TARARE, ACTE III, SCENE HI
Sa contenance est noble et flère.
Un long nuage de poussière S'avance du côté du nord ; On croit voir une armée entière ; C'est l'impétueux Altamort.
D'esclaves armés un grand nombre , Au galop à peine le suit.
Son aspect est farouche et sombre Comme les spectres de la nuit.
D'un œil ardent mesurant l'adversaire :
Du vaincu décidons le sort.
Ma loi , dit Tarare, est la mort.
L'un sur l'autre à l'instant fond comme le tonnerre. Altamort pare le premier.
Un coup affreux de cimeterre Fait voler au loin sou cimier.
L'acier étincelle , Le (fasque est brisé ; Un noir sang ruisselle :
Dieux ! je suis blessé.
Plus furieux que la tempête , A plomb sur la tête Le coup est rendu :
Le bras tendu , Tarare Pare...
Et tient en l'air le trépas suspendu.
ATAB.
Je vois qu" Altamort est perdu.
UBSON.
Aveuglé parle sang , il s'agite , il chancelle.
Tarare , courbé sur la selle ,
Pique en avant. Son fier coursier,
Sentant l'aiguillon qui le perce ,
S'élance , et du poitrail renverse
Et le cheval et le guerrier.
Tarare à l'instant saute à terre ,
Court à l'ennemi terrassé.
Chacun frémit , le cœur glacé
Du terrible droit de la guerre...
O d'un noble ennemi saint et sublime effort !
ATAR, en colère.
Achève donc.
URSOM.
Ke crains rien , superbe Altamort !
Entre nous la guerre est finie.
Si le droit de donner la mort Est celui d'accorder la vie, Te te la laisse de grand cœur.
Pleure longtemps ta perfidie.
ATAB.
Sa perfidie?
UBSON.
11 s"en éloianc avec douleur.
ATAR,/?/r/e«.r.
Il est instruit.
URSON.
Inutile et vaine faveur !
Celui dont les armes trop sûres Ne firent jamais deux blessures , A peine , hélas ! se retirait, Que son adversaire expirait.
ATAR
Partout il a donc l'avantage !
Ah ! mon cœur en frémit de rage !
Quand , par le combat , Altamort Voulut hier régler leur sort, Urson , je sentais bien d'avance Qu'il allait de sa mort Payer cette imprudence.
Sans les clameurs d'un père épouvanté.
Le temple était ensanglanté :
Mais son pouvoir força le nôtre D'arrêter un crime opportun , Qui m'offrait , dans la mort de l'un , Un prétexte pour perdre l'autre.
(Il voit entrer les esclaves.) Tout le sérail ici porte ses pas.
Retire-toi : que cette affreuse image , Se dissipant comme un nuage , Fasse place aux plaisirs et ne les trouble pas.
(Urson sorl.)