BLESSÉS
« .T'attends vos ordres là-dessus , et suis avec respect,
« Monsieur ,
« Votre, etc.
' Signé Caron de Beaumarchais. »
.Te fus ce même dimanche au soir 19 août chez M. l ei)run pour la troisième fois du jour. Je voulais lui laisser ma lettre , après l'avoir discutée avec lui , afin qu'il la communiquât aux autres ministres ses collègues. Il ne me reçut pas, et me remit au lendemain. J'y vins à neuf heures du matin; // ne me reçut pas. Même réponse: remis au soir.
En arrivant chez moi , j'y trouve un inconnu qui écrivait chez mon portier {lecteur, redoublez d'atloitioii). .]e suis chargé, me dit-il en riant , de la
^i\n d'une compagnie autrichienne , de vous faire des propositions sur l'arrivée de vos fusils, et je vous écrivais pour vous demander rendez-vous. — En nous promenant il ajoute : Connaissez-vous , monsieur, M. Constantini? — Je n'ai pas cet honneur , monsieur. — Comme il est lié d'affaires avec une compagnie de Bruxelles, qu'il sait que c'est de là que vient r embargo mis sur vos fusils en Hollande, il vous fait proposer par moi que, si vous voulez lui donner moitié de bénéfice dans votre affaire , il a UN MOYEN svvipour les faire arriver dans huit jours. — Il faut qu'il soit donc bien puissant, votre M. Constantini! '^l^ïs., monsieur, je ne puis écouter, même sans tromper ce monsieur , une proposition si vague; parce que je ne sais plus, à la manière dont nous marchons , s'il y aura bénéfice ou perte : faitesmoi donc une offre nette. Que me demandez-vous d'argent pour faire arriver nos fusils^ — Hé bien, monsieur , dit-il , un florin par fusil ; mais l'affaire payera les frais. — Monsieur , il faut savoir quels frais. Si votre M. Constantini employait la voie du commerce, les droits alors seraient, pour la sortie, d'un florin et demipar fusil; avec le florin que vous demandez pour ses soins , voilà les fusils augmentés de deux florins et demi la pièce , bons ou mauvais , sans être sûr si tous seront acceptés au triage : l'affaire est loin, monsieur , de pouvoir porter ce fardeau. — Combien donc voulez-vous nous donner.'
me dit-il F ingt sous par fusil, quel qu'il soit. Mais
votre homme offrira caution , qui puisse me garantir que les moyens qu'il emploiera pour tirer les fusils de Hollande ne les y cloueront pas. Je songerais quelle assurance je devrai exiger de lui. Soixante mille francs sont mon offre.
11 me dit : Je vais vous laisser sa proposition par écrit. Je m'appelle Larcher , recevez mon adresse ; et faites-moi passer votre réponse dans le jour, cat je vous avertis ( en me regardant bien ) que cela presse un peu pour vous! — Comment cela , mousieur? lui dis-je. Il me quitta sans me répondre. Je ne savais quel sens donner à ce propos bizarre. J'ouvris les offres du sieur Constantini , et, à mon grand étonnement, je lus l'écrit que je copie :
« Conditions proposées à M. Beaumarchais dans « l'affaire des fusils déposés à yerreye , en Zélande. « M. Constantini, associé des maisons de Bruxel- « les, propose à M. Beaumarchais de partager les <^ bénéfices de cette opération , par moitié en faveur « de M. Beaumarchais , et moitié en faveur de « M. Constantini et ses associés.
« M. Beaumarchais justifiera sur-le-champ de « son contrat d'acquisition.
" M. Beaumarchais ayant fait les avances de l'a- « chat des armes, dont on a lieu de croire qu'il a c( été remboursé en partie par le gouvernement » français, M. Constantini , de son côté, s'engagera
« à faire effectuer l'expédition de Tervère à Dunu kerque de la inauière la plus prompte et la plus ■> convenable.
« Les frais seront supportes par ropératiou. Com- « me ON est persuadé que l'expédition de Tervère « n'a été entravée jusqu'ici que/)«/' rinjluence de n l'ancien ministère , on a la conliance de croire " que M. Beaumarchais peut la faire cesser.
« On doit prévenir ]M. Beaumarchais que les nie- <> sures prises et effectuées pour l'arrivée de ces « armes peucent seules suspendre la résolu/ion « d'éclâircir l\ conduite de M. Beaumarchais R dans cette affaire, » etc. (Le reste était d'arrangement. )
J/a ha! monsieur Constantini! Nonrelle intrirpte et des menaces ! Suivant ma constante méthode d'analyser tout ce que je reçois, Je vois ici, me dis-je, tin Autrichien- Français qui prétend avoir les moyens de faire arriver les fusils. Cet .iutrichien-Français a aussi le pouvoir, dit-il, d'arrêter, ?«oyfw??o«/ argent , l'éclairement qu'on est fout prr^f à/aire de ma conduite en cette ajfaire!
