PREMIÈRE PARTIE
MOVEiNS DU STEUR DE BEAUMARCHAIS.
.le suppose d'abord qu'on a lu la dernière consultation du comte de La Blache ; et ma joie, en ce moment , est de penser qu'elle est dans les mains de tout le monde. Voici donc comment j'y réponds:
Je vous ai répété , sous toutes les formes possibles, monsieur le comte , que la loi n'admet point d'allégations ni de soupçons contre les engagements et les personnes ; qu'elle proscrit avec indignation toutes ces insinuations de dol , de fraude et de surprise accumulées sans preuves ; et surtout l'odieux plaidoyer de celui qui ne craint pas de dénigrer ouvertement , pourvu qu'il ne soit pas contraint d'ac cuser juridiquement.
Je vous ai répété que les clameurs d'un injuste héritier ne suffisent pas pour annuler les engagements du testateur, antérieurs à sou droit, lorsque son intérêt est de ne les point remplir ; qu'il faut ,
pour les ébranler, une action diroelo et U'galement intentée, au risque et péril de l'accusateur; que toute autre voie est un crime aux yeux de la loi , tient à la plus basse calomnie , et ne doit occuper les tribunaux que lorsqu'on les implore pour eu obtenir la punition.
Lors donc que vous osez me faire soupçonner de l'infâme lâcheté d'un faux, pourquoi n'osez-vous m'en accuser? Perfide adversaire ! ce n'est chez vous ni défaut d'inimitié ni d'envie de me nuire , et pour ceux qui vous connaissent bien , cette retenue de votre part suffirait seule pour montrer quel vous êtes, si je n'avais pas d'ailleurs des moyens victorieux pour le faire.
Laissons de côté la distinction des grades ou des rangs; laissons les petites ruses qu'elle enfanie, les productions sourdes qu'elle attire, les séductions de sociétés qu'elle occasionne. Si tout cela ne s'anéantissait pas devant les tribunaux , si les prérogatives du grade ou du crédit y pouvaient influer sur le juste et l'injuste , un particulier dénué , s'y battant contre un noble, aurait toujours en face un ennemi plastronné.
Non qu'il faille oublier ce qu'on doit dans le monde aux rangs élevés ! Il est juste au contraire, que l'avantage de la naissance y soit le moins conteste de tous , parce que ce bienfait gratuit de l'hérédité , relatif aux exploits, qualités ou vertus des aïeux de celui qui le reçoit , ne peut aucunement blesser l'amour-propre de ceux auxrjuels il fut refuse; parce que si, dans une monarchie, on retranchait les rangs intermédiaires entre le peuple et le roi , il y aurait trop loin du monarque aux sujets: bientôt on n'y verrait qu'un despote et des esclaves , et le maintien d'une échelle graduée , du laboureur au potentat, intéresse également les hommes de tous les rangs, et peut-être est le [)lus ferme appui de la constitution monarchique.
Voilà ma profession de foi sur la noblesse. i\lais comme il ne s'agit pas ici de décider lequel de nous est le plus ou le moins élevé, mais seulement lequel est un légataire injuste , ou bien un faux créancier; débiteur et créditeur, voilà nos seuls noms. Dépouillons donc de bonne foi ce qui nous sort de cette classe; écartons tout prestige, et discutons clairement.
Au seul aspect de nos prétentions réciproques , une réflexion s'offre d'abord à ceux qui n'ont pas étudié notre affaire : c'est qu'il est plus probable qu'un acte fait entre deux hommes reconnus sensés, soit exact et vrai , qu'il ne l'est qu'un légataire universel soit juste et désintéressé. Vous pouvez bien nous accorder ce point : ce n'est pas là ce qui vous fera perdre votre procès.
Il s'en présente encore une autre : c'est qu'il parait étrange à chacun , malgré l'avidité connue des.
MEMOIRES
héritiers, qu'un homme pour lequel ou dépouille une famille entière de l'hérédité naturelle , et qui devient par ce bienfait, possesseur exclusif d'un legs de quinze cent mille francs , respecte assez peu la mémoire de son bienfaiteur pour la traîner et la souiller pendant dix ans dans tous les tribunaux d'un royaume ; et cela pour ne pas payer une somme de quinze mille francs à l'acquit de cette succession qui ne lui était pas due.
