ACTE III, SCÈNE XVI
FIGARO
Pas plus de l'une que de l'autre.
SUZANNE , en colère.
Et que tu l'épouses à gré , puisque tu la caresses.
FIGARO, gaiement.
Je la caresse; mais je ne l'épouse pas.
(Suzanne veut sortir, Figaro la retient.)
SUZANNE lui donne un soufflet.
Vous êtes bien insolent d'oser me retenir !
FIGARO , à la compagnie.
C'est-il çà de l'amour ? Avant de nous quitter, je t'en supplie, envisage bien cette chère femme-là.
Je la regarde.
FIGARO
Et tu la trouves...
SUZANNE
Affreuse.
FIGARO
Et vive la jalousie! elle ne vous marchande pas.
MARCELINE, les bras ouverts.
Embrasse ta mère , ma jolie Suzannette. Le méchant qui te tourmente est mon fils.
SUZANNE court à elle.
Vous , sa mère !
(Elles restent dans les bras l'une de l'autre.) ANTONIO.
C'est donc de tout à l'heure?
FIGARO
... Que je le sais.
MARCELINE , exaltée.
Non, mon cœur entraîné vers lui ne se trompait que de motif; c'était le sang qui me parlait.
FIGARO
Et moi le bon sens , ma mère , qui me servait d'instinct quand je vous refusais ; car j'étais loin de vous haïr, témoin l'argent...
MARCELINE liù remet un papier.
Il est à toi : reprends ton billet , c'est ta dot.
SUZANNE lui jette la bourse.
Prends encore celle-ci.
FIGARO
Grand merci.
MARCELINE , cxaltée.
Fille assez malheureuse , j'allais devenir la plus misérable des femmes , et je suis la plus fortunée des mères ! Embrassez-moi , mes deux enfants ; j'unis en vous toutes mes tendresses. Heureuse autant que je puis l'être, ah! mes enfants, combien je vais aimer!
FIGARO attendri , avec vivacité.
Arrête donc, chère mère! arrête donc! voudrais-tu voir se fondre en eau mes yeux noyés des premières larmes que je connaisse ? Elles sont de joie, au moins! Mais quelle stupidité ! j'ai manqué