Bravo, 7nonsieur Constantinil Ce n'est plus sourdement ni avec des sous-ordres que l'on procède contre moi! Vous êtes l'associé, monsieur Constantini, d'un homme assez puissant pour pouvoir lever l'embargo de Tervère en trois jours s'il veut , et me faire trembler , si je refuse d'entrer dans ce beau triumlatronaf. La seule façon dont cet homme puissant sache lever l'obstacle de notre extradition est apparemment de donner à vous seul le cajdionncmcnt qu'il s'obstine à me refuser. J'entends, monsieur Constantinil Votre associé est un nouveau MINISTRE. // reste à découvrir lequel. C'est à quai je vais travailler. En attendant , je vais répondre à M. Larcher, votre agent. A l'instant partit ma réponse.
/ M. Larcher.
« Ce 20 août 1702.
« J'ai lu, monsieur, les conditions que vous me proposez pour me faire arriver h Dunkerque ou au Havre mes fusils , de la part d'une compagnie autrichienne.
« En outre de ce qui est écrit par vous , vous m'avez proposé verbalement de me faire entrer ces mêmes armes au prix d'un florin par fusil.
« A cela voici ma réponse :
« Je donnerai viîigt sous de France à la personne, quelle qu'elle soit, par fusil qu'elle se ciiargera de me faire entrer a Dunkerque , pris dans mon magasin à Tervère.
« Sous la condition rigoureuse qu'elle donnera caution valable de me payer la valeur des fusils , si elle ne les fait pas entrer , parce que ses moyens peuvent être tels, que l'ébruitement , les faisant sai-
REAIMAKCIIAIS. .
MEMOIRES. 5fii
sir en Hollande , m'ôte tous les moyens de les ravoir jamais.
<- Et quant à la bonté qu'ON a de me prévenir que les mesures prises et effectuées pour l'arrivée de ces armes peuvent seules suspendre la résolution d'éclâircir la conduite de U. Beaumarchais dans cette a/faire;
« Je réponds franchement, à la personne .^ue '.ous appelé/ on, ce que je vais signer ici.
« Je méprise beaucoup les gens qui me menacent, et mets la malveillance au pis. La seule chose contre laquelle je ne puisse être en garde ici, c'est le poignard d'un assassin ; et quant au compte que. j'ai à rendre de ma conduite en cette affaire , le jour que je pourrai la traduire au grand jour, s«Hs?i?y//'f' à f entrée des fusils, ce sera ma gloire publique.
« C'est à rassemblée nationale que f en reiidrai le compte à haute voix , pièces probantes sur le bureau. Alors on pourra distinguer le vrai citoyen patriote, des vils intrigants qui l'assaillent.
« Signé Caron de Beaumarchais,
« Boulevard Saint-Antoine, d'oU'ilne bougera pas. »
Maintenant, dis-je, pour procéder avec ma méthode ordinaire , il faut que j'envoie à I\L Lebrun le ministre ma réponse à Constantini , et voir de son côté comment il procédera envers moi ^ je connaîtrai par là si M. Lebrun est leur homme.
Le soir je fus chez M. Lebrun... Invisible, et moi refusé. .Te prends du papier chez son suisse , et j'écris :
« LuikU 20 août 1792 , écrite clic^ votre suisse.
« Hélas! monsieur, c'est ainsi que depuis cinq mois , de remise en remise , les événements ont gâté l'affaire la plus importante à la France! Ne pouvant donc vous remettre, à mon troisième voyage inutile chez vous, le mémoire instructif que j'ai fait hier en vous quittant , je vous prie de le lire avec d'autant plus d'attention , que l'horrible malveillance , qui se remue dans tous les sens, me force tout à l'heure à une justification publique, si le ministère s'obstine à ne pas s'entendre avec moi!
« Vous en allez trouver la preuve dans la réponse que j'ai faite à un homme qui est venu chez moi me faire des offres menaçantes verbalement et par écrit.
» S'il vous est possible de me donner rendez- vous aujourd'hui, vous préviendrez peut-être le mal iVunn publicité fâcheuse, par laquelle on veut couper court à l'arrivée de nos fusils. Cest très-sérieusement que vous en êtes prié, monsieur, par votre dévoué serviteur ,
« Beaumarchais. »
A ma lettre étaient jointes sa grande lettre qu'on
MEMOIRES
.'1 lue sur raffaire de î\l. la Hoijue , et ma fière réponse au proposant Constantini.
Point de réponse.
Je vins deux fois par jour, le 19 , le 20 , le 21 et le 22, où je lui écrivis cet autre billet chez son suisse, après huit courses en quatre jours , qui , pour aller et venir, composaient près de deux lieues chacune; et je disais dans le chemin : Si les ministres se croient heureux de leur invisibilité , les gens qui galopent après eux sont certes bien infortunés !
