont Voltaire osait presque mettre le génie en pro])lènic. On aime voir Vauvenargues combattre pour une cause si noble et si juste , et, dans cette lutte glorieuse , triompher de la partialité d'un aussi terrible adversaire. Mais comment ce même écrivain, qui dans le jugement qu'il a porté sur La Bruyère , témoigne une admiration si sincère , si vivement sentie , de l'auteur des Caractères ; qui , par une juste appréciation de son talent , rend un hommage éclatant et solennel au peintre qui crayonna le tableau des mœurs et des ridicules de ses contemporains ; comment Yauvenargues a-t-il été injuste envers le plus grand des peintres , envers Molière ? Il lui reproche la bassesse des sujets : Tariuje. le Misanthrope^ conceptions sublimes, sont là pour répondre à sa critique. Mais ne voyons encore , dans ce jugement sur le prince des poètes comiques , que la faiblesse ou l'erreur d'une ame indulgente et généreuse , qui , sans doute épouvantée par l'énergie de la peinture , et n'osant croire à tant de perversité et de vices , craignait de
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se placer , par le suffrage de son admiration, au rang des détracteurs de l'humanité.
Maintenant que le philosophe et l'écrivain vous sont connus , descendons dans la vie privée de Vauvenargues. Rarement cherchet-on à connaître la vie privée d'un auteur , quand elle n'a contribué ni à sa réputation ni à sa gloire ; mais le moraliste excite un intérêt de curiosité , qu'explique assez la nature de ses écrits ; on veut savoir si sa conduite n"a pas démenti les leçons que sa plume nous a tracées.
L'histoire et les traditions littéraires ne nous apprennent presque rien des événements de la vie de Vauvenargues ; mais elles ne gardent pas le même silence sur son caractère. Voltaire, Marmontel , et d'autres écrivains ses contemporains , nous le représentent sous les traits intéressants du malheur , du talent et de la vertu. Il avait beaucoup d'amis ; cette circonstance extraordinaii-e est la plus belle apologie de son cœur. Si ces témoignages ne nous attestaient ses qualités morales, la lecture de ses écrits suffirait pour convaincre que la douce philo-
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Sophie qu'il y a répandue était l'inspiration d'une belle arne. Enlevé à la fleur de 1 âge , Vauvenargues n'a pas joui de sa gloire. Les hommages de la postérité devaient consoler sa cendre de l'indifierence de son siècle ; elle a inscrit son nom parmi les hommes illustres de la France , et sa réputation semble devoir s'accroître encore ; elle est appuyée sur une Ijase qui n'a rien à craindre des l'évolutions du temps. Panégyriste de l'humanité, Vauvenargues lui offre les consolations d'une philosophie bienveillante ; tant qu'il y aura des hommes , tant que parmi eux subsistera le culte de la vertu , tant qu'il y aura des cœurs amis d'une morale saine et pure , on lira , on aimera Yauvenargucs , parce que l'amour de la vertu et de l'humanité respire dans ses écrits ; et à ce titre , plus honorable sans doute que ne le serait encore celui de grand écrivain , la reconnaissance publique le placera toujours, dans ses souvenirs et dans sa vénération , à côté de l'immortel au- Icur du Ti'lémaque.