‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 155 sur 630 · LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SÉVILLE, ACTE II, SCÈNE X

BASILK.

C'est ce qui presse le moins.

BARTHOLO

J'ai passé chez vous sans vous trouver.

BASILE

J'étais sorti pour vos affaires. Apprenez une nouvelle assez fâcheuse.

Pour VOUS ?

BASILE

Non , pour vous. Le comte Almaviva est en cette ville.

BARTHOLO

Parlez bas. Celui qui faisait chercher Rosine dans tout Madrid ?

BASILE

Il loge à la grande place , et sort tous les jours déguisé.

BARTHOLO

Il n'en faut point douter, cela me regarde. Et que faire ?

BASILE

Si c'était un particulier, on viendrait à bout de l'écarter.

BARTHOLO

Oui , en s'embusquant le soir, armé , cuirassé...

BASILE

Bone Deus, se compromettre! Susciter une méchante affaire , à la bonne heure ; et pendant la fermentation calomnier à dire d'experts; concedo.

BARTHOLO

Singulier moyen de se défaire d'un homme !

La calomnie , monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai va les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté , pas d'horreurs , pas de conte absurde , qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse ! . . . D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage , pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisoimé. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche , il va le diable ; puis tout à coup , ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance , étend son vol, tourbillonne, enveloppe , arrache , entraîne , éclate et tonne , et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

BARTHOLO

Mais quel radotage me faites-vous donc là , Basile? Et quel rapport ce piano-crescendo peut-il avoir à ma situation.'

BASILE

Comment , quel rapport ! Ce qu'on fait partout pour écarter son ennemi , il faut le faire ici pour empêcher le vôtre d'approcher.

BARTHOLO

D'approclier ! Je prétends bien épouser Rosine avant qu'elle apprenne seulement que ce comte existe.

BASILE

En ce cas , vous n'avez pas un instant à perdre.

Et à qui tient-il , Basile ? Je vous ai chargé de tous les détails de cette affaire.

BASILE

Oui. Mais vous avez lésiné sur les frais ; et , dans l'harmonie du bon ordre, un mariage inégal, un jugement inique , un passe-droit évident , sont des dissonances qu'on doit toujours préparer et sauver par l'accord parfait de l'or.

BARTHOLO , lui donnant de l'argent.

Il faut en passer par où vous voulez; mais finissons.

BASILE

Cela s'appelle parler. Demain tout sera terminé : c'est à vous d'empêcher que personne , aujourd'hui, ne puisse instruire la pupille.

BARTHOLO

Fiez-vous-en à moi. Viendrez-vous ce soir, Basile?

Basile.

N'y comptez pas. Votre mariage seul m'occupera toute la journée; n'y comptez pas.

BARTHOLO l'accompagne.

Serviteur.

BASILE

Restez, docteur, restez donc.

BARTHOLO

Non pas. Je veux fermer sur vous la porle tic la rue.

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