« 22 août 1793.
« Beaumarchais est venu dimanche , avant-hier , hier et aujourd'hui, pour saluer M. Lefjr'in, et lui rappeler que le cautioyinement assuré par M. Durreij est toujours en retard, et que lui Beaumarrhais ignore ce qui concerne M. de la Hogue : (ju'il est comme les héros d'Homère , combattant dans l'obscurité, et priant tous les dieux de lui rendre la lumière , pour savoir ce qui reste à faire pour !n portion de bien qu'il est chargé, depuis cinq iViOis , de procurer à la patrie , et que tout tend à reculer.
' Il présente son respect à M. Lebrun. >:
Point de réponse.
Je cesse d'y aller. Ne pouvant deviner ce qu'après ma lettre si ferme les ministres avaient décidé sur le sort de M. de la Hogue , je dévorais mon sang dans une espèce de rage mue. Plus de nouvelles de ce Constantini , sinon une lettre d'//î/«;-es à laquelle j'avais fait une réponse de pitié.
Une lettre de .AI. Christinat, le député du Havre, m'avait appris que son courrier était reparti pour ce port , et que l'affaire du départ de -M. de la Hogue avait été jugée par le pouvoir exécutif, sans qu'il pût me dire comment; et je me disais en fureur : Ils ne s'en sont point occupés ; ils auront envoyé une lettre d'attente , quelque réponse insigniliante : et c'est encore du temps perdu. Pardonnezmoi , lecteurs ! ils s'en étaient fort occupés; en voici la preuve très-claire , qu'on ne supposait guère que je pusse acquérir jamais.
l.e 22 aotit , je recois ce mot désastreux de la Hogue :
« Vous avez, monsieur, sous le repli de la présente , une copie de la réponse du ministre de l'intérieur au sujet de mon passe-port.
" Je ne puis que m'en rapporter à vous sur la conduite que vous croyez devoir tenir à cet égard ; en attendant je prends patience, et reste ici à poste fixe.
Signé la Hogue. »
Je passe au rerso de sa lettre, et j"y lis enfin ce qui suit .
Copie de ta lettre du ministre de l'intérieur à la municipalité du Havre.
« Ce 19 août 1792.
« li'assemblée nationale, messieurs, me renvoie la lettre que vous écrivîtes hier à son président, en lui renvoyant le passe-port du sieur de la Hogue. Elle me ch.4bge de vous mander de laisser en pleine liberté ce particulier, et de lui donner un passe-port, s'il le désire... ( devinez- lequel, 6 lecteurs!) un passe-port vous, l'intérieur, mais de ne lui en point donner pour l'étranger. A l'égard du paquet pour M. de Maulde , l'assemblée vous CHARGE de me l'adresser.
« 5/^?ie Roland, ministre de tintérieur. »
Je fis le bond d'un lièvre atteint de plomb dans b cervelle , en voyant Y assemblée nationale envoyer l'ordre affreux d'empêcher /a Hogue ds partir. Puis, me remettant tout à coup , je dis avec un rire amer : Eh ! ]}aj'bleu ! j'oubliais que nos amis sont revenus en place'. Ce n'est point l'assemblée , ce sont eux. En voilà le premier effet. Plus de fusils pour NOTRE France!
Maintenant, mes lecteurs, rafraîchissez- vous bien le sang , en démêlant avec le pauvre diable le mot de cette nouvelle énigme! Comment se peut-il, me disais-je, que Yassemblée nationale, à qui l'on soustrait jj«r prudence la discussion publique de ce qui touche cette affaire , pour ne pas augmenter la malveillance des Hollandais, s'ils apprenaient l'intérêt qu'elle y prend ; comment cette assemblée a-t-elle pu ordonner au ministre de l'intérieur {comme il l'écrit à la municipalité du Havre) d^ interdire à M. de la Hogue d'aller exécuter sa mission en Hollande ? Tout cela n'est qu'une perfidie !
Heureusement pour ma recherche, qu'ayant reçu de M. Christinat une réponse très-polie à mes deux lettres du 19, je m'avisai de la relire! J'y surpris avec joie le mot que je cherchais (car lorsqu'on s'acharne à trouver le mot d'une énigme , fut-ce un malheur qu'il nous apprend , on éprouve un certain plaisir à le dérober à l'auteur) ; j'y vis , lecteurs , ce que vous allez voir aussi.
Paris , le 22 août 1792.
