‹ Œuvres complètes; précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et accompagnées des notes de Voltaire, Morellet, Fortia, SuaroChapitre 5 sur 34 · II · texte numérisé non relu

II

La folie de ceux qui vont à leurs fins est de se croire habiles.

La raillerie est Tépreuve de ramour-propre.

La gaîté est la mère des saillies.

Les sentences sont les saillies des philosophes.

Les hommes pesans sont opiniâtres.

Nos idées sont plus imparfaites que la langue.

La langue et l'esprit ont leurs bornes. La vérité est inépuisable.

La nature a donné aux hommes des talens divers. Les uns naissent pour inventer , et les

autres pour embellir; mais le doreur attire plus de regards que l'architecte.

Un peu de bon sens ferait évanouir beaucoup d'esprit.

Le caractère du faux esprit est de ne paraître qu'aux dépens de la raison.

On est d'autant moins raisonnable sans justesse qu'on a plus d'esprit.

L'esprit a besoin d'être occupé, et c'est une raison de parler beaucoup que de penser peu.

Quand on ne sait pas s'entretenir et s'amuser soi-même , on veut entretenir et amuser les autres.

Vous trouverez fort peu de paresseux que i'oisiveté n'incommode; et si vous entrez dans un café , vous verrez qu'on y joue aux dames.

too OEUVRES

Les paresseux ont toujours envie de faire quelque cliose.

La raison ne doit pas régler , mais suppléer la vertu.

Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée , quand nous sommes forcés de la quitter.

Socrate savait moins que Bayle : il y a peu de sciences utiles.

Aidons-nous des mauvais motifs, pour nous fortifier dans les bons desseins.

Les conseils faciles à pratiquer sont les plus utiles.

Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs d'agir qu'ils ignorent.

DE VAUVENARGUES. loi

C'est être injuste d'exiger des autres qu'ils fassent pour nous ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes.

Nous nous défions de la conduite des meilleurs esprits , et nous ne nous défions pas de nos conseils.

L*âge peut- il donner le droit de gouverner la raison ?

Nous croyons avoir droit de rendre un ïiomme heureux à ses dépens , et nous ne voulons pas qu'il l'ait lui-même.

Si un homme est souvent malade, et qu'ayant mangé une cerise il soit enrhumé le lendemain, ou ne manque pas de lui dire, pour l& consoler , que c'est sa faute.

479' Il y a plus de sévérité que de justice»

La libéralité de l'indigent est nommée prodigalité.

Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs.

On n'est pas toujours si injuste envers ses ennemis qu'envers ses proches.

On peut penser assez de mal d'un homme et être tout~à-fait de ses amis ; car nous ne sommes pas si délicats que nous ne puissions aimer que la perfection , et il y a bien des vices qui nous plaisent, même dans autrui.

La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié.

En amitié , en mariage , en amour , en te! autre commerce que ce soit , nous voulons gagner j et comme le commerce des amis ,

DE VAUVENARGUE^. io3

des amans , des parens , des frères , etc. est plus étendu que tout autre , il ne faut pas être surpris d'y trouver plus d'ingratitude et d'injustice.

La haine n'est pas moins volage que l'amitié.

La pitié est moins tendre que l'amour.

Les choses que l'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.

Au défaut des choses extraordinaires , nous aimons qu'on nous propose à croire celles qui en ont l'air.

L'esprit développe les simplicités du sentiment pour s'en attribuer l'honneur.

On tourne une pensée comme un habit,, pour s'en servir plusieurs fois.

io4 OEUVRES

Nous sommes flattés qu'on nous propose comme un mystère ce que nous avons pensé naturellement.

Ce qui fait qu'on goûte médiocrement les philosophes est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons,

La paresse et là crainte de se compromettre ont introduit l'honnêteté dans la dis^ pute.

Les grandes places dispensent quelquefois des moindres talens.

Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places , il y en a peut-être encore plus à les bien remplir.

Si les grandes pensées nous trompent , elles nous amusent.

DE VAUVENARGUES. io5

Il n'y a point de faiseur de stances qui ne se préfère à Bossuet , simple auteur de prose ; et dans l'ordre de la nature , nul ne doit penser aussi peu juste qu'un génie manqué.

Un versificateur ne connaît point de juge compétent de ses écrits : si on ne fait pas de vers , on ne s'y connaît pas j si on en fait , on est son rival.

5oo.

Le même croit parler la langue des dieux ; lorsqu'il ne parle pas celle des hommes. C'est comme un mauvais comédien qui ne peut déclamer comme l'on parle.

Soi.

Un autre défaut de la mauvaise poésie est d'alonger la prose , comme le caractère de la honne est de l'abréger.

Il n'y a personne qui ne pense d'un ouvrage en prose : si je me donnais de la peine , je le

io6 OE U V R E S

ferais mieux. Je dirais à beaucoup de gens:

faites une seule réflexion digne d'être écrite.

Tout ce que nous prenons dans la morale pour défaut n'est pas tel.

Nous remarquons beaucoup de vices pour admettre peu de vertus.

L'esprit est borné jusque dans l'erreur qu'on dit son domaine.

