QUATRIÈME ÉPOQUE
Malgré Tangoisse que j'éprouve, il faut poursuivre mon récit. O Lecointre , si vous n'êtes pas mi instrument banal de toutes les vengeances secrètes ; ô convention nationale , qui m'avez jugé sans m'entendre, mais sur l'équité de laquelle repose encore tout mon espoir; ô Français, a qui je m'adresse, écoutez un bon citoyen qui dévoile une vérité que l'intérêt national , contre son intérêt , le forçait seul de retenir !
Vous le devez. Souvenez-vous de ce dilemme sans réplique , inséré dans ma pétitioii : Si je ne prouve pas à votre gré que les traîtres à la patrie sont ceux qui me font accuser, 7e vous fais jjrésent desjusils! Si ma preuve vous paraît bonne , je m'en rapporte à vous sur la justice qui m'est due.
Dévorez donc , ô citoyens , l'ennui de cette discussion ! Ce n'est point pour vous amuser que j'écris , c'est pour vous convaincre ; et vous y avez , j'ose dire, un plus grand intérêt que moi. Irréprochable en ma conduite, je puis perdre sur ces fusils; mais vous , quand vous y renoncez , vous faites à la fois une grande perte et une plus grande injustice.
Écoutez-moi aussi , vous qui applaudissiez quand on lança sur moi ce faux décret d'accusation ; comme si l'on eût annoncé un triomphe pour la patrie , connue si un motif secret eût fait saisir à tout le monde un prétexte pour m'écraser !
O mes concitoyens, cette cause, entre nous, se divise en deux parts. Je dois prouver que j'ai raison, mais je ne puis aller plus loin. Vous qu'un faux exposé trompa , vous devez revenir sur vous , et mv. faire bonne justice; caria France et l'Europe, ayant le procès sous les yeux , pèseront à leur tour dans leur balance redoutable l'accusateur , l'accusé et les juges.
Aucune des pièces que je vous ai fait lire ne saurait être récusable ; toutes sont authentiques, comme actes notariés , r-equêles judiciaires et pièces de corresjiondance , dont les originaux sont dans les
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bureaux des ministres. C'est l'ouvrage de chaque jour, chaque jour ameuait sa peiue; et plus je vais monter eu faits, plus j'espère vous attacher à ce grand iutcrèt qui touclie à la chose puhhque. Prêtezmoi donc votre attention.
Le lendemain de ce contrat tant de fois brusquesnent changé, contrat qui m'otait tout et ne me donnait rien , mon notaire me dit : « Vous êtes abusé; cette addition après les signatures, qui vous soumet à des délais pour toucher votre propre argent , qu'on peut prolonger tant qu'on veut , ni le traité qui la précède, ne disent pas un mot du sacriQce que l'on vous a fait faire du dépôt de vos Jonds chez moi, réglé par les trois comités; dépôt qu'on a eu l'art de retrancher de l'acte ,' sans qu'il reste la moindre trace d'un dévouement aussi parfait. » — Je ne puis croire , lui dis-je, que l'on ait eu cette intention cruelle.
<i Je ne vois pas non plus dans ce traité, dit-il, sur quel motif vous aurez droit de solliciter d'autres fonds s'ils vous devenaient nécessaires , ni même de toucher vos deux cent mille florins, sides ministres malveillants prenaient la place de ceux-ci. Je vois que l'on vous a mené , de circonstance en circonstance, à signer un acte onéreux ; plus onéreux qu'on n'ose dire , puisqu'on n'y met pas pour motifs les sacrifices qui l'ont dénaturé. »
Je revins chez moi , confondu de la faute que j'avais faite. Je me suis vu trois fois , dis-je , pris sur le temps par les changements successifs du premier commis rapporteur. Mais les ministres ont été si honnêtes! Refuseront- ils de reconnaître que je fus patriote et désintéressé , en sacrifiant mes sûretés aux besoins du département? oublieront-ils qu'/Zs m' ont promis de ni en faire un très-grand Jwnneur auprès des comités de l'assemblée nationale?
