‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 149 sur 630 · LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE TI, SCÈNE H · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE TI, SCÈNE H

Avec qui parliez-vous donc là-bas si vivement?. Te n'entendais pas : mais...

FIGARO

Avec un jeune bachelier de mes parents , de la plus grande espérance ; plein d'esprit, de sentiments, de talents, et d'une figure fort revenante.

ROSINE

Oh! tout à fait bien, je vous assure! il se noimne...

FIGARO

Lindor. Il na rien : mais , s'il n'eût pas quitté brusquement Madrid , il pouvait y trouver quelque bonne place.

ROSINE, étourdiment.

11 eu trouvera, monsieur Figaro, il en trouvera, l'n jeune honuue tel que vous le dépeignez n'est pas fiùt pour rester inconnu.

FIGARO , à part.

Fort bien. ( Haut. ) Mais il a im grand défaut, qui nuira toujours à son avancement.

ROSINE

Un défaut, monsieur Figaro ! un défiiiit! En êtesvous bien sûr?

FIGARO

Il est amoureux.

ROSINE

Il est amoureux! et vous appelez cela un défaut ?

A la vérité, ce n'en est \m que relativement à sa mauvaise fortune.

ROSINE

Ah ! que le sort est injuste ! et nomme-t-il la personne qu'il aime? Je suis d'une curiosité...

FIGARO

Vous êtes la dernière, madame, à qui je voudrais faire une confidence de cette nature.

ROSINE, v'weme7it.

Pourquoi , monsieur Figaro ? je suis discrète ; ce jeune homme vous appartient, il m'intéresse infiniment... dites donc.

FIGARO , la regardant finement.

Figurez-vous la plus jolie petite mignoime, douce, tendre , accorte et fraîche , agaçant l'appétit ; pied furtif, taille adroite, élancée, bras dodus, bouche rosée, et des mahis! des joues! des dents! des yeux. . . !

ROSINE

Qui reste en cette ville?

FIGARO

En ce quartier.

ROSINE

Dans cette rue peut-être?

FIGARO

A deux pas de moi.

Ah! que c'est charmant... pour monsieur votre garent. Et cette personne est...

FIGARO

Je ne l'ai pas nommée?

ROSINE , vivement.

C'est la seule chose que vous ayez oubliée , monsieur Figaro. Dites donc, dites donc vite; si l'on rentrait, je ne pourrais phis savoir. . .

FIGARO

Vous le voulez absolument, madame? Eh bien! cette personne est... là pupille de votre tuteur.

ROSINE

La pupille...

FIGARO

Du docteur Bartholo : oui , madame.

ROSINE , avec émotion.

Ah ! monsieur Figaro !.. je ne vous crois pas , je vous assure.

FIGARO

Et c'est ce qu'il brûle de venir vous persuader lui-même.

ROSINE

^:ous me faites trerabler, monsieur Figaro.

FIGARO

Fi donc, trembler! mauvais calcul, madame; quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. D'ailleurs , je viens de vous débarrasser de tous vos surveillants jusqu'à demain.

ROSINE

S'il m'aime , il doit me le prouver en restant absolument tranquille.

FIGARO

Eh , madame i amour et repos peuvent-ils habiter en même cœur ? La pauvre jeunesse est si malheureuse aujourd'hui , qu'elle n'a que ce terrible choix : amour sans repos , ou repos sans amour. ROSINE , baissant les yeux.

Repos sans amour... paraît...

FIGARO

Ah ! bien languissant. Il semble , en effet , qu'amour sans repos se présente de meilleure grâce : et pour moi , si j'étais femme...

ROSINE , avec embarras.

Il est certain qu'une jeune personne ne peut empêcher un honnête homme de l'estimer.

FIG.\RO

Aussi mou parent vous estime-t-il infiniment.

ROSINE

Mais s'il allait faire quelque imprudence , monsieur Figaro, il nous perdrait.

FIGARO , à pai'f.

11 nous perdrait! ( Haut. ) Si vous le lui défendiez expressément par une petite lettre... T^ne lettre a bien du pouvoir !

ROSINE lui donne la lettre qu'elle vient d'écrire.

Je n'ai pas le temps de reconunencer celle-ci;

mais, m la lui donnant, dites-hii... dites-lui

bien...

(Klle écoute.)

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