L'intérêt d'une seule passion , souvent malbeureuse , tient quelquefois toutes les autres en captivité j et la raison porte ses chaînes sans pouvoir les rompre.

Il j a des faiblesses , si on l'ose dire , inséparables de notre nature.

Si on aime la vie , on craint la mort.

La gloire et la stupidité cachent la mort sans triompher d'elle.

Le terme du courage est l'intrépidité dans le péril.

5ll.

La noblesse est un monument de la vertu , immortelle comme la gloire.

Lorsque nous appelons les réflexions , elles nous fuient^ et quand nous voulons les chasser , elles nous obsèdent , et tiennent malgré nous nos yeux ouverts pendant la nuit.

Trop de dissipation et trop d'étude épuisent également l'esprit et le laissent à sec j les traits hardis en tout genre ne s'offrent pas à un esprit tendu et fatigué.

Comme il y a des âmes volages que toutes les passions dominent tour-à-tour , on voit des

io8 OEUVRES

esprits vifs cl sans assiette, que toutes les opinions entraînent successivement , ou qui se partagent entre les contraires , sans oser décider.

Les héros de Corneille étalent des maximes fastueuses , et parlent magnifiquement d'euxmêmes ; et cette enflure de leurs discours passe pour vertu parmi ceux qui n'ont point de règle dans le cœur pour distinguer la grandeur d'ame de l'ostentation.

L'esprit ne fait pas connaître la vertu.

Il n'y a point d'jiomme qui ait assez d'esprit pour n'être jamais ennuyeux.

La plus cliarmanle conversation lasse l'oreille d'un homme occupé de quelque passion.

Les passions nous séparent quelquefois de la société , et nous rendent tout l'esprit qui est au monde aussi inutile que nous le devenons nous-mêmes aux plaisirs d'aulrui.

Le monde est rempli de ces hommes qui imposent aux autres par leur réputation ou leur fortune j s'ils se laissent trop approcher , on passe tout-à-coup à leur égard de la curiosité jusqu'au mépris , comme on guérit quelquefois en un moment d'une femme qu'on a recherchée avec ardeur.

On est encore bien éloigné de plaire lorsqu'on n'a que de l'esprit.

L'esprit ne nous garantit pas des sottises de notre humeur.

Le désespoir est la plus grande de nos erreurs.

La nécessité de mourir est la plus amère de nos afflictions.

Si la vie n'avait point de fin , qui désespérerait de sa fortune ? La mort comble l'adversité.

iio OEUVRES

Combien les meilleurs conseils sont-ils peu utiles , si nos propres expériences nous instruisent si rarement !

Les conseils qu'on croit les plus sages sont les moins proportionnés à notre état.

Nous avons des règles pour le théâtre qui passent peut-être les forces de Tesprit humain.

Lorsqu'une pièce est faite pour être jouée, il est injuste de n'en juger que par la lecture.

Le but des poètes tragiques est d'émouvoir. C'est faire trop d'honneur à l'esprit humain de croire que des ouvrages irréguliers ne peuvent produire cet effet. Il n'est pas besoin de tant d'art pour tirer les meilleurs esprits de leur assiette , et leur cacher de grands défauts dans un ouvrage qui peint les passions. Il ne faut pas supposer dans le sentiment une

DE VAUVENARGUES. m

délicatesse que nous n'avons que par réflexion, ni imposer aux auteurs une perfection qu'ils ne puissent atteindre ; notre goût se contente à moins. Pourvu qu'il n'y ait pas plus d'irrégularités dans un ouvrage que dans nos propres conceptions , rien n'empêche qu'il ne puisse plaire , s'il est bon d'ailleurs. N'avonsnous pas des tragédies monstrueuses qui entraînent toujours les suffrages , malgré les critiques , et qui sont les délices du peuple , je veux dire , de la plus grande partie des hommes ? Je sais que le succès de ces ouvrages prouve moins le génie de leurs auteurs que la faiblesse de leurs partisans : c'est aux hommes délicats à choisir de meilleurs modèles , et à s'efforcer , dans tous les genres , d'égaler la belle nature j mais comme elle n'est pas exempte de défauts , toute belle qu'elle paraît , nous avons tort d'exiger des auteurs plus qu'elle ne peut leur fournir. Il s'en faut de beaucoup que notre goût soit toujours aussi difficile à contenter que notre esprit.

Il peut plaire à un traducteur d'admirer jusqu'aux défauts de sou original , et d'attri-

buer toutes ses sottises à la barbarie de son siècle. Lorsque je crois toujours apercevoir dans un auteur les mêmes beautés et les nièmes défauts , il me paraît plus raisonnable d'en conclure que c'est un écrivain qui joint de grands défauts à des qualités éminentes : une grande imagination et peu de jugement , ou beaucoup de force et peu d'art , etc. : et quoique je n'admire pas beaucoup l'esprit humain , je ne puis cependant le dégrader jusqu'à mettre dans le premier rang un génie si défectueux , qui choque continuellement le sens commun.

C'est faute de pénétration que nous concilions si peu de choses.

