LE COMTE DE CLARENDON , DRINK
LE COMTE, lui frappant sur Vépaule. Courage , nions Drink !
DBiNK, étonné.
Qui diantre vous savait là , milord .' On vous croit à Windsor.
Vous disiez donc que le plus scélérat de nous deux, ce n'est pas vous.
DKiNK, d'un ton un peu résolu.
I\Ia foi, milord, puisque vous l'avez entendu...
Ce lieu est sûr apparemment ?
DRINK
Il n'y a personne. Ea nièce est chez la tante, le bonhomme de père est sorti.
LE COMTE, surpris.
Le père est avec elles ?
\ DRIÎNK.
Sans lui et sans un vieux procès qu'on a déterré je ne sais où, aurait-on trouvé un prétexte à ce voyage?
Surcroît d'embarras! Et elles sont ici?
DRlNK.
D'hier au soir.
Que dit-on de mon absence ?
DRTNK.
Mademoiselle a beaucoup pleuré.
Ah! je suis plus affligé qu'elle. Mais n'a-t-il rien percé du projet de mariage?
DRINK
Oh ! le diable gagne trop à vos desseins pour y nuire.
LE COMTE , avec humeur.
,le crois que le maraud s'ingère...
DRINK
Parlons , milord , sans vous fficher. Voilà une fille de condition qui croit être votre femme.
Et qui ne l'est pas , veux-tu dire ?
DRINK
Et qui ne peut tarder à être instruite que vous en épousez une autre. Quand je |)onseà ce dernier trait, après le diabolique artifice qui l'a fait tomber dans
r, SCENE vil.
nos griffes. . . Un contrat supposé , des registres con trefaits, un ministre de votre façon... Dieu sait... Tous les rôles distribués à chacun de nous , et joués... Quand je me rappelle la confiance de cette taule , la piété de la nièce pendant la ridicule cérémonie, et dans votre chapelle encore... Non, je crois aussi fermement qu'il n'y aura jamais pour vous, ni pour votre intendant qui fit le ministre , ni pour nous qui servîmes de témoins...
LE COMTE /a/ï un geste furieux qui coupe la parole à Drink, et après une petite patise dit froidement!
Monsieur Drink , vous êtes le plus sot coquin que je connaisse. ( // tire sa bourse et la lui donne. ) Vous n'êtes plus à moi; sortez : mais si la moindre indiscrétion...
DRINK
Est-ce que j'ai jamais manqué à milord ?
Je déteste les valets raisonneurs, et je me défie surtout des fripons scrupuleux.
DRINK
Eh bien , je ne dirai plus un seul mot : usez de moi comme il vous plaira. Mais pour la demoiselle , en vérité c'est dommage.
Vous faites l'homme de bien ; mais, à la vue de l'or, votreconsciences'apaise... Jenesuis pas votre dupe.
DRINK
Si vous le croyez , mon maître , voilà la bourse. LE COMTE , refusant de la prendre.
Cela suffit : mais qu'il ne vous arrive jamais... Approchez. Puisqu'on ne sait rien de ce fatal mariage...
DRINK
Fatal ! qui vous force à le conclure?
Le roi qui a parlé, mon oncle qui presse; des avantages qu'on ne rencontre pas deux fois eu la vie. (.'/ jmrl. ) Et, plus que tout, la honte que j'aurais de dévoiler mon odieuse conduite.
DRIÎSK.
Mais comment cacher ici...
LE COMTE , rêvant.
Oh ! je. . . Quand une fois je serai marié. . . Et puis , elles ne verront personne. . . Celte maison , quoiqu'assez près de mon hôtel , est dans un quartier perdu. . . Je ferai en sorte qu'elles repartent bientôt. Va toujours m' annoncer; cette visite préviendra les soupçons...
DRINK , se retournant.
Les soupçons ! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons , nous autres ?
Il a raison. [Il le rappelle.) Écoule, écoule.
EUGÉNIK, ACTE I, SCÈNE I\'.