« Il m'a été impossible , monsieur , de pouvoir répondre hier à vos deux billets que m'a remis le courrier. Votre second m'informait que vous saviez la réponse qui m'avait été faite au premier. {Cette réponse était l'ordre de C assemblée d'aller en conférer avec les comités.) Chargé par le comité de surveillance et la commission des douze de me retirer vers M. Roland pour avoir une réponse positive de lui A la lettre de la municipalité du Havre , écrite à M. le président de rassemblée. . . »
Vous l'entendez, lecteurs : l'assemblée n'envoie
MEMOIRES
pas M. Christlnat au pouvoir exécutif provisoire , pour lui (iouner de sa part l'ordre d'écrire au Havre qu'on arrête M. la Hogue en France. Elle envoie M. r//ri.s/«na/ aux comités, pour délibérer là-dessus discrètement comme je le désirais : lesquels comités ne font pas autre chose que d'envoyer IM. Christinat à M. Roland, pour avoir de lui une i-éponseTtES ministres , non à aucune demande de l'assemblée nationale, mais à la lettre de la municipalité du Havre; ce qui devient bien différent, V assemblée et les comités s'en rapportant à ces ministres : car IM. Roland n'est ici (comme je l'ai toujours vu depuis) que la plume passive de MM. Clavière et Lebrun , seuls ministres que cela regardait. Or que font ces messieurs, qui, de retour en place depuis très-peu de jours, n'étaient instruits que par M. Lebrun, ci-devant premier commis, de ce qui s'est passé là-dessus pendant leur éclipse solaire? Dans leur réponse à la municipalité ils se disent /orces, PAR vs ORDRE DE l'assemblée , d'empècher d'aller en Hollande le seul homme quelle avait grand intérêt d'y envoyer , et l'homme désigné par les comités réunis !. . . Avec ce tour de passe-passe , ils cassent encore une fois le cou à l'arrivée de nos fusils ! et Constantini\es aura.
La lettre de M. CArw^ma^ se termine fort simplement :
« Ayant reçu les paquets , dit-il {les paquets de M. Roland), il ne dépendait pas de moi de retarder le courrier. {Les paquets étaient donc fermés.) En les lui remettant vers les huit heures , je l'ai engagé à prendre une voiture , et de courir vous demander les vôtres. Je ne doute pas qu'il ne l'ait fait , et que vous n'ayez pressé son départ. Recevez l'assurance du dévouement sincère, etc.
« Signé , J.-J. Christinat. >■
La phrase de l'obligeant ]M. Christinat: Je ne doute pas que vous n'ayez pressé le départ du courrier, achèverait la preuve , si j'en avais besoin, qu'il était persuadé que le courrier portait au Havre taie nouvelle qui m'était agréable. Donc lui , qui fut le seul intermédiaire de l'assemblée aux comités , des deux comités aux ministres, et des ministres au courrier , ne savait pas que ces derniei-s empêchassent mon ami de suivre sa mission! A plus forte raison rassemblée 7iationaJe Vi^norait-eUe, elle que ces ministres accusent d'en avoir do.nné l'ordre FUNESTE à Fintérêt public!
Citoyens , c'est par cette méthode que la part qu'ils ont eue aux horreurs qui vont suivre sera prouvée pour vous comme pour moi.
Ainsi M. Constantini me demandait avec menace cent trente mille livres (ou soixante mille florins) pour faire arriver mes fusils , comme étant le seul homme qui eut le grand moyen de les arracher de
Tervère. Et les nouveaux ministres, en arrêtant /a Hogue en France et refusant le cautionnement , favorisaient le plan du sieur Constantini : ils me mettaient au désespoir , pour me mieux disposer à faire ce qu'on voulait! Mais ce que je devinais là, il/allait en avoir la preuve avant de pouvoir en parler. .Te l'ai obtenue en Hollande.
.Te fis un grand mémoire pour rassemblée nationale , à qui je demandai des juges ; et l'on était à le copier, lorsqu'on vint m' arrêter le 23 aoiit, à cinq heures du matin , avecun grand scandale , et mettre le scellé chez moi! L'on me traîna dans la mairie, où je restai debout dans un couloir obscur, depuis sept heures du matin jusqu'à quatre heures après midi , sans que personne m'y parlât . sinon les gens qui m'avaient arrêté. Ils vinrent me dire à huit heures : Restez là, nous nous en allons ; voilà un bon reçu que l'on nous a donné de vous.
Fort bien, me dis-je, me voilà comme le piedfourche sur la place : les conducteurs ont leur reçu , ils partent; et moi j'attends, bien garrotté, le boucher qui m'achètera !