Nous voudrions dépouiller de ses vertus l'espèce humaine, pour nous justifier nousmêmes de nos vices et les mettre à la place dès vertus détruites : semblables à ceux qui se révoltent contre les puissances légitimes, non pour égaler tous les hommes par la liberté , mais pour usurper la même autorité qu'ils calomnient.

DE VAUVENARGUES. n5

Un peu de culture et beaucoup de mémoire , avec quelque hardiesse dans les opinions et contre les préjugés , font paraître l'esprit étendu.

Il ne faut pas jeter du ridicule sur les opinions respectées -, car on blesse par là leurs partisans , sans les confondre.

La plaisanterie la mieux fondée ne persuade point, tant on est accoutumé qu'elle s'appuie sur de faux principes.

L'incrédulité a ses enthousiastes , ainsi que la superstition : et comme l'on voit des dévots qui réfusent à Cromwell jusqu'au bon sens , on trouve d'autres hommes qui traitent Pascal et Bossuet de petits esprits.

Le plus sage et le plus courageux de tous les hommes , M. de Turenne, a respecté la religion, et une infinité d'hommes obscurs se II, 8

ii4 OEUVRES

placent au rang des génies et des amcs fortes ,

seulement à cause qu'ils la méprisent.

Ainsi nous tirons vanité de nos faiblesses et de nos plus fausses erreurs. La raison fait des philosophes et la gloire fait des héros 5 la seule vertu fait des sages.

Si nous avons écrit quelque chose pour notre instruction ou pour le soulagement de notre cœur, il y a grande apparence que nos réflexions seront encore utiles à beaucoup d'autres : car personne n'est seul dans son espèce ; et jamais nous ne sommes ni si vrais, ni si vifs , ni si pathétiques que lorsque nous traitons les choses pour nous-mêmes.

Lorsque notre ame est pleine de sentimens nos discours sont pleins d'intérêt.

Le faux présenté avec art nous surprend et nous éblouit j mais le vrai nous persuade et nous maîtrise.

DE VAÙVENARGUES. ii5

On ne peut contrefaire le génie»

11 ne faut pas beaucoup de réflexions poiii* faire cuire un poulet j et cependant nous voyons des hommes qui sont toute leur vie mauvais rôtisseurs. Tant il est nécessaire , dans tous les métiers , d'y être appelé par un instinct particulier et comme indépendant de la raison.

Lorsque les réflexions se multiplient , les erreurs et les connaissances augmentent dans la même proportion.

Ceux qui viendront après nous, sauront peut-être plus que nous, et ils s'en croiront plus d'esprit; mais seront-ils plus heureux ou plus sages? Nous-mêmes qui savons beaucoup , sommes-nous meilleurs que nos pères qui savaient si peu?

Nous sommes tellenrent occupés de nous el

^i6 OEUVRES

de nos semblables que nous ne faisons pas Ja moindre attention à tout le reste , quoique sous nos yeux et autour de nous.

Qu'il y a peu de choses dont nous jugions bien!

Nous n'avons pas assez d'amour-propre pour dédaigner le mépris d'autrui»

Personne ne nous blâme si sévèrement que nous nous condamnons souvent nousmêmes.

L'amour n'est pas si délicat que l'amourpropre.

Nous prenons ordinairement sur nos bons et nos mauvais succès j et nous nous accusons où nous louons des caprices de la fortune.

Personne ne peut se vanter de n'avoir jamais été méprisé.

Il s'en faut bien que toutes nos habiletés ou que toutes nos fautes portent coup : tant il y a peu de choses qui dépendent de notre conduite.

Combien de vertus et de vices sont sans conséquence !

Nous ne sommes pas conlens d'être habiles si on ne sait pas que nous le sommes : et pour ne pas en perdre le mérite , nous en perdons quelquefois le fruit.

Les gens vains ne peuvent être habilesj car ils n'ont pas la force de se taire,

C'est souvent un grand avantage pour un négociateur, s'il peut faire croire qu'il n'entend pas les intérêts de son maître et que la passion le conseille 5 il évite par là qu'on le pénètre, et réduit ceux qui ont envie de finir à se relâcher de leurs prétentions. Les plus

itS OEUVRES

habiles se croyent quelquefois obliges de

céder à un homme qui résiste lui - même

h. la raison , et qui échappe à toutes leurs

prises.

Tout le fruit qu'on a pu tirer de mettre quelques hommes dans les grandes places, s'est réduit à savoir qu'ils étaient habiles.

Il ne faut pas autant d'acquit pour être habile que pour le paraître.

Rien n'est plus facile aux hommes en place que de s'approprier le savoir d'autrui.

Il est peut-être plus utile , dans les grandes places , de savoir et de vouloir se servir d£ gens instruits que de l'être soi-même.

Celui qui a un grand sens sait beaucoup.

Quelqu'aniour qu'on ait pour les grandes |

DE VAUVEN ARGUES. 119

affaires, il y a peu de lectures si ennuyeuses et si fatigantes que celles d'un traité entre les princes.

L'essence de la paix est d'être éternelle , et cependant nous n'en voyons durer aucune âge d'un homme , et à peine y a-t-il quelque règne oii elle n'ait été renouvelée plusieurs fols. Mais faut-il s'étonner que ceux qui ont eu besoin de lois pour être justes , soient capables de les violer ?