Je vais leur écrire à l'instant. Leur conduite me montrera s'ils sont entrés pour quelque chose dans les atteintes qu'on me porte , s'ils ont cru servir le parti qu'on nomme autrichien et nuire à l'arrivée des armes , en faisant retenir mes fonds , sans lesquels je ne puis marcher, et sans qu'il me reste une preuve du mérite que j'eus de leur laisser mes capitaux , à la prière qu'ils m'en firent! Mon cœur était serré dans un étau. Je pris la plume , et j'écrivis la lettre timide qui suit.
A messieurs Lajardel Chambonas, ministres delà guerre et des c.J'J'aires étrangères.
« 20 juillet 1792.
« Messieurs, n Le traité qui vient d'être passé entre vous et nioi , sur les soixante mille fusils retenus si injustement en Hollande, l'ows a rfo«?u?f?e?ioMyÉ'//esp?-e?«'e6* de l'abnégation continuelle que je fais de mes intérêts pour le service de la patrie.
« Vous avez insisté , messieurs , sur ce que je fisse aux besoins actuels du département de la guerre le sacrifice du dépôt convenu entre nous, chez mon notaire, de toute la somme qui m'est due , en vertu de ce même traité, jusqu'à son entier payement.
« Messieurs , des armes achetées et payées par moi, au comptant, depuis quatre grands mois; les frais extraordinaires occasionnés par l'odieuse retenue que les Hollandais fontdes armes; les emprunts à titre onéreux que l'absence de mes capitaux m'a forcé de conclure pour alimenter mes affaires , me rendaient la sûreté de la rentrée de mes fonds absolument indispensable. La préférence à très-bas prix et à crédit que mon patriotisme donne à la France, sur les offres au comptant d'un prix presque double du vôtre , que nos ennemis n'ont cessé de me faire , et dont vous avez toutes preuves , me donnait, je pense, le droit d'exiger le dépôt arrêté entre nous de l'argent qui me reste dû, d'après le traité d'avant-hier , ainsi que M. de Graves crut devoir exiger de moi celuide mes contrats viagers, lorsqu'il me fit une première avance : mais vous avez désiré, messieurs, que j'en fisse le sacrifice, en me promettant tous les deux que le département de la guerre viendrait à mon secours , si , avant l'époque du dernier payement arrêté, j'avais besoin de nouveaux fonds pour le soutien de mts affaires; et je l'ai fait.
« En relisant froidement le traité , je n'y trouve aucune trace de mon désistement du dépôt , ni de vos promesses à soi sujet. Comment les prouverai-je aux ministres qui peuvent un jour vous succéder , messieurs , si je n'ai pas de vous un titre qui, rappelant mon sacrifice , me recommande à leur justice? Je vous prie donc, messieurs, de vouloir bien régler et fixer entre vous, et même avec le chef du bureau de l'artillerie, qui a servi de rapporteur en cetteaffaire, et aîi.x observations duquel, sur les besoins actuels du département de la guerre, est dû mon désistement du dépôt convenu; voulezvous bien, dis-je, régler sous quelle forme il convient de me donner un titre qui me fasse obtenir , dans un cas de besoin , les secours pécuniaires que vous m'avez promis ?
« Je profite de cette occasion , messieurs , pour vous rendre de nouvelles grâces , ainsi qu'à tous les honorables membres des trois comités, Diplomatique , militaire et des douze réunis , du témoignage Irès-flatteur que vous avez tous daigné rendre à mon civisme désintéressé , lequel pourtant n'est , selon moi , qu'un devoir justement rempli; comme vous le feriez vous-mêmes, si vous vous trouviez à mon poste.
« Agréez, je vous prie, messieurs, le dévouenienl respectueux d'un bon citoyen.
< .Signé Carois de Reau.\urcu us.»
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J'avoue que je restai dans une anxiété fâcheuse jusqu'au moment où leur réponse me parvint.
La voici telle que je la reçus le lendemain vers le midi :
A monsieur de Beaumarchais.
» Paris, le -20 juillet 1792.