Après neuf heures d'attente sur mes jambes , on vint me prendre, et me conduire dans un bureau nommé de surveUlance , présidé par M. Panis , qui se mit à m'interroger. Étonné qu'on n'écrivît rien, j'en fis la remarque; il me dit que ceci iictait que sommaire, et qu'ony mettrait plus deformesquand mes scellés seraient levés. Ce que j'y sus de phis certain , c'est qu'il y avait sur moi des clameurs au Palais-Royal , sur ta traîtrise avec laquelle je refusais d'amener en France soixante mille fusils que l'on m'avait payés d'avance ; et que f avais des dénonciateurs. —Nommez-les, monsieur, je vous prie ; sinon moi , je les nommerai. — Mais, dit-il, un M. Colmar , membre de la municipalité; un M. Larcher , et tant d'autres. Larcher ? lui dis-je ; ah ! n'allez pas plus loin! Envoyez seulement chercher un portefeuille que j'ai fait mettre à part , sous un scellé particulier : vous y verrez la noire intrigue de ce Larcher, et d'un Constantini , a\ec tant d'autres , ainsi que vous le dites , mais qu'il n'est pas temps de nommer.
— On lèvera den)ain vos scellés; nous verrons, dit M. Panis; en attendant, allez coucher à F. abbaye. J'y fus , et je fus en chambrée avec les malheureux.. . qui bientôt furent égorgés !
Le lendemain 24, après midi, deux officiers municipaux vinrent me prendre à l'Abbaye pour assister à la levée de mes scellés et description de mes papiers. L'opération dura toute la nuit jusqu'au lendemain 25 , à neuf heures du matin : puis l'on me conduisit « la mairie, où mon couloir obscur me reçut une seconde fois, jusqu'à trois heures après midi , qu'on me fit entrer de nouveau dans le bureau de surveillance présidé par 'S\ . l\inis.
5M MÉMOIRES
Onnou5 a, dit-il .reudn compte do l'examen de vos papiers. 11 n'y a là-dessus que des éloges à vous donner : mais vous avez parlé (riin portefeuille sur V affaire de ces fusils que vo7is êtes accusé de retenir méchamment en Hollande , et ce portefeuille-là, res deux messieurs l'ont déjà vu ; ils nous ont même dit que nou-^ en serions étonnés ( c'étaient les deux municipaux qui avaient levé les scellés). — iNIousieur,jebrûIedevous l'ouvrir; et levoici. Je prends, l'une après l'autre , toutes les pièces qu'on vient de lire. Je n'étais pas à la moitié , que M. Panis s'écria : Messieurs , c'est pur! c'est pur l'as vous semble-t-il pas ainsi? Tout le bureau s'écria : C'est pur! Allons, monsieur, c'est bien assez : il y a quelque borreur là-dessous. Il faut donner à M. Beaumarchais une attestation honorable de son civisme et de sa pureté, et lui faire des excuses des chagrins qu'on lui a causés , dont la faute est au temps qui court. Un M. Berchéres , iie.créXah-e , dont les regards bienveillants me consolaient et me toucliaient , écrivait cette attestation, lorsqu'un petit homme aux cheveux noirs, au nez busqué, à la mine effroyable, vint, parla bas au président... Vous le dirai-je , ô mes lecteurs! c'était /c grand, te Juste, en un mot , le clé-
M€ntMXTi..S.T.
Il sort. M. Panis, eu se frottant la tête avec quelque embarras, me dit : J'en suis bien désolé , monsieur , mais je ne puis vous mettre en liberté. 11 y a une nouvelle dénonciation contre vous. — Dites-lamoi , monsieur , je l'éclaircirai à l'instant. — Je ne le puis; il ne faudrait qu'un mot, un seul geste de vous à quelques-uns de vos amis qui vous attendent là dehors , pour déti-uire l'effet de la recherche qu'on \a faire. — Monsieur le président , qu'on renvoie mes amis : je me constitue prisonnier dans votre bureau jusqu'à la recherche finie : peut-être donnerai-je les moyens de la raccourcir. Dites-moi de quoi il s'agit.
Il prit l'avis de ces messieurs, et, après avoir exigé ma parole d'honneur que je resterais au bureau^ et n'y parlerais à personne , jusqu'à ce qu'ils revinssent tous, il me dit : Vous avez envoyé cinq vifdles de papiers suspects chez une présidente , rue Sainl-T.ouis, au Marais, n» 15; l'ordre est donné de les aller chercher. — Messieurs, leurdis-je, écoutez ma réponse.
Je donne aux pauvres avec plaisir tout ce qu'on trouvera dans les cinq malles que l'on indique, et ma tête répond de ce qu'on y verra de suspect , ou plutôt recevez ma déclaration qu'il n'y a aucune malle à moi dans la maison que vous citez. Seulement un ballot existe dans la maison d'un de mes amis, rue des Trois-Pa\ liions : ce sont des titres de propriétés, que j'avais fait sauver sur l'avis d'un pillage qui devait se faire chez moi la nuit du 9 au !0 août, et dont j'ai donné connaissance par une
lettre à M. Péth'mn. Pondant qu'on diercheles cinq malles, faites chercher aussi mou ballot, sur cet ordre que je donne au domestique de mon ami de le livrer ; vous l'examinerez aussi : une autre malle de papiers et de vieux registres m'a été volée le jour même que ce ballot sortit de ma maison; faites-la tambouriner, messieurs .je nesaurais aller plus loin.
