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piuioiueul , avait obtenu uue lettre de cachet contre elle , l'avait fait enlever, et mettre au couvent. IMais la vérité est que Î\I. Goëznian ne fit pas usage de la lettre de cachet , et que madame Goèzman n'a été au couvent que depuis; ce qui réalise aujourd'hui le proposqu'outenaitalors. «SiM. Goëzman, disait-on, << fait renfermer sa fennne,il la sait donc coupable.'* " et s'il la sait coupable , comment cherche-t-il a la « justifier aux dépens d'autrui? Si c'est le parlement << qui poursuit, et si madame Goëzman n'est renie fermée qu'en vertu du soupçon répandu sur elle a jusqu'au jugement du procès, le soupçon s'étend << également sur la femme et sur le mari Par quel « hasard , dans une affaire aussi peu éclaircie, voit- << on Beaumarchais décrété d'ajournement person- <• ue.1 , le Jay de prise de corps , madame Goëzman « renfermée, et M. Goëzman sur les fleurs de lis .^ « Ces contradictions apparentes excitaient de plus en plus l'attention du public sur l'événement de ce procès. Le sieur le Jay, retenu au secret pendant plus de huit jours, a été interrogé plusieurs fois; le sieur Dairolles ensuite; enfin moi le dernier, qui ai tâché de tracer dans mon interrogatoire l'iiistorique exact de tous les faits, tels qu'on les a lus dans ce mémoire : et certes j'oserais bien assurer que, de toutes les dépositions des différents témoins, il n'y en a pas une seule qui ne s'accorde exactement avec cet interrogatoire.
Depuis ce temps , un arrêt a rendu la liberté provisoire à le Jay ; un autre a réglé l'affaire à l'extraordinaire : e.\ tel est l'état des choses à l'instant où j'écris.
Avant de passer aux réflexions que cet e.vposé peut faire naître à tout le monde , il faut placer ici deux épisodes intimement liés au fond du procès , et que nous n'avons détachés du reste des faits qu'afin que rien ne nuisît à l'attention particulière qu'ils méritent. Le premier lève un coin du voile obscur qui masque encore l'auteur de cette noire intrigue; le second le déchire tout à fait.
Épisode du sieur d'Arnaud de Baculard.
Tandis que tous ceux que le malheur engage dans celte affaire gémissaient de la nécessité de repousser la calomnie par des défenses légitimes, qui croira (ju'un homme absolument étranger au procès ait été assez ennemi de son repos pour venir imprudemment se jeter dans la mêlée , y jouer d'abord le rôle de conciliateur, puis prendre parti contre les accusés , par une lettre signée de sa main ; flotter ensuite dans une mcertitude pusillanime ; rétracter cet imprudent écrit, que des contradictions choquantes avaient déjà fait suspecter ; et se donner par tant d'inconséquences en spectacle au public, empressé à juger les acteurs de cette étrange scène.^ L^^n tel homme existe pourtant, et c'est le sieur d'Arnaud de Baculard. Puisqu'il lui a plu de prendre bt.Am\K(;H4:.s.
part à la querelle, il faut développer sa conduite aux yeux delà cour; elle n'est pas sans importance au procès.
Vers l'époque où les premiers travaux de la procédure s'entamaient , le hasard me fit rencontrer dans la rue de Coudé, où je demeure, le sieur d'Arnaud. Je prévins toute question de sa part, en lui disant : Monsieur, vous êtes ami du sieur le Jav ; il a donné à M. Goèzman une fausse déclaration; s'il persiste à en soutenir les termes, un moment arrivera , et c'est celui de la confrontation , où toutes les personnes avec qui il a correspondu lui re procheront son mensonge ; il se verra froissé entre son faux témoignage, et la vérité qui fondra sur lui de toute part; elle sortira de sa bouche alors; mai.s il ne sera plus temps : l'iniquité , la calomnie , la mauvaise foi lui seront imputées; et la plus juste punition sera le prix de sa lâche complaisance. Je vous conseille donc, monsieur, par l'intérêt que vous prenez à lui , de le voir, et de l'engager à dire la vérité; c'est le seul parti qui lui reste dans l'embarras où il s'est plongé lui-même : les magistrats ne font point le procès à la faiblesse, c'est la mauvaise foi seuleljfîron poursuit. Le sieur d'Arnaud m'écoutait d'un air sombre, et ne rompit le silence que pour me reprocher aigrement l'indiscrétion avec laquelle j'avais, dit-il, engagé cette affaire au palais, l'acharnement que je mettais a sa poursuite, et qui me rendait l'auteur de tous les chagrins prêts à fondre sur la tête de ce pauvre le Jay.