« Pour vous ôter, monsieur, toute inquiétude relativement au changement que nous avons demandé au nouveau traité des armes, en exigeant de vous que le dépôt du capital des fusils en florins courants de Hollande, qui devinait être fait par le gouvernement chez votre notaire (comme vous avez fait celui de vos sept cent cinquante mille livres de contrats viagers, lors de l'avance de cinq cent mille francs, chez le notaire du département de la guerre), n'eût pas lieu, et que l'argent restât de confiance dans les mains du gouvernement, nous vous répétons avec plaisir, monsieur, que l'opinion unanime des comités et des ministres ayant été que le pair iotismeet le grand désintéressement dont vous avez fait preuve , en refusant des ennemis de l'État de douze à treize florins comptant des fusils que vous nous cédez à terme sur le pied de huit florins huit sous, et la modique indemnité à laquelle vous vous restreignez pourtant de sacrifices , mérite les plus graîids éloges, et qu'on vous traite fort honorablement sur cette affaire. Nous vous assurons de nouveau , monsieur , qu'après que l'état de la quantité des armes dont vous vous expropriez , reçues, vérifiées, ficelées et cachetées par M. de Maulde , nous sera parvenu, signé de ce ministre plénipotentiaire, ainsi que le compte de vos frais , au remboursement desquels le traité oblige envers vous le département de la guerre; si vous avez besoin de nouveaux fonds pour V arrangement de vos affaires, sur le reliquat qui vous sera dû , le département de la guerre ne refusera pas de vous les faire compter , ainsi que nous en sommes convenus, pour vous tenir lieu du dépôt, chez votre notaire , dont vous vous désistez.
« Recevez-en noire assurance, monsieur.
« Signé le ministre de la guerre, A. Lajabd.
« Le ministre des affaires étrangères ,
« ScipiON Chambonas.»
En lisant cette lettre, je me disais : Ils ont senti mon affliction, et n'ont pas cru devoir m'y laisser un moment de plus. Grâces leur soient rendues! Alors sortit de ma poitrine un soupir de soulagement. Je n'ai pas tout perdu, me dis-je; si d'autres embarras arrêtaient encore cette affaire , au moins serai-je justifié parles grands efforts que j'ai faits : les éloges que f en i^eçois seront ma douce récompense. IMaisje dois, dans mon cœur, des excuses à tout le monde : on m'a fait soupçonner tout le conseil de malveillance ; j'ai soupçonné les deux minis-
tres de vouloir nuire à l'arrivée des armes, pour servir un parti contraire : et tout cela n'existe point ! Heureusement que je ne suis coupable que dans le secret de mon cœur ; je n'ai nul tort public à réparer : il suffit que je m'en repente , et que j'aille demain remercier les ministres.
La prudence humaine est bien fausse ! Loin que tout le conseil ni ces ministres m'eussent nui , ah ! c'est le seul moment oiî cette affaire intéressante a été vraiment protégée. Je me méfierai désormais de tous les bruits que l'on répand. Arrêter ces fusils est une trop grande félonie , pour accuser légèrement d'un tel crime envers la nation! Ceci n'est , je le vois , qu'une vengeance des bureaux, affaire de cupidité; une grande leçon qu'ils me donnent de ne jamais tenter de bien qui trouble leurs arrangements, et qui nuise à la marche ordinaire du pillage.
J'allai dîner à la campagne ; une indisposition m'y retint. Deux jours après , on m'y vint dire que les ministres s'étaient retirés ; qu'un M. d'Abancourt avait la guerre, et M. Dubouchage les affaires étrangères. — Ah ciel! me dis-je, celui qui perd un seul instant peut en perdre un irréparable. Si j'eusse différé d'un jour, je n'obtenais aucune preuve des sacrifices que j'ai faits !
Ma position changeant avec les choses , au lieu d'envoyer des reproches au chef des bureaux d'artillerie, pour tous les changements qu'il avait exigés dans l'acte refait à trois fois , je crus devoir y substituer des remercîments sur les soins qu'il s'était donnés pour finir : le reste pouvait nuire, et n'était bon à rien. Puis, le 25 juillet, je lui adressai cette lettre :
A M. Fauckel.
« Ce 25 juillet i792.