Tout cela fut exécuté. V attestât ion me fut donnée et signée dé tous ces messieurs , saufl'exa)nen des malles et du ballot.
Ces messieurs s'en furent dîner, pour revenir à l'arrivée des malles ; et moi je restai prisonnier dans le l)ureau , avec un seul conunis à qui la garde était confiée.
Comme ils allaient sortir, un homme très-échauJTé, portant écharpe, entra, et dit qu'/7 avait dans sa main des preuves de ma trahison, de l'affreux dessein où j'étais de livrer soixante mille fusils, qu'on m'avait bien payés, aux ennemis delà patrie.
Il était comme un forcené sur ce qu'on nie donnait une attestation du contraire. C'était M. Calmar , l'affilié de mes Autrichiens, de plus mon dénonciateur. — Vous voyez bien , messieurs , leur dis-je froidement, que monsieur ne sait pas un mot de l'affaire dont il vous parle. Il est l'écho de Larcher et de Constantini. 11 m'injuria, vmû\&:xulque mon cou y passerait. Je le veux bien, lui dis-je, pourvu que vous ne soyez pas mon juge !
Ils sortirent. Je restai là, réfléchissant Lien tristement sur la bizarrerie de mon sort. Mon ballot arriva , mais nulle nouvelle des cinq malles ! Que vous dirai-je enfin , Français qui me lisez! Je restai Ui trente-deux heures , et sans que personne y revint. Le garçon de bureau , en allant se coucher , me dit qvL il ne pouvait me laisser seul dans le bureau fa nuit. Il me remit debout dans mon obscur couloir : sans la pitié d'un domestique qui me jeta un matelas par terre. J'y serais mort de fatigue etd'liorreur.
Au bout de trente-deux heures, pei\sonne n'étant revenu, des officiers municipaux, touchés de compassion, s'assemblèrent et me dirent: ÎM. Panis ne 1-cvient point , peut-être est-il incommodé. En visitant les malles chez cette présidente, où l'on en a trouvé huit ou neuf, on a vu que c'étaient les guenilles de religieuses à qui elle a donné retraite. Nous savons que vous êtes innocent de toutes les choses qu'on vous impute. Eu attendant que le bureau revienne , nous allons , par pitié , vous envoyer coucher chez vous. Demain matin on \isitera votre ballot, et vous aurez une attestation bien complète.
Et moi je dis à mon domestique , qui pleurait : Va me faire apprêter un bain ; il y a cinq nuits que je ne repose point. 11 court. On me renvoie, mais avec deux gendarmes qui devaient me garder la nuit.
MEMOIRES
ôf>ô
T-r lemleiiiaiu , j^ renvoyai l'un d'eux savoir si le hiueau venait enfin de s'assembler /w;//- me donner C attestation promise. Il revint avec d'autres gardes, €t l'ordre rigoureux de me conduire à l\lbbaije , au secret, avec défense expresse de m'y laisser parler à personne du dehors, sans uîn obdre par ÉCRIT DE LA MUNICIPALITÉ. J'eus dc la peine à retenir le désespoir de tout mou monde. Je les consolai de mon mieux : et je fus conduit en prison, où je me retrouvai avec !\ni. d\/J)'n/, Tlderrij, les Mont- ?norin, Sombreuil et sa vertueuse Jille, qui s'était enfermée avec sou père dans ce cloaque , et qui , dit-on , lui a sauvé la vie ; l'abbé de Boisgelin, 1\1M. Lally- Tolendal, Lenoir, trésorier des aumônes , vieillard de(iuatre-viniit-deux ans; IM. Cibé , notaire; enfin, cent (juatre-vingt douze personnes encaquées dans dix-huit petites chambres!
Une heure après mon arrivée, ou vint me dire que l'on me demandait avec un ordre écrit de la municipalité. Je me rendis chez le concierge , oîi je trouvai... devinez qui, lecteur! M. Larcher , l'associé de Constant ini, et celui de tant d'autres, que je ne nomme pas encore. 11 venait me renouveler les douces propositions qu'il m'avait déjà faites chez moi , et même de leur vendre tous mes fusils de Hollande à sept florins huit sous la pièce; ce n'était qu'un florin de moins de ce que t État les payait; et je prendrais en payement les huit cent mille francs que je venais, dit-il, de toucher a LA trésorerie, a cette condition, je sortirais de l'Abbaye, et j'aurais mon attestation. Je prie mon lecteur , qui me suit depuis que je fais ce mémoire , de se former l'idée de ma figure , car je ne puis la lui déi^eindre. A près un moment de silence, je dis froidement à cet hoiume : « Je ne fais point « d'affaires en prison; allez-vous-en dire cela aux mi- " nistres qui vous envoient, et qui savent aussi bien « que moi que je n'ai pas touché un sou des huit « cent mille francs dont vous parlez : sottise qu'on << n'a répandue que pour me faire piller chez moi la » triste nuit du 10 août! »
fous navezjms touché, dit-il en se levant, huit cent mille francs depuis quinze jours? — Non , dis-je en lui tournant le dos. Il prit la porte et court encore. Je ne l'ai pas revu depuis.