La politique fait entre les princes ce que les tribunaux de la justice font entre les particuliers. Plusieurs faibles,'ligués contre un puissant , lui imposent la nécessité de modérer son ambition et ses violences.

Il était plus facile aux romains et aux grecs de subjuguer de grandes nations, qu'il ne Test aujourd'hui de conserver une petite province justement conquise , au milieu de tant de voisins jaloux, et de peuples également instruits dans la politique et dans la guerre , et aussi liés par leurs intérêts, par les arts, oupar

le commerce qu'ils sont séparés par leurs

limites,

M. de Voltaire ne regarde l'Europe que comme une république formée de différences souverainetés. Ainsi un esprit étendu diminue en apparence les objets en les confondant dans un tout qui les réduit à leur juste étendue j mais il les agrandit réellement en développant leurs rapports , et en ne formant de tant de parties irrégulières qu'un seul et ma-», gnifique tableau.

C'est une politique utile , mais bornée , de se déterminer toujours par le présent , et de préférer le certain à l'incertain , quoique moins flatteur ; et ce n'est pas ainsi que les états s'élèvent, ni même les particuliers.

Qui sait tout souffrir peut tout oser.

Les hommes sont ennemis-nés les uns des autres , non à cause qu'ils se haïssent , mais parce qu'ils ne peuvent s'agrandir sans se

DE VAUVENARGUES. i2[

traverser; de sorte qu'en observant religieusement les bienséances , qui sont les lois de la guerre tacite qu'ils se font, j'ose dire que c'est presque toujours injustement qu'ils se taxent de part et d'autre d'injustice.

Les particuliers négocient , font des alliances , des traités , des ligues , la paix et la guerre , en im mot tout ce que les rois et les plus puissans peuples peuvent faire.

Dire également du bien de tout le monde €St une petite et une mauvaise politique.

La méchanceté tient lieu d'esprit.

lia fatuité dédommage du défaut de cœur.

Celui qui s'impose à soi-même impose h d'autres.

La nature u'ayant pas égalé tous les hom-

122 OEUVPvES

mes par le mérite , il semble qu'elle n'a pu ni

dû les égaler par la fortune.

L'espérance fait plus de dupes que l'habileté.

Le lâche a moins d'affronts à dévorer que l'ambitieux.

On ne manque jamais de raisons lorsqu'on a fait fortune, pour oublier un bienfaiteur ou un ancien ami ; et on rappelle alors avec dépit tout ce qu'on a si long-tems dissimulé de leur humeur.

Tel que soit un bienfait , et quoi qu'il en coûte , lorsqu'on l'a reçu à ce titre , on est obligé de s'en revenger, comme on tient un mauvais marché quand on a donné sa parole.

Il n'y a point d'injure qu'on ne pardonne quand on s'est vengé.

On oublie un affront qu'on a souffert , jusqu'à s'en attirer ma autre par son insolence.

DE VAUVENAP1.GUES. 125

S'il est vrai que nos joies soient courtes , la plupart de nos afflictions ne sont pas longues.

La plus grande force d'esprit nous console moins promptement que sa faiblesse.

II n'y a point de perte que l'on sente si vivement et si peu de tenis que celle d'une femme aimée.

Peu d'affligés savent feindre tout le tems qu'il faut pour leur honneur,

Nos consolations sont une flatterie envers les affligés,

Si les hommes ne se flattaient pas les uns les autres , il n'y aurait guère de société.

Il ne tient qu'à nous d'admirer la religieuse franchise de nos pères , qui nous ont appris à

nous égorger pour un démenti ; un tel respect de la vérité , parmi les barbares qui ne connaissaient que la loi de la nature, est glorieux pour l'humanité.

]N"ous souffrons peu d'injures par bonté»

Nous nous persuadons quelquefois nos propres mensonges pour n'en avoir pas le démenti , et nous nous trompons nous-mêmes pour tromper les autres.

La yérité est le soleil des intelligences.

Pendant qu'une partie de la nation atteint ie terme de la politesse et du bon goût, l'autre moitié est barbare à nos yeux, sans qu'un spectacle si singulier puisse nous ôter le mépris de la culture.

Tout ce qui flatte le plus notre vanité n'est fondé que sur la culture , que nous méprisons.

DE VAUVENARGUES. i25

Nous avons plus de foi à la coutume et h la tradition de nos pères qu'à notre raison.

L'expérience que nous avons des bornes de notre raison nous rend dociles aux préjugés.

Quand je vois qu'un homme d'esprit , dans le plus éclairé de tous les siècles, n'ose se mettre à table si on est treize, il n'y a plus d'erreur , ni ancienne ni moderne , qui m'étonne.

Comme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration, il ne l'est pas moins de douter de quelques autres rùaîgré leurs preuves.

La conviction de l'esprit n'entraîne pas toujours celle du cœur.

Les hommes ne se comprennent pas les

uns les autres. H y a moins de fous qu'on ne

croit.

Pour peu qu'on se donne carrière sur la religion et sur les misères de l'homme, on ne fait pas difficulté de se placer parmi les esprits supérieurs.