Passez-nous cette seconde encore ; elle ne saurait vous nuire que dans l'opinion des hommes , et ne fait rien non plus au jugement du procès.
Quelques personnes même ont été jusqu'à balancer si, entre deux plaideurs qui se disputent une somme aussi modique, il n'était pas plus probable qu'un héritier peu délicat s'obstinât à la refuser , au seul risque de passer pour une âme vile , étroite et rapace, qu'il ne l'est qu'un créancier aisé s'acharne à la demander , armé d'un faux titre , au danger d'être puni comme le dernier des scélérats.
Huit ans de procédures sur un tel fait inspirant enfin la curiosité d'examiner les choses , on lit tous nos mémoires ,'et l'on y voit qu'après avoir été traîtreusement déchiré par tous les écrivains aux gages de mon adversaire , il y a longtemps que cette affaire a dû cesser pour moi d'être un procès d'argent. On y voit que je ne puis , sans déshonneur , me dispenser de le suivre et de le faire juger , quoiqu'il m'ait déjà coûté vingt fois plus qu'il ne doit me rendre.
Mais on y voit aussi que la fierté de mes répliques a dû donner un tel discrédit à mon adversaire , que se voyant poursuivi par le regard inquiet de tout ce qui l'entend nommer, et se sentant partout couvert de l'opprobre dont il a voulu me salir , le désespoir de sou état doit l'engager d'épuiser toutes les chances possibles d'un débat inégal avant de s'avouer vaincu ; qu'il vaut encore mieux pour lui se réserver de dire après coup : Les juges ont vu d'une façon , moi je vois de l'autre ; que si, descendant à quelque traité conciliatoire , il justifiait par un dur accommodement l'affreuse opinion que sa défense a donnée de son caractère.
Alors l'examinateur bien instruit sait au juste pourquoi nous plaidons , le comte de La Blache et moi.
Ce qu'il voit fort bien encore, en lisant l'écrit que je réfute, c'est que l'avocat, désolé de ne pouvoir offrir pour son client que des allégations sans preuves , et de n'opposer que des riens contre un acte inexpugnable , a cru devoir au moins noyer ces riens dans un tel océan de paroles, que le lecteur égaré pût supposer que , s'il n'entendait pas le raisonneur, il était possible , à toute rigueur , que le raisonneur s'entendît lui-même.
Mais ne prenez pas la peine de le suivre , et lais-
sez-m'en le soin, lecteur. Dès le premier pas, je vois déjà que son argument tourne entièrement dans ce cercle vicieux.
Prenant partout pour accordé le seul point qui soit en débat , cet avocat s'enroue à vous crier : L'acte du 1^*^ avril 1770 est bien reconnu faux ; donc telle quittance ou telle somme qu'on y porte au débit n'a pas été fournie. L'acte du 1" avril est faux ; donc tel contrat qu'on y éteint n'est qu'une chimère. L'acte du T' avril est faux; donc ce traité qu'on y résilie n'a jamais existé , etc.
Après avoir longtemps et pesamment raisonné le triste orateur , se flattant que l'ennui des conséquences a fait oublier le principe au lecteur, se retourne , et , semblable au serpent qui , se mordant la queue , accomplit le cercle emblématique , il revient sur lui-même , et vous dit vicieusement : Puisque j'ai prouvé que telle somme est fausse ; que telle quittance est double emploi, que tel contrat est une chanson , que tel traité n'est qu'une chimère , on ne peut me refuser, messieurs, que l'acte qui contient autant d'articles prouvés faux ne soit évidemment faux , nul et frauduleux lui-même. — Et puis payez, beau légataire, votre avocat subtil; il a bien convaincu vos juges et vos lecteurs!
Mais j'ai tort de le quereller -. s'étant établi votre défenseur, il a dû n'employer que les arguments que vous lui fournissiez : tant pis pour vous s'ils sont mauvais; c'est votre affaire , et point du tout la sienne. Aussi , lorsqu'il se livre à son propre sens, y marche-t-il avec plus de circonspection : plus vos imputations deviennent graves , et moins il veut les prendre sur son compte.