.Te conclus de cette .sortie du sieur d'Arnaud, qu'il n'était pas instruit de mon affaire, et je lui appris que ce n'était pas moi , mais M. Goëzman qui avait intenté le procès et le poursuivait ; que jusqu'alors je n'avais voulu rien faire, rien dire, ni rien écrire à ce sujet : je l'engageai de nouveau à déterminer son ami à revenir à la simjile vérité dans sa déposition.
Le sieur d'Arnaud e.xcusa sa vivacité sur son ignorance ; blâma la faiblesse de le Jay; condamna l.i conduite de M. Goëzman; s'étendit un peu sur la méchanceté des hommes, et m'assura qu'il allait faire part de mes observations au sieur le Ja\. Qu'est-il arrivé ? Q\\% le sieur d'Arnaud a visité I\l. Goèzman ; que M. Goëzman a visité le sieur d'.Vrnaud ; et qu'enfin ce dernier a écrit une lettre apologétique au magistrat, dans laquelle, après ww éloge de ses vertus, il ajoute qu'il se croit obligé, pour l'honneur de la vérité, de lui apprendre d'office qu'un soir, étant chez le sieur le Jat/, ce dernier lui fit voir une montre enrichie de diamants , très-belle , avec cent louis, qu'il allait rendre , lui dit-il, à un ami de M. de Beaumarchais, qui les lui avait remis pour les présenter à madame, qui les nrait rcjetés arec indignation. Le sieur d'Arnaud
iti
MÉMOIKES.
ajoute qu'il ne doute point que le sieur le Jay ne les ait rendus sur-le-champ, etc. , etc.
M. Goëzman a déposé au greffe de la cour cette lettre du sieur d'Arnaud , avec la déclaration du sieur le Jay. Quelles pièces et quelles précautions pour un magistrat ! nimia prœcautio dolus. Soufflons sur ce nouveau fantôme, et détruisons cefrcle appui du système de la corruption. Quand les visites réciproques ne prouveraient pas que ce témoignage est une pièce mendiée; quand le désaveu qu'a fait depuis au greffe le sieur le Jay de sa fausse déclaration ne démontrerait pas que madame Goëzman n'a jamais rejeté avec indignation les cent louis et la montre-, quand le refus opiniâtre que cette dame a fait de rendre les quinze louis qu'elle avait exigés , et qu'elle a encore entre les mains, ne fournirait pas la preuve la plus complète qu'elle a reçu tout le reste avec plaisir ; et quand le sieur d'Arnaud ne serait pas depuis convenu lui-même que c'était uniquement pour l'obliger qu'il avait écrit à M. Goëzman; un court examen de sa lettre, et de la comparaison de ces mots... un soir... qu'il allait rendre, etc., avec ce qui s'est passé le 5 avril , jour auquel les effets m'ont été remis , suffirait pour anéantir le témoignage qu'elle contient. Épargnons cette discussion au lecteur : la rétractation du sieur d'Arnaud la rend inutile. ,1e voulais me justifier de son accusation, et non le poursuivre. Je l'ai fait, et me Iwrne à le plaindre, si d'autres motifs qu'une complaisance a veu- , gle ont affecté son cœur et dirigé sa phime.
^hdre épisode très-important touchant te sieur Marin , axdeur de la Gazette de France.