« J'ai l'honneur, monsieur, de vous envoyer, de la campagne où je suis, l'un des quadruples du dernier traité que j'ai conclu avec les ministres de la guerre et des affaires étrangères {c'était Pexpédition pour les comités réunis. ) J'y joins celle de la lettre que j'ai eu l'honneur de leur écrire après la signature, et qui se rapporte aux nouvelles sommes qu'en cas de besoin dans mes affaires j'aurai droit d'obtenir, pour me tenir lieu du dépôt total chez mon notaire , dont vous savez que je me suis désisté, sur vos remai'ques iVDiciEXJSES. Mais mon notaire m'a fait observer que mon traité porte quittance de deux cent et tant de mille florins , comme reçus par moi ; et que j'ai consenti à ne les pas toucher que je n'eusse fait ordonner la rTiain-levée d'une absurde opposition, mise sur moi entre les mains du ministre de la guerre. Les deux ministres n'étant plus en fonctions , faites-moi, je vous prie, monsieur, le plaisir de me mander, en réponse, quelle-
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forme il faudra que j'euiploie envers uotre nouveau ministre /Jowr loucher ces deux cent mille florins. M. Lajard, comme vous savez, ne ni'ayant point expédié d'ordonnance pour ces sommes, il m'en faut peut-être une du nouveau ministre , qui atteste que je n'ai rien touché. Recevez les salutations de « Beaumabchais. »
Je sondais le terrain , car je voulais tenter d'accumuler mes preuves, IM. Vauchel me fit cette réponse honnête :
« Paris, le 27 juillet 1792.
« J'ai reçu , monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , à laquelle étaient jointes une expédition de votre nouveau traité, et une autre de votre lettre à M. Lajard, etc.
« Il est vrai que votre traité porte quittance de deux cent et tant de mille florins , comme reçus par vous: mais rien ne prouve mieux que ce payement n'a pas été effectué , que le consentement que vous avez mis au bas , que tout payement vous fût suspendu jusqu'à la main-levée de l'opposition.
« Quant à l'exécution de votre traité , elle ne me paraît pas devoir être douteuse , quoique les deux ministres qui l'ont signé ne soient plus en place. iS'éanmoins il convient que vous en donniez connaissance vous-même au nouveau ministre de la guerre, en le prévenant qu'une expédition en forme de votre transaction existe au bureau de l'artillerie , qui par conséquent sera en état de lui en rendre compte, et de l'informer qu'il ne pourra vous être expédié d'ordonnance de payements que quand vous produirez la main-levée {ici l'objecteur se montrait). Vous aurez encore , monsieur, une autre formalité à remplir avant de recevoir : ce sera de faire chez votre notaire une déclaration par laquelle vous affecterez vos biens présents et à venir pour sûreté et garantie de la somme que vous recevrez , par le prochain à-compte, au delà des sept cent cinquante mille livres de contrats que vous avez déposés, pour les cinq cent mille francs que vous avez déjà touchés.
« Le chef du quatrième bureau de la guerre , « Signé Vauchel. »
Il avait raison en ce point : car le cinquième article de mon dernier traité portait que je donnerais hypothèque sur mes biens pour l'argent que je recevrais, jusqu'à l'expropriation entre les mains de M. de Maulde ; laquelle , faisant la livraison , libérait alors tous mes biens.
Tel était l'état de l'affaire quand ces deux ministres quittèrent. Le cautionnement commercial \wstement exigé par le premier vendeur (puisqu'il l'avait donné lui même) , et que le ministère allait four-
nir, aux termes de l'article 8, une fois envoyé en Hollande, rien au monde n'arrêtait plus la livraison des armes à Tervère. Quelque chose qu'on fit sous main pour empêcher l'extradition, quand même on trouverait le moyen d'éluder toutes les conditions de l'acte, celle du cauiionnement remplie , je pourrais accomplir le reste avec des emprunts onéreux. Je devais donc tromper la malveillance , en me tenant à bien solliciter le cautionnement de cinquante mille florins, et patienter sur tout le reste ; car le besoin de ces fusils devenait chaque jour plus pressant pour nos volontaires sans armes.