OOD.

Des hommes inquiets et tremhlaiis pour les plus petits intérêts, afi'ectent de braver la mort.

Si les moindres périls dans les affaires nous donnent de vaines terreurs, dans quelles alarmes la mort ne doit-elle pas nous plonger , lorsqu'il est question pour toujours de tout notre être , et que l'unique intérêt qui nous 1 reste , il n'est plus en notre puissance de le ménager , ni même quelquefois de le connaître !

Newton, Pascal, Bossuet, Racine, Fénélon , c'est-a-dire les hommes de la terre les plus éclairés , dans le plus philosophe de tous les siècles, et dans la force de leur esprit et

de leur âge, ont cru Jésus- Christ ; et le grand Conclé,en mourant , répétait ces nobles paroles : « Oui , nous verrons Dieu comme il « est, sicud est^facie adfaciem, »

Les maladies suspendent nos vertus et nos vices.

La nécessité comble les maux qu'elle ne peut soulager.

Le silence et la réflexion épuisent les passions, comme le travail et le jeûne consomment les humeurs.

La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps.

Les hommes actifs supportent plus impatiemment l'ennui que le travail.

Toule peinture vraie nous charme , jusqu'aux louanges d'autrui.

128 Or.UVRES

Les imac^os embellissent la raison , et le senliment Ja persuade.

L'éloquence vaut mieux que le savoir.

6 1 4» Ce qui fait que nous préférons très-Justement l'esprit au savoir est que celui - ci est mal nommé , et qu'il n'est ordinairement ni si utile , ni si étendu que ce que nous connaissons par expérience, ou que nous pouvons acquérir par réflexion. Nous regardons aussi l'esprit comme la cause du savoir , et nous estimons plus la cause que son effet : cela est raisonnable. Cependant celui qui n'ignorerait rien aurait tout l'esprit qu'on peut avoir; le plus grand esprit du monde n'étant que science ou capacité d'en acquérir.

11 ne faut pas juger d'un homme par ce qu'il ignore, mais par ce qu'il sait. Ce n'est rien d'ignorer beaucoup de choses lorsqu'o n est capable de les concevoir, et qu'il ne manque que de les avoir apprises.

Les hommes n« s'approuvent pas assez pour s'altrlbuer les uns aux autres la capacité des grands emplois. C'est tout ce qu'ils peuvent, pour ceux qui les occupent avec succès , de les en estimer après leur mort. Mais proposez l'homme du monde qui a le plus d'esprit : oui , dit-on , s^il avait plus d'expérience , ou s'il était moins paresseux , ou s'il n'avait pas de l'humeur , ou tout au contraire j car il n'y a point de prétexte qu'on ne prenne pour donner l'exclusion a l'aspirant, jusqu'à dire qu'il est trop honnête homme , supposé qu'on ne puisse rien lui reprocher de plus plausible : tant cette maxime est peu vraie : qu'il est plus aisé de paraître digne des grandes places que de les remplir,

Le plus ou le moins d'esprit est peu de chose ; mais ce peu, quelle différence ne metil pas entre les hommes ? Qu'est-ce qui fait la beauté ou la laideur, la santé ou l'infirmité ? ZV'est-ce pas aussi un peu plus ou un peu inoins de bile , et quelque différence imperceptible des organes ?

i!;o OEUVRES

Ceux qui méprisent l'iiomme ne sont pas de grands hommes.

La phllosopliie a ses modes comme l'architecture , les habits , la danse , etc. L'homme est maintenant en disgrâce cliez les philosophes , et c'est à qui le chargera de plus de vices j mais peut-être est-il sur le point de se relever €t de se faire restituer toutes ses vertus.

Toutes les fois que la littérature et l'esprit de raisonnement deviendront le partage de toute une nation , il arrivera, comme dans les états populaires, qu'il n'y aura point de puérilités et de sottises qui ne se produisent et ne trouvent des partisans.

L'erreur, ajoutée à la vérité, ne l'augmente "point j au contraire. Ce n'est pas non plus étendre les limites des arts que d'admettre les mauvais genres ; c'est gâter le goût. 11 faut détromper les hommes des faux plaisirs pour les faire jouir des véritables 5 et quand même

DE VAUVENARGUES. i3r

on supposerait qu'il n'y aurait point de faux plaisirs, toujours serait-il raisonnable de combattre ceux qui sont dépravés et méprisables ; car on ne peut nier qu'il y en ait de tels.

Nous sommes bien plus appliqués à nolei* les contradictions souvent imaginaires et les autres fautes d'un auteur qu'à profiter de ses vues vraies ou fausses.

Pom' décider qu'un auteur se contredit, ii faiiit qu'il soit impossible de le concilier.

iZ2 OEUVRES

Notes sur les Maximes,

Page I , Maxime 5. Lorsqu'une pensée est trop faible, etc. Une pense'e qui porte une expression G%\.\\Axàx et beau. C est la marque , expression négligée. M.