I.e sieur Dairolles était assigné pour déposer : la veille de sa déposition, vers une heure après midi, je passai chez ma sœur, que je trouvai avec son mari , son médecin , le sieur Deschamps , négociant de Toulouse , et plusieurs autres personnes. A l'instant arrive le sieur Marin , auteur de la Gazette de France, et ami de M. Goëzman. Il nous dit que ce magistrat l'avait accompagné jusqu'à la porte , pour chercher le sieur Dairolles , et l'engager à ne faire le lendemain qu'une déposition très-courte , et qui ne compromît madame Goëzman ni personne ; qu'il nous engageait tous à nous conduire sur ce plan dans nos dépositions; et que lui Marin se faisait fort d'arranger l'affaire sous peu de jours; qu'il avait des moyens sûrs pour y réussir; mais qu'il fallait bien se garder , surtout , de parler de ces misérables quinze louis , qui ne faisaient qu'embrouiller l'affaire, et me donner un air de mesquinerie qui me faisait tort dans le monde. — « Au contraire , a monsieur, lui dis-je avec chaleur, il en faut
« beaucoup parler : ce n'est pas que ces quinze « louis m'intéressent en eux-mêmes; mais ils « sont la clef de toute l'affaire , et le seul moyen « d'en résoudre tous les problèmes. Car madame « Goëzman , qui nie aujourd'hui d'avoir jamais « reçu le prix qu'elle a mis elle-même aux au- « diences de son mari , reste absolument sans ré- " ponse, quand on lui demande comment ces mi- « sérables quinze louis sont encore entre ses mains ; « s'il est vrai qu'elle ait rejeté tout le reste haute- « ment et avec indignation? Il en faut beaucoup « parler, parce que M. Goëzman les a volon- « tairement oubliés dans la déclaration qu'il a « minutée de sa main , et que le Jay n'a fait que « copier et signer. Mais permettez que je ne R prenne point le change à cet égard. On con- « durait de ce silence général que le Jay n'a « point remis les quinze louis à madame Goëz- « man ; qu'il l'a calomniée , en disant qu'elle les « avait exigés et retenus ; qu'il a bien pu garder « ainsi tout le reste : et l'on perdrait un mal- » heureux pour sauver les seuls auteurs de l'exac- " tion et de l'odieux procès qui en résulte.— Eh! « que vous importe , répondit le sieur Marin , n que ce fripon de le Jay soit sacrifié .' Ce n'est « pas un grand malheur , si vous êtes tous hors " d'une affaire qui intéresse aujourd'hui les mi- « uistres , et où il n'y a que des coups à gagner. » Chacun s'éleva fortement contre cette barbarie de sacrifier le Jay, et l'on se sépara. En nous quittant , le sieur Marin pria instamment le sieur Lépine de lui envoyer Dairolles à quelque heure qu'' il rentrât, pour qu'il pût lui parler avant d'aller au palais.
Le sieur Marin et M. Goëzman passèrent l'aprèsmidi du même jour à chercher le sieur Dairolles dans toutes les maisons oij l'on espérait le rencontrer : ce fut en vain. L'auteur de la Gazette de France, inquiet , renvoie , le lundi à sept heures du matin, dire au sieur Dairolles qu'il est de la dernière importance qu'il vienne lui parler avant d'aller au palais. Le sieur Dairolles se rend au greffe , et ne va chez l'auteur de la Gazette qu'eu sortant de déposer. Je m'y rencontre avec lui : la mémoire fraîche encore de tout ce qu'il venait de dicter , le sieur Dairolles nous le rend daus le plus grand détail. Le sieur Marin blâma fort une déposition aussi étendue. » Je vous ai cherché, « dit-il , partout hier avec Goëzman ' , pour vous » empêcher de faire cette sottise-là.
<. Depuis, je vous ai fait dire de me venir parler .. ce matin : il suffisait de quatre mots au greffe , « et j'arrangeais l'affaire en deux jours , comme «jel'ai dit hier à M. de Beaumarchais chez ma-
(I) Je prie que l'on pardonne la liberlé de ce lan^ape, à l'ohlipation ou je suLs de citer juste.
MÉMOIRES
« dame sa sœur. Mais il est encore temps ; vous n en serez quitte pour aller faire une autre déposi- « tion plus courte et sans détail : on biffera la « première : il n'en sera plus question , et l'affaire « s'éteindra toute seule. »
Je fis sentir à mon tour au sieur DairoUes la conséquence d'une pareille conduite. « Si vous allez « faire une seconde déposition , ne croyez pas qu'on •< annule la première ; ou les opposera l'une à l'au- » tre, et toutes les deux à vous, qui tomberez pré- « cisément dans le cas de le Jay, d'être contraire à « vous-même : voilà mon avis. » Le sieur Marin nous apprit ensuite qu'il allait dîner chez M. le premier président avec monsieur et madame Goëzman, laquelle devait, en sortant de table , aller faire sa déposition au greffe.