Tant qu'il ne s'agit que de conjectures sur les prétendues erreurs, doubles et faux emplois, etc. , que vous reprochez à cet acte; comme il sait bien que dix preuves négatives n'en détruisent pas une affirmative, et qu'à plus forte raison , contre un acte signé de deux hommes reconnus sensés , toutes les allégations du monde, dénuées de preuves, sont moins qu'un fétu, c'est sans scrupule qu'il erre avec vous dans le vague d'une foule d'objections contradictoires et plus futiles encore : il ne se croit pas compromis.
Mais lorsque, forcé d'abandonner ce vain badinage,il vous entend articuler que j'ai appliqué après coup de fausses lettres sur les feuilles de plusieurs réponses de M. Duverney ; alors , se refusant à présenter ces horreurs comme sa propre opinion , il veut qu'on sache absolument que c'est la vôtre seule qu'il rapporte .
Ainsi, lorsque , ayant imprimé plusieurs lettres ostensibles , de moi , trouvées sous le scellé de M. Duverney, vous l'obligez à casser les vitres sur les autres ; après vous en avoir fait sentir les conséquences , il poursuit en ces termes :
MÉMOIRES
(Page41. ) « Ces préliminaires établis, il a été ex- « posé aux soussignés que, quand le sieur de Beau- « marchais écrivait pour demander un rendez- vous « à M. Duverney, qui ne croyait pas lui devoir beau- « coup de cérémonie, etc., on a ajouléque le sieur « de Beaumarchais, ayant conservé quelques-unes « de ces réponses... , a formé le projet de faire pas- 9 ser ces petits écrits de M. Duverney comme des « réponses à des lettres qu'il a forgées , etc. »
(Page 42.) « O^ a encore dit aux soussignés , etc. « Enfln ON a tnis sous les yeux des soussigtiés les « copies figurées de tous les écrits... qu'ON attribue n au sieur de Beaumarchais , etc. »
(Page 44.) « Le comte de La Blache observe qu'il « est étonnant que le sieur de Beaumarchais ait eu « le courage de donner les billets de M. Duverney « pour la réponse à cette lettre , etc. »
(Page 51. ) « ON ditqxiQ tel était le premier état « de ce billet; que depuis ou a ajouté, après ces « mots , avant midi , ceux-ci , voilà notre compte si- <• gné, etc. »
( Page 52. ) « ON a dit aux soussignés que l'addi- « tion après coup de ces quatre mots , voilà notre « compte signé, est palpable, etc.... ON a assuré « les soussignés que , pour appliquer une date au « mois d'avril , etc. , etc. »
Toujours ON , et jamais nous.
C'est ainsi que l'avocat qui s'intitule les soussigjiés a cru devoir vous charger seul du poids de vos imputations criminelles , et vous ne tarderez pas à voir qu'il a bien fait; personne que vous ne devant jouer, dans cette abominable farce que vous nommez défense , le rôle de calomniateur, dont je vais vous attacher à l'instant l'écriteau.
Les prudents soussignés ont si bien prévu même à quoi vous vous exposiez , que , pour tâcher de vous soustraire aux conséquences d'une pareille audace, après avoir souillé leur plume à m'imputer en votre nom le plus lâche des crimes , ils ont poussé leur honnête complaisance jusqu'à hasarder que l'on ne pouvait pas vous forcer de faire la preuve de vos imputations, quand même on les soutiendrait fausses.
Us ont osé estimer que , si je soutenais opiniâtrement que tout le commerce entre M. Duverney et moi , que je présente , ainsi que les mots , voilà notre compte signé, étaient tels que je les prétends , vrais et justes, écrits par M. Duverney, le comte de La Blache 7ie pourrait être forcé à une dénégation formelle , et que , quand j'aurais bien prouvé l'atrocité du comte de La Blache , il n'en pourrait être tiré nucune conséquence fâcheuse contre ce seigneur, etc. Comme ils sont paternels ces bons soussignés! Il faut lire tout ce qu'ils en disent ( page 53 et suivantes ) : en vérité cela est très-curieux.