Profitant de l'avis de la lettre de M. Vauchel, je fis deux détails de l'affaire : l'un destiné à M. d'Abancourt , l'autre pour M. Dubouchage : détails dont je fais grâce ici; ils sont dans toutes leurs archives. En voici le court résumé :
Que le cautionnement doit être fourni tout à Cheure , attendu qu'il importe que la réclamation des armes se fasse promptement par le ministre de France auprès des états de Hollande , aux termes de l'article 8 du traité du 18 juillet ;
Que l'instruction adressée à M. de Maulde soit très promptement expédiée et remise à M. de la Hogue , qui n'attend que ces pièces et son passeport pour partir; ayant à /)M«A-e;T/we , depuis le 24 juin, et aux frais du gouvernement, le bateau qui l'a amené , par lequel il doit reporter à M. de Maulde la réponse, attendue depuis plus d'un mois, des importantes dépêches dont il a été le courrier.
J'attends en vain. Point de réponse de M. d'Abancourt; point de réponse non plus de M. Dubouchage : mais leur ministère fut si court , qu'il n'y a point de reproche à leur faire. Je vis pendant ce temps, jusqu'à l'en impatienter, Bonne- Car rère, chargé du haut travail des affaires étrangères, pour avoir le cautionnement et le passe-port de la Hogue, si le désordre affreux où l'on vivait empêchait qu'on ne s'occupât des dépêches de M. de Maulde sur ]esfabricaieurs d'assig7iats faussaires, qu'il tenait en prison en Hollande, et qu'on voulait arracher de ses mains ; ce qui était un grand désastre.
Fatigué de ne voir que moi, Bonne-Carrère un matin quitta son cabinet pour descendre chez le ministre régler avec lui les sûretés que M. Durveij demandait pour fournir \% cautionnement , lorsque, tirant sa porte , un mal si violent , si subit , le saisit devant moi, qu'il fallut bien tout oublier pour voler à son secours , et ne plus s'occuper que de cet accident , qui le retint dix jours au lit , au grand retard du cautionnement désiré.
En revenant chez moi , je me disais : C'est une vraie malédiction ! Les liomines, les événements, la nature même, tout est cou Ire.
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Cependanl j'obtins , le 31 juillet , le passe-port de M. de la Hogue , avec uue courte lettre adressée a M. de Maulde; mais pas un vestige de cautionne- 7)ient. L'on fut même plus de quatre heures à chercher vainement les dépêches de M. de Maulde , tant le désordre était affreux ; à retrouver, dans le bureau du sieur Lebrun, les titres de six mille florins avancés en mon nom à cet ambassadeur, lorsqu'il lit arrêter les faussaires de Hollande, pour me faire rendre au moins cet argent-là , devenu nécessaire au départ de M. de la Hogue, tout le reste étant arrêté.
Si cet argent m'eût été dû au département de la guerre , je ne fais aucun doute que le sévère ^\. Fauchel n'eùi objecté, sur ma demande, Vopposition du sieur Provins !
J'avais dit à tout le monde que M. de la Hogue partait pour faire arriver les fusils. Le voyant rester à Paris , où il attendait avec moi cet éternel cautionnement, on commençait a murmurer que j'arrêtais M. de la Hogue, et ne voulais pas sûrement que ces armes nous vinssent pendant que l'ennemi pénétrait dans la France , et que de tous côtés nos soldats manquaient de fusils ! De fréquents avis m' arrivaient.
Je priai mon ami d'aller attendre, au Havre, que j'eusse vaincu les obstacles qu'un profond désordre mettait dans l'expédition des ministres, afin que, le croyant parti, les cris du peuple s'apaisassent. Il quitta tristement Paris , me suppliant de ne pas lâcher prise que je n'eusse le cautionnement, sans lequel il perdait ses pas.
Enfin, le 7 août, premier jour ou M. de Sainte- Croix se montre aux affaires étrangères , je lui écris la lettre suivante , qu'il faut bien joindre ici pour montrer la série de toutes mes démarches , pendant qu'on m''accusait d'incivisme et de trahison.
J M. de Sainte-Croix , ministre des affaires étrangères.
:< Paris, le 7 août 1792.
