LA COMTESSE, LE COMTE, BEGEARSS
LE COMTE, d'un ton. séricH.r.
Madame , nous sommes seuls.
BÉGEARSS , encore ému.
C'est moi qui parlerai. Je subirai cet interrogatoire. M'avez-vous vu, monsieur, trahir la vérité dans quelque occasion que ce fût?
LE COMTE , sèchement.
Monsieur... je ne dis pas cela.
BÉGEARSS, tout àfaitronis.
Quoique je sois loin d'approuver cette inquisition peu décente , l'honneur m'oblige à répéter ce que je disais à madame, en répondant à sa consultation : « Tout dépositaire de secret ne doit jamais coiiser-
LA MÈRE COUPABLE, ACTE III, SCEiNK IX.
« ver de papiers s'ils peuvent compromettre im ami « qui n'est plus , et qui les mit sous notre garde. « Quelque chagrin qu'on ait à s'en défaire , et quel- « que intérêt même qu'eu eût à les garder , le saint « respect des morts doit avoir le pas devant tout. » (// montre le comte.) Un accident inopiné ne peutil pas en rendre un adversaire possesseur?
(Le comte le tire par la manche pour qu'il ne pousse pas l'explication plus loin.)
Auriez-vous dit, monsieur, autre chose en ma position? Qui cherche des conseils timides, ou le soutien d'une faiblesse honteuse , ne doit point s'adresser à moi ! vous en avez des preuves l'un et l'autre, et vous surtout, monsieur le comte ! (Le comte lui fait un signe.) Voilà sur la demande que m'a faite madame , et sans chercher à pénétrer ce que contenaient ces papiers, ce qui m'a fait lui donner un conseil pour la sévère exécution duquel je l'ai vue manquer de courage ; je n'ai pas hésité d'y substituer le mien , en combattant ses délais imprudents. Voilà quels étaient nos débats ; mais , quelque chose qu'on en pense , je ne regretterai point ce que j'ai dit, ce que j'ai fait. (// levé les bras.) Sainte amitié , tu n'es rien qu'un vain titre , si l'on ne remplit pas tes austères devoirs ! — Permettez que je me retire. ■ LE COMTE , exalté.
O le meilleur des hommes ! non , vous ne nous quitterez pas. — Madame , il va nous appartenir de plus près ; je lui donne ma Florestine. LA COMTESSE , avcc vivacité.
IMonsieur, vous ne pouviez pas faire un plus digne emploi du pouvoir que la loi vous donne sur elle. Ce choix a mon assentiment si vous le jugez nécessaire , et le plus tôt vaudra le mieiLv. LE COMTE , hésitant.
Eh bien!... ce soir... sans bruit... votre aumônier. . .
LA COMTESSE , avec ardeur.
Eh bien ! moi qui lui sers de mère , je vais la préparer à l'auguste cérémonie. Mais laisserez-vous votre ami seul généreux envers ce digne enfant ? J'ai du plaisir à penser le contraire.
LE COMTE , embarrassé.
Ah! madame .. croyez...
LA COMTESSE , avBC joie.
Oui , monsieur, je le crois. C'est aujourd'hui la fête de mon fds ; ces deux événements réunis me rendent cette journée bien chère.
(Elle sort.)