POST-SCRIPTUM
Ce mëmoiie était tout imprimé, lorsque le comte de La Blache vient de me faire signifier une lettre ilc son ami Dupont, arrivée, dit-il, de Béarn, où le comte de La Blache ignorait qu'il fût (dit-il encore). Je cherche en vain ce que veut dire cette nouvelle communication qu'il me fait faire; à quoi cela répond-il? cui bonoP Cela lui vient à point comme sa lettre de Grenoble à son ami Goëzman.
Vous jugez bien d'abord, lecteur, que, puisque le comte de La Blache assure., dans son commentaire sur cette lettre produite , que je n'avais encore jamais parlé du sieur Dupont dans mes défenses, on peut en conclure hardiment que j'avais déjà parlé du sieur Dupont dans mes défenses ; car le comte de La Blache est toujours fidèle à son principe.
En effet, dans mon mémoire au conseil , j'avais dit :
'< Je prouverai comment et par qui le sieur Dupont , qui
(< d'emplois en emplois olait devenu son premier secré-
<■ taire (de M. Duveincy) , qui avait mérité d'èlre son ami.
i « cl qui est aujourdlmi -m successeur dans l'intcnduntc
MEMOIRES
.. de lEcole Mililaiie , a été lui niùnie éloigné de ce vieil- j " lard sur la fin de sa vie ; parce que , le sacliant nommé i " son exécuteur testamentaire, on avait le projet défaire | " faire au vieillard nn autre testament , et d'obtenir un j " autre exécuteur. »
Si j'ai parlé alors en bons termes du sieur Dupont ; si en 1778 j'en ai dit du bien , quoique je sache qu'il est du nombiede mes ennemis; si même aujourd'hui , qu'il se prèle à un pelit dénigrement , je persiste à penser de lui ce bien que j'en ai dit, c'est qu'il est un de ces hommes dont j'ai toujours aimé les travaux et le caractère, et qu'il est impossible qu'il n'ait pas un vrai mérite, quand de simple commis qu'il était, il a pu s'élever à la dignité de conseiller d'État. Kt l'on sent bien que je dis ici tout ce que je pense.
C'était en 1774, lecteur, que j'écrivais ce trait sur le sieur Dupont, dont je n'ai jamais parlé, dit-on, dans mes défenses; et c'est en 1778 que j'en ai fait la preuve : et ma preuve a été de montrer par cette phrase du sicui- Dupont , écrite en 1770 : Je connais tout le mal qu'on a voulu me faire; et cette autre de la même date: Je connais assez, les affaires qu'il vous laisse à démêler avec son nÉRrriER , pour que je n'y veuille pas jouer vn rôle; 1" que le comte de La Blaclie avait écarté Dupont, son ami, de M. Duverney dans les derniers temps de sa vie, pour être seul »«fl(7re du champ de bataille; 1° pour montrer dans quelles dispositions atroces était déjà cei héritier (qui ne veut pas qu'on le wamme. héritier) , avant qu'il eût l'air de connaître mes prétentions sur une portioncule de son héritage : sans que j'aie entendu pour cela m'élayer de l'opinion actuelle du sieur Dupont, qui m'est aussi indifférente qu'elle m'est connue, et qu'elle est étrangère à ma cause.
En lisant cette phrase de ma Réponse ingénue : On voit par ces aveux d'un homme honnête , et qui jugeait froidement alors dans quelles dispositions était ce vindicatif héritier , etc. ; l'on peut juger, dis-je, que je sais fort bien que le sieur Dupont est devenu l'ami du comte de La Blache, parce que l'intérêt , qui divise les hommes , est aussi ce qui les réunit.
D'après tout ce nouveau train de mon adversaire , je prie le lecteur d'avoir la patience de relire les pages 414 , 415, 416 et 4 1 7 dans ma Réponse ingénue ; il se convaincra que je n'ai dit, ni voulu prouver autre chose en cet endroit, sinon le bon caractère, les précautions, les intentions et les ruses du comte de La Blache.
Ne voulant pas semer trop d'ennui sur mes défenses, je n'ai imprimé toules les lettres citées, quand elles étaient longues, que par extrait ; mais j'atteste ici, devant les magisliats du parlement qui me lisent , (pie les oi iginaux entiers leur ont tous été déposés dans les mains, loin que je voulusse dissimuler la moindre chose au procès.
Maintenant, en quel dédain ne doit-on pas prendre un plaideur qui ne néglige pas même en sa cause de se faire écrire de Béarn, pour les impi imer, des lettres apologétiques, par un ami dont il ignorait l'absence de Paris, quoique cet ami nous apprenne en être parti le 10 mai, temps auquel le comte de La Blache était encore à Paris , n'en étant parti pour Aix que longtemps apiès cette époque.' Quelle pitié, bon Dieu ! quelle pitié !
Que si j'avais pu m'abaisscr à de pareils moyens , le comte de La Bâche croit-il que je n'eusse pas pu le cou-
vrirde lettres bien plus imiîosanles,el qui eussent au-delà balancé la fade apologie intitulée Dupont, mon ami.^ J'aurais cru me déshonorer de le faire, et je n'ai pas eu besoin d'un instant de réflexion pour m'en abstenir. Car je maintiens toujours que, jjoî^r avoir une bonne conduite en cette affaire, je dois prendre en tous points le contre-pied de la sienne.
Cakon de Bevumarchais.
.Matuifx , procureur.
LETTRE