Monsieur,
« En vous adressant le mémorial instructif déjà remis à M. Dubouchage, sur l'état d'une affaire aussi pressée que celle des armes de Hollande , j'ai l'honneur de vous assurer que , depuis quatre mois et demi , la plus légère circonstance qui se rapporte à ces fusils m'a toujours coûté quinze jours de sollicitation , et au moins vingt courses perdues ; c'est une vraie malédiction. En voici le dernier exemple :
« Le 18 juillet , les deux ministres, de la guerre et des ajfaires étrangères , ,ont enfin signé l'acte par lequel ils obligent le gouvernement à fournir tout à Vheure un cautionnement de cinquante mille florins d'Allemagne à mon vendeur hollandais , qui s'y est engage lui-même envers feu l'eni
pereur Léopold, en assurance que ces fusils iraient en Amérique , et sans lequel on ne peut rien finir. Eh bien ! la misérable circonstance de savoir quelle sûreté on doit donner à M. Durvey , qui si charge du cautionnement , nous a coûté déjà dix-neuf jours de retard et trente courses inutiles, sans que M. de la Hogue, qui doit en être le porteur, ait pu quitter la France pour une affaire où les heures perdues coûtent si cher à la patrie , qui demande à grands cris des armes ! De plus , je suis menacé tous les jours d'être dénoncé sur le retard de ce départ ( seul moyen , prétend-on , de me faire dénoncer moi-même ceux qui en sont les vrais fauteurs). Ainsi , froissé entre les embarras ou l'oubli d'un côté , et la malveillance de l'autre, j'ai fait sortir M. de la Hogue de Paris , afin qu'au moins on ne l'y trouvât plus. 11 attend dans le port du Havre : et moi, je vous supplie, monsieur, de consacrer un seul quart d'heure à terminer la sxireté que M. Durvey vous demande. C'est par honneur que je vous importune, par amour seul de ma patrie, puisque l'affaire des fusils est devenue personnelle au gouvernement,
<> Pendant que tout prétexte est bon pour trouver les ministres en faute, ne fournissons pas des motifs aussi importants que ceux-ci à la brûlante malveillance.
<' Agissons , je vous en conjure. J'attends vos ordres avec une impatience qui fait bouillir mon sang connue celui de saint Janvier!
« Recevez les salutations respectueuses de
« BeAI)MARCHA1S. »
Du 7 au 16août/en'eMs réponse de personne : nul ministre n'avait écrit ; mais en revanche le peuple avait parlé. A la terrible journée du 10 août , les habitants du faubourg Saint-Antoine criaient dans les rues, en marchant : Comment veut-on que nous nous défendions ? nous n'avons que des piques , et pas un seul fusil! Des agitateurs leur disaient : C'est cet infâme Beaumarchais , cet ennemi de la patrie, qui eu retient soixante mille en Hollande, et ne veut pas les faire venir. D'autres , par écho , répondaient : Bah ! c'est bien pis ! il a ces armes dans ses caves , et c'est pour nous massacrer tous ! Et les femmes, en hurlant , criaient : // faut mettre le feu chez: lui.
Le samedi 1 1 août, on vient me dire le matin que des ennemis infernaux échauffaient la tête des femmes, sur le port Saint-Paul, contre moi ; et que , si cela continuait , il se pourrait bien faire que le peuple des ports vînt piller ma maison.
Je ne puis l'empêcher, leur dis-je ; et c'est ce que mes ennemis demandent. Mais qu'on en sorte au moins ce portefeuille qui contient toute ma justification : si je péris , on le retrouvera.
O citoyens français.! ce portefeuille renfermait les
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pièces que je viens troffrir à vos regards, et toutes celles qui vont suivre.
Qu'ai-je besoin de répéter sur cet événement ce qu'on a imprimé le mois d'août dernier ? J'avais fait à ma fille , pour son instruction, l'affreux détail de ce qui m'arriva : je le lui envoyai au Havre , où elle était avec sa mère ; on a gardé ma lettre onze jours à la poste : elle a été ouverte, en vertu de la loi qui regarde comme exécrable le premier qui les violera ; elle a été copiée, imprimée, elle court le monde : en vain voudrais-je la changer; elle existe, et l'on me dirait que j'ai voulu depuis la rendre meilleure qu'elle n'est.