Mais ce ton perpétuel de défiance des soussignés ,
tous ces ouï-dire et ces on dit , sur lesquels ils consultent , rejetant sur vous seul tout ce que leur plai doyer a d'outrageant, puisque c'est de vous seul qu'ils avouent tirer leurs fausses lumières, et non de leur propre conviction , il s'ensuit que tout ce qu'ils avancent à cet égard n'a pas plus de force et de valeur que si c'était vous seul qui l'avanciez. Si ce qu'Ole leur a dit n'est pas vrai , si ce g-K'ON leur a exposé n'est qu'un mensonge absurde , ils n'en sont point garants : il n'y a dpnc en tout ceci que le comte de La Blache seul qui parle pour le comte de La Blache: l'avocat consultant avoue partout n'être que l'humbh^ voix qui nous transmet les dires et les actes sincères de ce seigneur aimable. ON nous a dit , ON nous a exposé.
Or , comme il est bien prouvé , monsieur le comte , par vos lettres que je produirai, par vos récits imprimés que je rapporterai , que de votre aveu vous n'avez jamais su im mot de ce qui s'est passé entre votre bienfaiteur et moi ; que vous n'avez trouvé (selon vous-même encore) à son inventaire aucun renseignement sur nos relations particulières , laissant à part nos avocats , je dis que vous seul méritez l'opprobre éternel dont je vais achever de vous couvrir à l'instant.
Une ancienne loi des Lombards , adoptée eu France autrefois, portait que, si dans une hérédité quelqu'un se présentait avec une chartre ou titre que l'héritier arguât de faux, il fallait que ce dernier se battît pour prouver qu'il ne devait pas acquitter le titre. Les légataires de ce temps-là devaient trouver les épices du procès un peu chères: ils chicanaient moins. Mais lorsque ensuite il s'établit qu'on pourrait décider ces questions parle combat de deux champions , les légataires , moins gênés sur les épices , payèrent volontiers des épées qui ne menaçaient plus leurs j)oitrines: et maintenant qu'ils n'ont que des plumes à aiguiser , qu'il n'y a plus de versé que de l'encre , et d'effleuré que du parchemin , c'est un plaisir de voir comment les légataires processifs s'en redonnent par la plume de leurs soussignés !
Suivons donc ceux-ci, et fixons-nous à l'aveu solennel qu'ils font (page 40 de leur consultation), « que si les lettres rapportées sont parvenues à « M. Duverney, et si à chacune d'elles il a fait la « réponse qui est appliquée par le sieur de Beau- « marchais, il s'ensuivra très-certainement que » M. Duverney a eu la plus parfaite connaissance « de l'écrit du l*^"" avril; qu'il a travaillé lui-même « à le former, à le corriger, à le mettre en l'état « où il est. » Voilà le seul point auquel je me cramponne.
De sorte que si je prouve , à la satisfaction du lecteur et des juges , la véracité de ce commerce , à mon tour il faut m'accorder qu'il ne restera rien de
MEMOIRES
l'édifice hypothétique du comte de La Blache et des soussig?iés.
Mais par quelle suite de raisounenients ce comte de La Blache, que je ne nommerai plus Falcoz, parce que c'est son nom , et que son nom Taffiige , par quelle suite de raisonnements, dis-je, est-il parvenu à faire illusion à de graves avocats , à leur inspirer du soupçon sur la véracité de ces lettres ? Kux-mémes vont nous l'apprendre dans leur longue consultation.
Le comte de La Blache leur a dit : car le mot on signifie toujours le comte de La Blache ; et quoique cette dénomination ne soit pas en grand honneur parmi nous , on , ou le comte do La Blache , leur a dit que jamais il n'y avait eu entre M. Duveruey et moi aucun objet de relation et de correspondance étranger à la froide protection qu'il m'accordait : moins encore aucune ombre de familiarité , dont la supposition , leur a-t-o« ajouté , serait flétrissante pour ÎNL Duveruey.
