‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 287 sur 630 · LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE FIGARO, ACTE V, SCÈNE VI

soime qui tienne à quelque chose, je puis tout inipriuier librement , sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique, et, croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre , je le nomme Jouiiial mutile. Pou-ou! je vois s'élever contre moi mille pau- \ res diables à la feuille ; on me supprime , et me voilà derechef sans emploi ! — Le désespoir m'allait saisir; on pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Hue me restait plus qu'à voler; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m'ouvrent pohmeut leur maison , en retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi , en exigeant que je fusse honnête , il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer lorsqu'un Dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais; puis, laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin , comme trop lourde à un piéton , je vais rasant de ville en ville , et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville; il me reconnaît , je le marie ; et, pour prix d'avoir eu par mes soins son épouse , il veut intercepter la mienne! Intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans im abîme, au moment d'épouser ma inère, mes parents m'arrivent à la file. (// se lève en s'échauffant). On se débat ; C'est vous , c'est lui, c'est moi , c'est toi ; non ce n'est pas nous : eh mais ! qui donc? ( // retombe assis. ) 0 bizarre suite d'événements! Comment cela m'est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres.^ Qui les a fixées sur ma tête? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, couîmej'en sortirai sans le vouloir, je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaieté me l'a permis : encore je dis ma gaieté , sans savoir si elle est à moi plus que le reste , ni même quel est ce moi dont je m'occupe : un assemblage informe de parties inconnues; puis un chétif être imbécile, un petit animal folâtre, un jeune homme ardent au plaisir , ayant tous les goûts pour jouir , faisant tous les métiers pour vivre , maître ici , valet là , selon qu'il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité , laborieux par nécessité; mais paresseux... avec délices! orateur selon le danger, poète par délassement; musicien par occasion , amoureux par folles bouffées , j'ai tout vu , tout fait, tout usé. Puis l'illusion s'est détruite, et, trop désabusé... Désabusé!... Suzon, Suzon, Suzon! que tn me donnes de tour-

ments!... J'entends marcher... on vient. Voici l'instant de la crise.

(Il se retire près de la première coulisse à sa droite.)

SCÈi^^E IV.

FIGARO, LiCOIMTESSE avec les habits de Suzon, SUZANNE avec ceux de la comtesse , MARCE- LINE

suzA.ivi\E , bas à la comtesse.

Oui , Marceline m'a dit que Figaro y serait.

MARCELINE

Il y est aussi ; baisse la voix.

SUZANNE

Ainsi l'un nous écoute , et l'autre va venir me chercher ; commençons.

MARCELINE

Pour n'en pas perdre un mot , je vais me cacher wdans le pavillon.

(Elle entre dans le pavillon où est entrée Fanchelto.)

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