Quand ces messieurs , disais-je à son départ , viennent m'en offrir sept florins , c'est pour les revendre sans doute à l'État onze ou douze, car ils ont tout pouvoir. J'entends maintenant leur affaire ; tnais ils m' égorgeront avant de l'accomplir, ajoutai-je les dents serrées.
Revenu dans la chambre avec les autres prisonniers , je leur contai à tous ce qui venait de m'arriver , et je vis que moi seul en étais étonné.
[/un de ces messieurs nous disait : liCS ennemis nul pris Longwy. S'ils peuvent entrer dans / erdun,
la terreur gagnera le peuple, et l'onei! piofiltra pour nous faire égorger ici. —Je n'y vois que trop d'apparence, lui répondis-je en gémissant.
Le lendemain^ on me fit passer en prison le billet que je vais copier.
billet.
« Colmar, officier municipal, et celui qui a dit en votre présence avoir des preuves contre vous , est cause du nouvel ordre ( celui qui m'avait remis au secret ). Le comité n'a pas voulu prendre sur lui de le décerner; il a exigé une réquisidonécrite du sieur Colmar. Je l'ai vue. Elle est sans désignation dr motifs. On nous promet de s'occuper de vous sans délai, f'otre portefeuille est scellé comme vous l'avez désiré. Écrivez avec force «« comité , que je ne quitte pas. »
Ce billet de mon neveu me fut remis par le concierge, à l'honneur duquel je dois dire quil adoucissait de son mieux le sort de tous les prisonniers.
.Te demande à mes compagnons d'infortune la liberté d'écrire , dans un coin et sur mes genoux , un fort mémoire au comité de surveillance de la mairie. M. Thierry me prêta du papier; IM. d'Affry , son portefeuille pour me tenir lieu de bureau. Le jeune Montmorin , assis par terre , le soutenait pendant que j'écrivais. M. de Tolendal disputait avec l'abbé de Boisgelin; M. Gibé me regardait écrive ; IM. Lenoir, à genoux, priait avec ferveur; et moi j'écrivais ma requête, plusflère, hélas ! peut-être que ce temps ne le comportait. Je ne fais cette réflexion qu'eu faveur de l.ecointre , qui vous a dit , (J citoyens , que j'écrivais avecbassesse sur cette épouvantable affairel La voici, ma bassesse à ceux qui me tenaient le couteau sur le sein :
.'/ messieurs du comité de surveillance de la mairie.
« Ce 28aoiil 1792
« Messieurs,
« Si je rassemble au fond de ma prison le [)cu de mots que j'ai pu recueillir sur l'objet trop public de mon étrange arrestation, je juge qu'un ardent désir de voir entrer en France les soixante mille fusils achetés par moi en Hollande, et cédés au gouvernement , vous fait ajouter foi aux viles accusations de quelques calomniateurs , aussi lâches que mal instruits du très-grand intérêt que j'ai à vous procurer ces secours.
« INIais laissant là mes intérêts comme négociant et comme patriote, et d'après leurs imputations , permettez-moi, messieurs, de vous faire observer de uouveau que la conduite qu'on tient envers moi est diamétralement opposée , quelle nuit en fous sens au bien que vous prétendez faire. Ce qu'il y a de plus
dCG
MÉMOIRES
pressé n'est-il pas d'éclaircir les faits , de poser des bases solides qui puissent régler votre conduiee et vous faire juger la mienne ?
« Au lieu de cela , messieurs , depuis cinq jours je traîne alternativement du corridor obscur de la mairie à la prison infecte de l'Jbbaije , sans que l'on m'ait encore interrogé sévèrement sur des faits d'une telle importance, quoique je n'aie cessé de vous le demander , quoique j'aie apporté et laissé dans votre bureau le portefeuille qui contient ma justilication entière, fait ma gloire de citoyen, et peut seul vous montrer le succès après les travaux.
o Cependant ma maison , mes papiers , ont été visités , et la plus sévère recherche n'a fourni à vos commissaires que des attestations honorables pour moi ! Mes scellés ont été levés : moi seul je suis sous le scellé d'une prison incommode et malsaine , par l'affluence trop excessive des prisonniers qu'on y envoie.