Le même jour, vers les six heures du soir^ je retrouvai le sieur Marin sur le Pont-Neuf. « J'aidîné « avec notre monde , me dit-il ; et , pendant que la « femme est allée au greffe , je suis convenu avec « Goëzman que j'engagerais DairoUes à l'aller voir « ce soir. ïl sera fort bien reçu ;.et lorsque DairoUes « lui aura conté les choses comme elles se sont pas- " sées , son intention est d'avoir une lettre de cachet « pour enfermer sa femme , et tout sera fini. J'ai vu « DairoUes en sortant de chez le premier président , « et j'en ai tiré promesse qu'il irait ce soir chez « Goëzman ; mais j'ai peur qu'il ne nous manque " encore. Joignez-vous à moi pour l'y engager. — « Pourquoi donc faut-il que ce soit DairoUes, lui " dis-je? S'il était possible de supposer que M. u Goëzman ignorât ce qui se passe chez lui , et s'il « faut croire pieusement qu'il ait besoin de nouvelles « instructions à cet égard pour faire enfermer sa « femme , que n'envoie-t-il chercher le Jay , à qui « il a fait faire une fausse déclaration , et qui vient « de se rétracter? Que ne demandait-il à M. le pre- « mier président cette vérité, que tout Paris sait que « le Jay lui a confessée depuis depuis peu? Que ne « s'adresse-t-il à vous-même , qui savez aussi bien « que nous à quoi vous eu tenir sur le fond de l'af- « faire ? Au reste , je vais voir M. DairoUes et son- << der ses intentions. »
Je me rendis à l'instant chez ma sœur, que je trouvai en conversation animée avec une autre de mes sœurs. Le sieur Marin, me dirent-elles , a parlé de nouveau à DairoUes cette après-midi ; ils ont été longtemps ensemble ; le dernier est venii tout échauffé nous dire : Comment trouvez-vous donc Marin , qui veut absolument que j'aille changer ma déposition ? Et, sur ma résistance opiniâtre ; « Vous « direz , m'a-t-il ajouté , que c'est toute cette famille « Beaumarchais qui vous a suggéré la première ' .
' 11 est bon de remarquer ici qu'en parlant au sieur DairoUes en particulier, l'auteur de la Gazette ne se contente plus (le (lire (lu'il faut changer sa première déposition;
« Quel bien espérez- vous de tous cesgeus-lj ? Aban- « donnez leurs intérêts, ne songez qu'aux vôtres. " Par votre déposition de ce matin , vous perdez « quatre ans de travaux accumulés pour obtenir les « bonnes grâces de M. le duc d'..., au moment « peut-être où vous étiez près d'en recueillir le fruit. « Allez , mon ch€r compatriote , allez-vous-en par- « 1er à Goëzman ce soir, et surtout promettez-le- » moi. » VoUà, m'ajoutèrent mes sœurs, ce que DairoUes vient de nous apprendre : il a , dans son premier mouvement, raconté les mêmes choses à au de ses amis. Nous lui avons fait connaître le piège dans lequel on veut l'attirer. Il n'ira pas ce soir chez M. Goëzman , quoiqu'U y soit attendu. Et moi, leur dis-je, je vais à l'instant instruire M. le premier président de cette nouvelle intrigue. Eu effet, ce magistrat respectable eut la bonté , la patience d'écouter tout le détail qu'on vient de lire , et finit par me dire : « Comptez que le parlement ne fera d'iujus- « tice à personne , et qu'en temps et lieu je me sou- « viendrai de tout ce que vous m'avez dit. »
On avait déjà répandu au palais que le sieur DairoUes , au désespoir de sa déposition du même jour, qui lui avait été suggérée , était dans l'intention de se rétracter de fout ce qu'il avait dit. Frappé du rapport de ce bruit avec les insinuations du sieur Marin , il courut le lendemain au greffe , assurer que non-seulement U démentait le fait calomnieux de sa rétractation , mais qu'il demandait la permission de confirmer ce qu'il avait dit la veille, et même d'y ajouter quelque chose.
De mon côté , je fus chez le sieur Marin le prier de vouloir bien ne plus correspondre avec le sieur DairoUes, au sujet de mes affaires; ce qu'H me promit.
Voilà les faits rendus dans la plus scrupuleuse exactitude. Raisonnons maintenant sur la question qu'ils ont fait naître au parlement.