P. 2 , Max. ,6. // ny aurait point d'erreurs , etc. L'auteur veut parler des erreurs de raisonnement , de spe'culation j cette maxime ne peut s'applicjuer aux erreurs de fait. L'expression est troj) ge'ne'rale. Edit.

P. 5 , Max. 28. On ne peut être Juste , etc. Il y a pourtant des exemples dliommes durs qui sont justes.

Voltaire a dit : Qui n'est que juste et dur. Edit.

P. 7 , Max» 44* L'estime s'use comme l'amour, etc. ]^on pas l'estime , mais l'admiration. Edit.

P. 8 , Max. 46. Ceux qui manquent de probité', etc. C'est la marque d'un naturel, etc. Ces deux pense'es ne semblent pas bien lie'es l'une à l'autre. Probité' et A«/wa«i7e n'ont pas un rapport assez imme'diat. Edit.

P. 8 , Max. 49- Ceux qui nous font acheter leur probité' , etc. On pourrait peut-être accuser cette pensée d'un peu de subtilité' venant d'un de'faut de pre'cision dans les termes. Il est sûr que celui qui vend sa probité n'en a de'jà plus , puisqu'il consent à la vendre. Ainsi on ne vend point sa probité' j mais on se fait payer de n'en point avoir. Edit.

P. g , Max. 56. L'intérêt fait pçit de fortune. Par

DE VAUVENARGUES. iS3

Intérêt , Vauvenargues entend ici le vice ou la passioij qui domine dans un caractère inle'resse'. Il n'est pa$ d'usage en ce sens. Edit,

P, II , Max. 67. // est difficile d'estimer quelqu'un, comme il veut l'être^ Il faudrait dire comme il veut être estime', ou qu'il j eût pre'cëdemment un. particip* au lieu de l'infinitif. il/l

P. 12, Max. 70. La tranquillité' d'^esprit passerait^ elle pour une meilleure preuve , etc. Meilleure se rap-^ porte ici à la maxime précédente , dont celle-ci est hk suite. Edil^

P. i3 , Max. 77. Il n'est pas vrai que les hommes soient meilleurs dans la pauvreté' que da?is les richesses. Il faudrait , ce semble , dans la richesse , pour exprimer l'e'tat de l'homme riche. M.

P. 14, Max. 85. On gagne peu de chose par habileté'. Le mot d'habileté' est un peu vague. Il signifie sans doute ici adresse ; antvcinent cette maxime contiedirait la suivante. Ediî.

P. 16, Max. 95. La force peut tout entreprendra contre les habiles. Oui 3 mais l'iiabilete' consiste à savoir diriger en sa faveur l'emploi de la force. Edit..

P. 17, Max. io5. La familiante' est l'apprentissage des esprits. Obscur ; c'est dans la familiarité' de la conversation que l'esprit se forme , des qu'on connaît l'es-» prit de ceux avec qui on vit. I^I.

P. 17, Max. 107. Les maximes des hommes de'^

i54 OEUVRES

cèlent leur cœur. Le proverbe indien a dit : Parle afin que je te connaisse. Edit.

P. i8, Max. iio. I,es menteurs sont bas et glorieux. On pourrait , ce semble , retourner la pensée , et dire : Les gens bas et glorieux sont menteurs. Car on est souvent menteur parce que l'on est glorieux , et non pas glorieux parce qu'on est menteur. Edit.

P. 20 , Max. 124. La raison nous trompe plus souvent que la nature. On ne peut entendre par la nature de l'homme , que son organisation et l'impulsion qu'il reçoit de ses sens vers les objets. Or , c'est de là que viennent toutes nos fautes et toutes nos erjcurs , et non pas de la raison , même quand elle s'e'gare. M.

P. 20, Max. 126. Si les passions font plus de fautes fjue le jugement , etc. Celte maxime de'ment la pre'cedente^ car les passions sont la nature, et le jugement c'est la raison. Or, l'auteur dit ici que les passions font plus de fautes que le jugement. M.

Je crois qu'il faut entendre par la première de ces deux maximes , que la raison nous trompe moins souvent que la nature ; Vauvenargues crojant , comme il l'établit dans la seconde maxime , que la raison a moins souvent occasion de faire des fautes que la nature , parce que le nombre des actions qu'elle dirige est beaucoup jïioins considérable. Edit.

P. 22 , Max. i56. La conscience des me'chans calomnie leur vie. Montaigne a dit : La pénitence de-mande à charger. Edit,.

DE VAUVENARGUES. i35

P. ^4 , Max. i47- On serait bien marri. Cette expression , actuellement de peu d'usage , s'employait encore au milieu du l8* siècle. Edit.

P. 25, Max. 148. Ni le de'goût est une marque, etc. ïl faut dire n'est. Cette phrase est négligée. M.

P. 26, Max. 154. Les passions ont appris aux honi" mies la raison. Cette maxime un peu obscure a besoin d'être e'claircie par celle qui suit. L'auteur a voulu dire ^ ce semble , que ce sont les passions qui , en portant l'esprit de l'homme sur un jdIus grand nonabre d'objets , et en augmentant la soinme de ses ide'es , lui fournissent les mate'riaux de la reflexion , qui est le chemin de la raison. Cela se rapporte à ce qu'il a dit ailleurs , que les passions fertilisent l'esprit. Edit^

P. 27, Max. i55. Dans l'enfance de tous les peuples comme dans celle des particuliers , etc. Il semble qu'on peut mettre individus. En est emjîloje' ici pour de la reflexion , et c'est une ne'gligence à mon sens. M.