« Forcé, messieurs, de rendre à la nation le compte le plus rigoureux de ma conduite en cette affaire , qui ne devient fâcheuse que par les torts d'autrui, j'ai l'honneur de vous prévenir que si vous refusez la justice de ni'entendre en mes défenses et mes moyens d'agir, je me verrai forcé , à mon trèsgrand regret, d'adresser un mémoire public à l'assemblée nationale, oit, détaillant les faits, tous appuyés de pièces inexpugnables et victorieuses , je ne serai que trop bien justifié; mais la publicité même de mes défenses sera le coup de mort pour le succès de cette immense affaire. Kt m'emprisonner au secret ne pourra garantir personne de mes réclamations pressantes, puisque mon mémoire est déjà dans les mains de quelques amis.
« Conjment , messieurs , nous manquons d'armes ! Soixante mille fusils seraient depuis longtemps en France, si chacun etit fait son devoir. IMoi seul je l'ai fait vainement ; et vous ne Imtez pas l'instant de connaître les vrais coupables ! Je vous ai répété , messieurs , que j'offrais ma tête en otage des soins que je me .suis donnés , des sacrifices que j'ai faits pour amener ces grands secours : je vous ai dit que je mettais f horrible malveillance au j)is ; et parce que j'ai demandé le nom de mes vils délateurs, et le bonheur de les confondre, au lieu de continuer mon interrogatoire à peine commencé, vous m'avez fait rester trente-deux heures complètes, sans voir revenir au bureau ceux qui devaient m'interroger! Kt, sans la douce compassion qui a pris quelque soin de moi , j'aurais passé deux jours et une nuit sans savoir oit poser ma tête ! Et l'affaire des fusils est là sans aucun éclaircissement ! et le seul homme qui puisse vous éclairer, vous renvoyez, messieurs, au secret dans une prison , quand l'ennemi est à vos portes! Que feraient de plus , pour nous nuire ,
nos implacables ennemis ? un comité prussien ou autrichien?
« Pardonnez la juste douleur d'un homme qui attribue ces torts plutôt à de grands embarras qu'à la mauvaise volonté. Mais c'est qu'on ne fait rien sans ordre, et que pendant ces cinq malheureux jours fai été effrayé du désordre qui règne dans l'administration de cette ville.
« Signé Gabon Beaumarchais. »
Le lendemain 29 aoiit, sur les cinq heures du soir, nous philosophions tristement. M. d'Affry , ce vieillard vénérable, était sorti, la veille, de l'Abbaye. Un guichetier vient m'appeler: Monsieur Beaumarchais, on vous demande! — Qm me demande , mon ami.' — M. Manuel , avec quelques municipaux. Il s'en va. Nous nous regardons. M. Thierry me dit : N'est-il pas de vos ennemis ? Hélas ! leur dis-je , nous ne nous sommes jamais vus : il est bien triste de commencer ainsi; cela est d'un terrible augure ! Mon instant est-il arrivé f Chacun baisse les yeux , se tait ; je passe chez le concierge, et je dis en entrant :
Qui de vous tous , messieurs , se nomme M. Manuel? — C'est moi , me dit un d'eux en s'avauçant. — Monsieur , lui dis-je , nous avons eu , sans nous connaître , un démêlé public sur mes contributions. Non-seulement, n)onsieur, je les payais exactement, mais même celles de beaucoup d'autres qui n'en avaient pas le moyen. Il faut que mon affaire soit devenue bien grave pour que le procureur syndic de la commune de Paris , laissant les affaires publiques, vienne ici s'occuper de moi .''
—Monsieur, dit-il, loin de les laisser là, c'est pour m'en occuper que je suis dans ce lieu; et le premier devoir d'un officier public n'est-il pas de venir arracher de prison un innocent qu'on persécute'? Votre dénonciateur, Colmar, est reconnu un gueux; sa section lui a arraché l'écharpe, dont il est indigne : il est chassé de la commune, et je crois même en prison. On vous donne le droit de le suivre en toute justice. C'est pour vous faire oublier notre débat public, que j'ai demandé à la commune de m' absenter une heure pour venir vous ti)'er d'ici. Sortez A l'instant de ce lieu !
Je lui jetai mes bras au corps, sans pouvoir lui dire un seul mot : mes yeux seuls lui peignaient mon àme; je crois qu'ils étaient énergiques , s'ils lui peignaient tout ce que je pensais ! Je suis d'acier contre les injustices; et mon cœur s'amollit , mes yeux fondent en eau sur le moindre trait de bonté. .Te n'oublierai jamais cet homme, ni ce moment-là. Je sortis.
Deux officiers municipaux ( les deux qui avaient levé mes scellés) m'emmenèrent dans un fiacre , devinez où? Lecteur!... Non : il faut voua le dire;
MÉMOIRES
vous le chercheriez vainement!... Chez M. Lebrun, inniistre des affaires étrangères , qui sortit de son cabinet et me vit...
Arrêtons-nous encore une fois. Ma cinquième et dernière partie ne laissera rien , citoyens , à désirer sur ma justification promise, et, j'ose espérer, attendue.