‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 380 sur 630 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

FIGABO , l'air exalté.

Et moi j'éprouve qu'un bon repentir est comme toute bonne action ; qu'il porte aussi sa récompense.

BÉGEABSS.

En quoi ?

FIGABO.

J'ai le bonheur de m'assurer qu'il est ici plus d'un généreux homme. Oh! que le ciel comble les vœux de deux amis aussi parfaits ! Nous n'avons nul besoin d'écrire. {Au comte.) Ce sont vos effets au porteur : oui, monsieur, je les reconnais. Entre M. Bégearss et vous , c'est un combat de générosité : l'un donne ses biens à l'époux ; l'autre les rend à sa future ! {Aux jeunes gens.)Monsieur, mademoiselle ! Ah ! quel bienfaisant protecteur, et que vous allez le chérir ! . . . Mais que dis-je ? l'enthousiasme m'aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante?

(Tout le monde garde le silence.) BÉGEABSS, un peu surpris , se remet, prend son parti , et dit :

Elle ne peut l'être pour personne , si mon ami ne la désavoue pas ; s'il met mon âme à l'aise , en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n'a pas un bon cœur, que la gratitude fatigue; et cet aveu manquait à ma satisfaction. {Montrant le comte.) Je lui dois bonheur et fortune ; et quand je les partage avec sa digne fille , je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le portefeuille ; je ne veux avoir que l'honneur de le mettre à ses pieds moi-même, en signant notre heureux contrat.

(Il veut le reprendre.) FIGABO , sautant de joie.

Messieurs, vous l'avez entendu? vous témoignerez s'il le faut. Mon maître , voilà vos effets ; donnez-les à leur détenteur, si votre cœur l'en juge digne.

(Il lui remet le portefeuille.) LE COMTE , se levant, à Bégearss.

Grand Dieu ! les lui donner! Homme cruel, sortez de ma maison ; l'enfer n'est pas aussi profond que vous! Grâce à ce bon vieux serviteur, mon imprudence est réparée : sortez à l'instant de chez moi.

BÉGEABSS.

0 mon ami , vous êtes encore trompé !

LE COMTE , hors de lui , le bride de sa lettre ouverte.

Et cette lettre, monstre! m'abuse-t-elle aussi ? BÉGEABSS la voit; furieux, il arrache au comte la lettre, et se montre tel qu'il est. Ah !. . Je suis joué ; mais j'en aurai raison.

LÉON

Laissez en paix une famille que vous avez remplie d'horreur.

BÉGEABSS , furieux.

Jeune insensé ! c'est toi qui vas payer pour tous ; je t'appelle au combat.

LA iVlEUE COUPABLE, ACTE V, SCÈ.^E VllL

J'y cours Léon!

Mon fils!

Mon fi'cre

LEON , vUe.

i.u COMTE, vite.

LA COMTESSE, rlfc FLORESTINE, rite

Léon! je vous défends... (a liégearss., Vous vous rtes rendu indigne de Tlionneur que vous denuindez. i;e n est point par cette voie-là quunhonune comme vous doit terminer sa vie.

(Bégearss fait uu geste affreux , sans parler. ; FIGARO , arrêtant Léon, vivement.

' Non, jeune homme ! vous n'irez point : monsieur votre père a raison , et l'opinion est réformée sur cette horriltle frénésie ; on ne combattra plus ici que les ennemis de l'État. Laissez-le en proie à sa fureur ; et s'il ose vous attaquer, défendez-vous comme d'un assassin; personne ne trouve mauvais qu'on tue une bète enragée ; mais il se gardera de l'oser : l'homme capable de tant d'Iiorreurs doit èire aussi lâche que vil.

BEGEARSS, hors (le lui.

Malheureux !

LE COMTE , frapjmni du pied INous laissez-vous enfin ? c'est un supphce de vous voir.

(La comtesse est effrayée sur son sié^e ; Florestine et Suzanne la soutiennent; Léon se réunit a elles.)

bécjEARSS, les dents serrées.

Oui , morbleu , je vous laisse; mais j'ai la preuve en main de votre infâme trahison! Vous n'avez demandé l'agrément de sa majesté, pour échanger vos biens d'Espagne, que pour être à portée de troubler sans péril l'autre côté des Pyrénées.

O monstre ! que dit-il ?

BÉGEARSS

Ce que je vais dénoncer à Madrid. N'y eût-il que le buste en grand d'un Washington dans \otre cabinet , j'y fais confisquer tous vos biens. FIGARO, criant.

Certainement; le tiers au dénonciateur!

BÉGEARSS

ÎSÏais , pour que vous n'échangiez rien , je cours chez notre ambassadeur arrêter dans ses mains l'agrément de sa majesté ., que l'on attend par ce courrier.

FIGARO , tirant un paquet de sa j)oche , s'écrie vivement :

L'agrément du roi ? le voici ; j'avais prévu le coup ; je viens , de votre part, d'enlever le paquet au .secrétariat d'ambassade. Le courrier d'Espagne arrivait! (Le comte, avec vivacité, prend le paquet. )

stùEXRSs, furieux , frappe sur .-.on front , fait deux pas pour sortir et se retourne.

Adieu, famille abandonnée! maison sans mœurs et sans honneur! Vous aurez l'impudeur de conclure un mariage abominable, en unissant le frère avec la sœur ; mais l'univers saura votre infamie.

(Il sort.)

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