P. 28, Max. 164. Ce qui n'offense pas la socie'te' nest pas du ressort de la justice. Je crois que par la justice , Vauvenargues entend ici les tribunaux. Edit.

P. 3o, Max. 178. La haine est plus vive que l'amitié', moins que la gloire. Il faut , je crois , moins que l'amour ou la passioji de la gloire. Edit.

P. 35, Max. 201. Ou tout est dépendant , etc. Cette maxime parait obscure. Il semble que Vauvenargues a voulu prouver l'existence de Dieu par la dépendance mutuelle des différentes parties de l'univers , dont

i55 OE U V Pc E &

aucune ne peut s'isoler des autres ni subsister par eHemêmc. On n'entend pas ce que veut dire l'air appar-^ tient fi Vhoimne et l'homme à l'air. L'homme iic peut se passer d'air • mais l'air existerait fort bien sans î'homme. Appartient veut-il dire participe de la na^ ture , etc. Alors l'idée d'appartenir n'a plus de liaison sensible avec l'idée de dépendance exprime'e dans la première phrase. Il y a , je crois , abus de mots. Edit.

P. 55 , Max. 3o3. Quand on a beaucoup de lu^ Tnières, etc. La liaison n'est pas assez marquée entre Ja première de cette maxime et la seconde ; ce qui fait qu'au premier aspect elles paraissent se contredire ,, quoiqu'elles ne se contredisent pas en effet; parce que ia première partie offre une maxime absolue et ge'nerale, la seconde une re'flexion applicable seulement à quelques occasions. Edit,.

P. 44 j Max. 232. Les sujets font leur cour avecbien plus de goût , etc. Goût veut dire ici le plaisir- <juon éprouve à satisfaire un penchant. Faire avec goût dans ce sens ,. est se porter de cœur , d'inclination,' à une action quelconque : c'est le co/i amore des Italiens. L'expression n'est peut - être pas bien exacte y xnais il est difficile de la remplacer,. Edit^

P. 45 , Max. 256. Il jy a des hommes qui , sans y penser, etc. Comment se forme-t-on une idée de sqï 5ansy penser ? J'aimerais mieux sans s'en apercevoir. A/1

P. 55, Max. 274. Qui a le plus a, dit-on, le moins : cela est faux. Le roi d'Espagne , tout puissant cju'U est, ne peut rien àLucques. Plus et moins exprimant

DE VAUVENARGUES. i^f

^es rapports de mesure et de quantité , ne peuvent s'appliquer qu'à des objets qu'on puisse mesurer ensemble , afin de juger de leur mesure ou de leur quantité' relative. Ainsi an ne dira pas qu'il y a plus ou moins de toile dans une pièce de dix aunes , que de grains dans un boisseau de froment ^ parce qu'il n'existe pas demo^en de mesurer ensemble de la toile et du froment. L'emploi de plus et de moins suppose donc dans les objets compare's une qualité' commune que chacua possède plus ou moins , et qui offre le point de vue sous lequel on les compare. On dira , jiar exemple , cpie le soleil est plus grand (jue la terre, parce que l'étendue est une qualité' commune à tous deux, par laquelle le soleil et la terre se servent réciproquement de mesure relative. Mais on ne dira pas que le soleil est plus^ brillant que la terre, parce qua le soleil est brillant et que la tei're ne l'est pas ; comme on ne peut dire que le roi d'Espagne est plus puissant en Espagne qu'à Lucques , parce qu'il a de la puissance en Espagne et n'en a point du tout à Lucques. La maxime qui a le plus a le moins , est donc ici totalement inexjîlicable , puisque le plus et le moins sont la mesure relative des objets ,. et qu'il n'existe pas de manière de mesurer quelque chose avec rien. On ne sait ce que veut dire la fin de cette maxime : On usurperait plutôt toute la terre que la moindre venu. On n'usurpe point de vertus 5 toutes celles qu'on acquiert sont de bonne prise..

Edit.

P. 65 , Max. 2go. Pourquoi voulons-nous que Va~ ■mou7'~propre , etc. Amour - propre employé encore pour amour de soi. Edit.

i38 OEUVRES

P. 74. i?e l'art et du goût d'écrire. Goût signifie ici penchant , inclination qu'on éprouve pour une chose; mais il ne peut s'employer en parlant d'une action. On peut dire avoir le goût de la peinture , mais non pas le goût de peindre. Ainsi le goût d'écrire est une incorrection. Edit.

