‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 186 sur 630 · ROSINE, BARTHOLO · texte numérisé non relu

ROSINE, BARTHOLO

BARTHOLO , tenant de fa lumière.

Ah! Rosine, puisque vous n'êtes pas encore rentrée dans votre appartement...

ROSINE

Je vais me retirer.

BARTHOLO

Par le temps affreu.x qu'il fait , vous ne reposerez pas , et j'ai des choses très-pressées à vous dire.

ROSINE

Que me voulez-vous, monsieur ? n'est-ce donc pas assez d'être tourmentée le jour ?

BARTHOLO

Rosine , écoutez-moi.

ROSINE

Demain je vous entendrai.

BARTHOLO

Un moment , de grâce !

ROSINE , à part.

S'il allait venir!

BARTHOLO tui montre sa lettre.

Connaissez- vous cette lettre ?

ROSINE la reconnaît.

Ah! grands dieux!...

BARTHOLO

IMon intention, Rosine, n'est point de vous faire de reproches : à votre âge on peut s'égarer ; jnais je suis votre ami ; écoutez-moi.

Je n'en puis plus.

BARTHOLO

Cette lettre que vous avez écrite au comte Almaviva...

ROSINE, étonnée.

Au comte Ahnaviva.'

BARTHOLO

Voyez quel homme affreux est ce comte : aussitôt qu'il Ta reçue , il en a fait trophée ; je la tiens d'une femme à qui il l'a sacrifiée.

ROSINE

Le comte Almaviva !...

BARTHOLO

Vous avez peine à vous i)ersuader celte liorreur. L'inexpérience, Rosine, rend votre sexe confiant et crédule; mais apprenez dans quel piège on vous attirait. Cette femme m'a fait donner avis de tout , apparennnent pour écarter une rivale aussi dangereuse que vous. J'en frémis! le plus abominable complot entre Almaviva, Figaro et cet Alonzo, cet élève supposé de Basile qui porte un autre nom et n'est que le vil agent du comte, allait vous entraîner dans un abîme dont rien n'eût pu vous tirer. ROSINE, accablée.

Quelle horreur!... quoi! Lindor!... quoi! ca jeune homme...

BARTHOLO , à part.

Ah ! c'est Lindor !

C'est pour le comte Almaviva... c'est pour un autre....

BARTHOLO

Voilà ce qu'on m'a dit, en me remettant votre lettre.

ROSINE , outrée.

Ah ! quelle indignité!... Il en sera puni. — Monsieur, vous avez désiré de m'épouser.?

BARTHOLO

Tu connais la vivacité de mes sentiments -

ROSINE

S'il peut vous en rester encore, je suis à vous.

BARTHOLO

Eh bien! le notaire viendra cette nuit même.

ROSINE

Ce n'est pas tout (ô ciel! suis-je assez humiliée!... ) : apprenez que dans peu le perfide ose entrer par cette jalousie , dont ils ont eu l'art de vous dérober la clef.

BARTHOLO , regardant au trousseau.

Ah! les scélérats! Mon enfant, je ne te quitte plus.

ROSINE, avec effroi.

Ah , monsieur ! et s'ils sont armés .^

BARTHOLO

Tu as raison ; je perdrais ma vengeance. ]\Ionte chez Marceline : enferme-toi chez elle à double tour. Je vais chercher main-forte , et l'attendre auprès de la maison. Arrêté comme voleur, nous aurons le plaisir d'en être à la fois vengés et délivrés .' Et compte, que mou amour te dé<loiiimagera...

LE BARBIER DE SE VILLE, ACTE IV, SGÈrSE VL

Rt>si?*E , au désespoir.

Oubliez seulement mon erreur. ( ^ part) Ah ! je m'en punis assez !

BARTHOi.o , s'en ullanl.

Allons nous embusquer. A la lin je la liens.

( II sort. )

SCÈJNE IV.

ROSINE, seule.

Son amour me dédommagera!... Malheureuse!... ( Elle tire son mouchoir et s'abandonne aux larvies.) Que faire?... Il va venir. Je veux rester, et teindre avec lui , pour le contempler un moment dans toute sa noirceur. La bassesse de son procédé sera mon préservatif... Ah! j'en ai grand besoin . Figure noble! air doux! une voix si tendre!... et «e n'est que le vil agent d'un corrupteur ! Ah ! malheureuse, malheureuse!... Ciel! on ouvre la jalousie !

( Elle se sauve. )

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