(Page 10.) « Les lettres de M. Paris Duveruey « sont honnêtes , mais sèches , et il n'y a pas une « seule expression qui sente la familiarité , etc. "
( Page 11.) « On voit que depuis l'époque de ia « première recommandation en 1 7G0 , etc. , il n'existe " aucune trace d'aucun autre objet de relation de « correspondance ; encore moins existe-t-il quelque « vestige de familiarité , etc. »
(Page 13.) « Recommandé à M. Duveruey, le « sieur de Beaumarchais en était accueilli honnête- <■ ment, mais sans que jamais l'un ait autorisé l'au- « tre à la moindre familiarité. ( Idem. ) M. Duveruey « avait fait des démarches pour le sieur de Beaumar- « chais, etc.. ; mais jamais on n'a connu d'autre ob- «jet de liaison... Cependant l'écrit du l*^"^ avril 1770 « suppose entre eux les liaisons les plus intimes , " des liaisons qui exigeaient le secret le plus impé- « nétrable, etc.. »
(Page 14 , au bas. ) « Elles {ces liaisons ) ne peu- « vent trouver de conûance dans l'esprit de per- « sonne ; il est impossible d'en imaginer aucune qui « ne soit démentie par l'âge, la dignité, le carac- K tère, les vues et les occupations de 1\L Paris Du- « verney. La supposition de ces liaisons est unefa- « Ne ridicule à laquelle il est impossible de se prè- « ter. » •
D'où TON conclut que M. Paris Duveruey n'a jamais eu connaissance de l'écrit du 1" avril 1770, ni des lettres qui l'accompagnent.
Vaillamment conclu, monsieur le conitede La Blache ! puissamment raisonné, judiciosi subsignati! ( /7c?. Molière in recept. med. )
IMais, judicieux soussignés ! mais, seigneur héritier! si par hasard votre majeure était vicieuse; si l'on vous prouvait irrésistiblement quc^cette intime familiarité, que ces liaisons secrètes, et sur des ob-
jets mystérieux , n'ont jamais cesse d'exister entre les deux personnes que vous outragez gratuitement?
Si d'un commerce de plus de six cents lettres , toujours écrites et répondues sur le même papier, qui toutes ont été brûlées , le bonheur du sieur de Beaumarchais lui en avait conservé des fragments assez clairs pour porter la conviction de cette familiarité dans tous les esprits ?
Et si ce Beaumarchais , à qui vous faites ( p. 57 ) le déû le plus imprudent de produire quelque chose de ce commerce écrit et répondu sur le même papier, vous montrait tout-à-l'heure assez de lettres familières et de billets mystérieux, étrangers à l'acte du l'''^ avril , pour que l'analogie de la forme , du style et des envois vous forçât vous-mêmes à convenir que cette façon de correspondre était constamment établie entre M. Duverney et lui?
Et s'il en concluait à son tour que , puisqu'ON nie les lettres qui se rapportent à l'acte , ON doit nier aussi celles qui ne s'y rapportent pas ; que si ON nie les unes et les autres , il faut qu'ON s'inscrive en faux contre toutes ; et que si ON succombe dans cette inscription de faux , il est judicieux d'attacher à ON ou des oreilles pour avoir si mal argumenté , ou un écriteau pour avoir si bien calomnié ?
Que penseriez- vous, messieurs , de son petit argument ?
Que diriez -vous alors de vos cinquante-huit pages d'injures , de vos raisonnements tortillés , de vos outrageantes imputations et de vos notions illuminées contre un acte inexpugnable que vous n'avez pu seulement effleurer? Vous courberiez le chef, et ne diriez plus rien! et c'est à quoi je vais vous réduire.
Pour première preuve d'une amitié bien tendre, et qui ne va pas sans une douce familiarité , je pourrais rappelenau comte de La Blache que M. Duverney, par exemple, m'a prêté dans un seul jour cinq cent mille livres pour acheter une grande charge , en quatre cent mille livres de rescriptions , et cent mille francs déposés chez Devoulges , son notaire , duquel le certificat est joint aux pièces.
Je pourrais ajouter qu'il m'a prêté cinquante-six mille livres sur ma charge de secrétaire du roi ; plus , quatre-vingt-trois mille livres de supplément pour former les cent trente-neuf mille francs de notre arrêté de compte; plus, dans une autre occasion, pour deux cent mille livres de ses billets au porteur; et conclure humblement qu'un homme qui prête autant d'argent à un autre, ou croit avoir de grands engagements à remplir envers lui , ou lui a voué la plus solide amitié : surtout si l'obligé n'est pas un assez grand capitaliste pour que tant de prêts soient solidement appuyés, et s'il n'y a de garant entre eux de la sûreté du prêt que la confiance de l'un eu la probité de l'autre.