‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 347 sur 630 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LA COMTESSE , BÉGEARSS

Combien j'ai souhaité pour vous le moment auquel nous touchons!

LA COMTESSE , étouffée.

0 mon ami , quel jour nous choisissons pour consommer ce sacrifice ! celui de la naissance de mon malheureux fils ! A cette époque , tous les ans , leur consacrant cette journée , je demandais pardon au ciel , et je m'abreuvais de mes larmes en relisant ces tristes lettres. Je me rendais au moins le témoignage qu'il y eut entre nous plus d'erreur que de crime. Ah ! faut-il donc brûler tout ce qui me reste de lui ?

BÉGEARSS

Quoi ! madame , détruisez-vous ce fils qui vous le représente ? ne lui devez-vous pas un sacrifice qui le préserve de mille affreux dangers ? Vous vous le devez à vous-même , et la sécurité de votre vie entière est attachée peut-être à cet acte imposant. (11 ouvre le secret de l'êcrin et en tire les lettres.) LA COMTESSE, surprisc.

Monsieur Bégearss , vous l'ouvrez mieux que moi!... Que je les lise encore!

BÉGEARSS, sévèrement.

Non , je ne le permettrai pas.

Seulement la dernière, où, traçant ses tristes adieux du sang qu'il répandit pour moi , il m'a donné la leçon du courage dont j'ai tant besoin aujourd'hui.

BÉGEARSS, s' tj opposant.

Si vous lisez im mot, nous ne brûlerons rien. Offrez au ciel un sacrifice entier, courageux , volontaire, exempt des faiblesses humaines ! ou, si vous n'osez l'accomplir, c'est à moi d'être fort pour vous. Les voilà toutes dans le feu.

(Il y jette le paquet.) LA COMTESSE, vivemcnt.

Monsieur Bégearss , cruel ami , c'est ma vie que vous consumez ! Qu'il m'en reste au inoins un lambeau !

(Elle veut se précipiter sur les leHres enflammées; Bégearss la retienl à bras-le-corps.)

BÉGEARSS

J'en jetterai la cendre au vent.

SUZANNK, LE COMTE, FIGARO, la COJI- TESSE, BÉGEARSS.

SUZANNE accourt.

C'est monsieur, il me suit , mais amené par Figaro.

LE COMTE , les surprenant en cette posture. Qu'est-ce donc que je vois, madame .^ d'où vient ce désordre.? quel est ce feu , ce coffre , ces papiers? pourquoi ce débat et ces pleurs.'

fBégearss et la comtesse restent confondus.) LE COMTE.

Vous ne répondez point?

BÉGEARSS se remet, et dit d'un ton pénible. J'espère , monsieur, que vous n'exigez pas qu'on s'explique devant vos gens. J'ignore quel dessein vous fait surprendre ainsi madame. Quant à moi , je suis résolu de soutenir mon caractère en rendant un hommage pur à la vérité, quelle qu'elle soit. LE COMTE, à Figaro et à Suzanne.

Sortez tous deux.

FIGARO

Mais , monsieur, rendez-moi du moins la justice de déclarer que je vous ai remis le récépissé du notaire, sur le grand objet de tantôt.

Je le fais volontiers, puisque c'est réparer un tort. {A Bégearss.) Soyez certain, monsieur, que voilà le récépissé.

(H le remet dans sa poche. Figaro et Suzanne sortent chacun

de leur côté.)

FIGARO , bas à Suzanne, en s'en allant.

S'il échappe à l'explication!...

SUZANNE, bas.

Il est bien subtil !

FIGARO, bas.

Je l'ai tué!

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