‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 465 sur 630 · DE PARLEMENT · texte numérisé non relu

DE PARLEMENT

grand'ch.vmbre et tournelles assemblées.

Supplie humblement Pierre-Augustiin Caron DE Beaumarchais , disant :

Pendant la longue et funeste absence de la cour, la plus lâche accusation dirigée contre moi m'a livré à toutes les horreurs d'un procès criminel , réglé à l'extraordinaire, et suivi d'un Jugement portant condamnation au blaine , et me rayant à jamais de la société des hommes.

J'allais me pourvoir contre cet énorme abus des lois lorsque le service et des ordres particuliers de sa majesté , me portant hors du royaume , m'ont fait user, en voyageant , le temps accordé par la loi pour attaquer tout jugement dont un infortuné se croit blessé.

De retour en France , j'ai travaillé deux ans et fait l'impossible pour porter mon affaire en cette cour. Mais le choix des moyens n'étant pas en mon pouvoir, il m'a fallu céder à la fatalité qui me prescrivait uniquement la voie de révision pour me relever de ce jugement inouï.

Je me tairai sur un jugement plus étonnant encore, et qui, fondant sur moi comme un ouragan, m'a montré qu'en moins de trois jours on pouvait lever au greffe , instruire et rejeter une requête en révision où il allait de l'honneur du suppliant , sans que l'iniquité reconnue du fond , et la foule de nullités dont la procédure est grevée , frappât les juges et retînt l'anathème.

Tout semblait dit pour moi : mais malheur à l'homme dont le courage est abattu par le redoublement d'un outrage. Celui-là seul mérite qu'on en dise, après l'avoir écrasé : Dieu merci , voilà donc une affaire finie , et un homme dont nous n'entendrons plus parler.

Ce ne fut pas moi. La douleur animant mes forces, et ma fierté ne pouvant soutenir l'idée de lettres d'abolition qui supposent toujours un coupable ; après les avoir refusées du feu roi , je crus qu'il fallait plutôt mourir à la peine d'un nouveau jugement, que d'en accepter des bontés de notre jeune monarque. C'est le seul cas peut-être où les grâces du prince auront éprouvé le refus d'un homme d'honneur , sans qu'il puisse être taxé de manquer à la reconnaissance ni au profond respect.

Je suppliai donc de nouveau sa majesté de m' accorder, pour toute faveur , celle d'être envoyé de-

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v;iiit mes juges uatmels , le poilement de Paris. Alors la lionté du roi soilicitaut sa justice, deslet- Ires patentes , émanées du souverain lui-même , ont anéanti tout le temps que j'avais perdu à demander vainement justice ailleurs, et à combattre un nouveau désastre.

Adressées à la cour et par elle enregistrées , ces lettres ont porté devant le parlement ma requête civile et la consultation des avocats qui l'appuyait. F.nlin , le 6 septembre, la cour , grand'chambre et tournelles assemblées , ayant bien voulu , dans une audience extraordinaire , accorder son attention à l'éloquent plaidoyer de W Target pour son ami présent , a rendu , sur les conclusions de M. l'avocat général Séguier, l'équitable arrêt qui entérine ma requête civile, annule le jugement du 26 février 1 774, et me remet au même et semblable état où j'étais avant ce jugement. La joie de ce nouvel arrêt a si bien éteint en moi le cbagrin des précédents , et les a tellement confondus dans mon esprit , que je n'ai plus le pouvoir ni la volonté de les distinguer pour m'en plaindre.

Citoyens malheureux, qui vous lassez trop tôt de souffrir , voyez à quoi tenait l'existence d'un homme d'honneur! A la demande réitérée d'un tribunal équitable , et au courage de dévorer tous les dégoûts qui m'y ont à la (in conduit.

Mais à l'époque de cet arrêt je devais prononcer (levant la cour un exorde historique au plaidoyer de M"" 'J'arget ; la crainte d'abuser des moments précieux qu'elle dérobait à d'autres citoyens pour moi dans ses dernières séances , me fit faire le sacrifice entier de l'expression de ma gratitude. .Te garderais le même silence aujourd'hui si mes ennemis ne publiaient pas que mon discours , plein d'un triomphe insolent, d'une gaieté indécente, a été supprimé comme peu respectueux pour la cour même à qui je l'adressais.

fl est tellement important pour moi que cette fausse opinion n'obtienne aucun crédit sur les magistrats, que je prendrai la liberté de soumettre ici ce discours h leur jugement, sans y changer un seul mot. ]Ne peut-il pas contribuer à m'obtenir la conversion d'un décret et le renvoi dans mes fonctions, puisqu'il fut destiné à faire annuler le jugement qui m'en avait privé pour toujours ? Le voici tel qu'il dut (-irc prononcé devant le parlement.

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