P. 74 , Max. 552. Le tour élevé; me'taphore qui peut paraître incohe'rente. Edit.

P. 75, Max. 355. Former un corps de raison. II. faut de raisons. M.

P. 75 , Max. 554. Du goût d'écrire. On a déjà observe' que cette expression e'tait incorrecte. Edit.

P. 79 , Max. 544- La loi ne saurait égaler les honi-< mes , pour les rendre égaux. Il faut égaliser. Edit.

P. 80 , Max. 548. Sans y penser , etc. Cette ne'gligeuce a de'jà e'te' obsei"ve'e. 11 faut sans nous on apercevoir- M.

P. 80 , Max. 349- C'est par la conviction manifeste de notre incapacité , que le hasard dispose , etc. Cette » pense'e est obscure; l'auteur veut dire , je crois, que c'est la conviction que nous avons de notre incapa cite', qui nous fait abandonner tant de choses au hasard. Jl n'y a rien de plus rare dans le monde, dit-il ensuite , iiue les grands talens et le mérite des emplois : le me'rite des emplois est une ellipse force'e. L'auteur ajoute : La fortune est plus partiale qu'elle n'est injuste , c'est - à - dire qu'entre des concurrens sans, moyens , elle n'est pas injuste en refusant un emploi à

DE VAUVENARGUES. iSg

tel qui ne le me'rite pas , mais partiale en l'accordant à tel autre qui ne le mérite pas davantage. Edit.

P. 8i , Max. 554. La Fontaine était persuadé, etc.' On ne voit pas quelle est la liaison des deux parties de celte maxime , ce qui la rend très-obscure. En disant que jamais de ve'ritablement grands hommes ne se sont amuse's à tourner des fables , veut-il dire que c'est un SiVtd^ instinct, d'inspiration? Mais cela pourrait se dire de beaucoup d'autres genres de talens poe'tiques. Faut-, il le prendre dans un sens défavorable ? On a peine à îe concevoir d'après les e'Ioges qu'il donne à La Fontaine dans ses Fragmens sur les poètes. On voit plus vivement encore, dans ses Lettres à Voltaire , l'admiration que lui inspirait le talent de La Fontaine , qu'il a ïïiême de'fendu contre Voltaire, Au reste , cette maxime est au nombre de celles qu'il avait retranchées dans la seconde édition 3 et il voulait probablement la supprimer ou l'èclaircir. Edit.

P. 82 , Max. 357. Toute hauteur, etc. Je crois qu'orgueil est ici le mot propre. Hauteur , pris à l'absolu , ne peut s'entendre dans un sens favorable. Edit.

P. Sij^, Max. 567. // est dijjicile d'estimer quelqu'un, comme il veut l'être^ il faut comme il veut être estimé. On a de'jà relevé' la même faute. Edit.

P. 85 , Max. 574. Sert de preuves , etc. Il faut da preuve. M,

P. 89 , Max. 490. Les passions plus vives sont celles dont l'objet est plus prochain. Il faut dire les plus vives et le plus prochain. L'auteur tombe souvent dans

i4o OEUVRES

cette faute > d'employer les comparatifs sans objet <f* eomparaison. M^

P. 95 , Max. 421. On tente cTordinaire sajbriiine. Il faut dire tenter fortune ou tenter de faire sa for" tune. M.

P. 95, Max. 4?3. Il 71 j" a pas de vice qui ne soit nuisible , dénué' d'esprit. Ce n'est pas le vice qui est de'nue' d'esprit , mais celui qui l'a et à qui il est nuisible. Cette tournure paraît vicieuse. Vauvenargues a dit ailleurs que le vice ne pouvait jamais paraître utile à ua esprit bien organise'. Edit^

P. 94 , Max. 428. ITy a des gens dont ilvaut mieux se taire que de les louer selon leur mérite. C'est-àdire , je crois , qu'il y a des gens dont le me'rite est dans un genre si frivole et si mise'rable , que les louer selofl îeur rae'rite sei-ait les rendre ridicules. Edil.

P. 95 , Max. 455. // réserve ceux de l'imagination. Réserve n'est pas , je crois , le mot propre j il faut diminue. Edit.

P.^ 102, Max. 481. Il faudrait qU^on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos: malheurs. Les fautes qui n'en seraient pas est incorrect y il faut , les fautes qui ne seraient pas des fautes. • ■ ■ . M.

P. Ï07 , Max, 5og. La gloire et la stupidité caclieat la mort sans triompher d'elle. H faut , je crois , l'amour de la gloire. Sans triompher d'elle, c'est-à-diz'e ^ jepense , sans la faire mc'priser. Edit.

DE VAITVENARGUES. i4ii

P. 107 , Max. 5ïo. Le terme du courage ^ etc« Il seBible qu'il faut dire , le dernier ternie. M.

P. 112, Max. 555. Non pour égaler tous les hommes par la liberté'. Il faut égaliser. Edit.

P. ii5, Max. 556. Tant on est accoutume' queÏÏa s'appuie, etc. Il faut , je crois , accoutume' ù voir ou h <:roire quelle s'appuie, etc. Il faudrait aussi , je crois y au lieu de quelle s'appuie , repe'ter que la plaisanterie s'appuie j autrement la phrase n'est pas claire. Edit.

P. 116, Max. 55o. Persomie ne nous blâme si se'vhrement que nous 7ious condamnons, etc. Il faut, je crois, aussi sévèrement , et ensuite, que nous ne nous condamnons. Edit^

i42 ŒUVRES

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