Citoyens! je la jette m dans mes pièces justificatives'. Si d'autres vous ont ennuyés par leur fâcheuse sécheresse , celle-ci n'a pas ce défaut. Mon âme y était tout entière : c'est à ma fille que j'écrivais; ma fille, en ce moment si malheureuse à mon sujet! Cette lecture peut n'être pas inutile à l'histoire de la révolution.
Reprenons celle des fusils. M. de Sainte-Croix avait quitté le ministère , M. Lebrun avait sa place.
Au désespoir de l'inutilité de mes soins et de mes démarches, et voyant mes dangers s'accroître, j'écris à M. de la Hogue au Havre, de partir à l'instant pour te //«ye , sans le fatal cautionnement. On jugera de ma situation en lisant ma lettre à la Hogue.
« Paris, lé IG août 1792.
« J'ai attendu , mon cher la Hogue , jusqu'à ce jour pour vous engager de partir. Hélas ! tout mon patriotisme et mes efforts accumulés ne peuvent rien sur les événements ni sur les hommes ! Malgré mes immenses sacrifices, et les éloges que les trois comités réunis en ont faits devant vous , je ne suis aidé par personne ; et la malheureuse France , qui périt faute d'armes, n'a en honneur que moi qui veuille sincèrement qu'elle ait celles de Hollande. J'ai écrit à M. de Sainte-Croix, à Bonne-Carrère , à l'auchel, à WSl.dAhancourt , Duboucliage:]Q n'ai réponse de personne sur ce maudit cautionnement , que ]\I. Durvey veut bien faire moyennant bonne sûreté. 11 semble, en vérité, que les affaires de la patrie n'intéressent plus personne ici ! A qui m'adresser aujourd'hui? Les ministres se succèdent commedansune lanterne magique. Depuis les grands événements, M. Lajard a, dit-on , été tué ; M. d'Abancourt , arrêté ; MM. Berthier , J'auchel et autres sont en prison; je ne sais plus oîi prendre ni M. DubouchageniM. de Sainte-Croix ! M. Lebrun, nouveau ministre des affaires étrangères , est à peine installé; Bonne-Carrère est arrêté, le scellé sur tous ses papiers. M. Servan , hélas ! qui revient à la guerre, n'est pas encore de retour de
' On la trouvera clans la rorrpspon<lancp.
Soissons : et Y intérim en est tenu , devinez par qui.' par Clavière, qui en outre a les contributions. Et la plus importante affaire de la France , celle des soixante mille fusils , reste là ! J'en suis suffoqué de douleur.
« Enfm , mon cher ami , partez , faisons notre de- « voir de citoyens ; je suis la voix qui crie dans le dé- « sert : Français! vous avez soixante mille fusils en « Zélande, vous en manquez dans l'intérieur! Seul « je me tue pour vous les procurer. » Il semble que je parle chansons , lorsque je presse tout le monde; ou plutôt les événements qui se pressent absorbent l'attention de tous. Partez, moucher la Hogue, et remettez la lettre du ministre à notre ambassadeur : qu'il fasse , en attendant , la réception des armes. Le misérable cautionnement partira quand faurai pu le faire Jaircl Mais que l'ambassadeur ne fasse nulle démarche politique auprès des Hollandais que le cautionnement ne soit arrivé à la Haije,d^\\\\ que , les grands coups frappés , tout soit terminé dans un jour : on forgerait là-bas d'autres difficultés , s'il y avait de l'intervalle entre l'embargo levé et le départ des armes; elles ne peuvent partir sans le cautionnement. Ah ! pauvre France ! comme tes intérêts les plus chers touchent peu tous ceux qui s'en mêlent ! Si cela continue, j'aurai perdu cinq florins par fusil, pour consacrer ces armes à la France. Les ministres, les comités, m'auront fait de vains compliments sur mon désintéressement civique ; et , misérables que nous sommes! nous n'aurons pas tous ces iusïls , pendant qu'on forge ici des piques , parce que personne , hélas ! ne fait réellement son devoir ; nous ne les aurons pas à temps , pendant que tant de corps se forment!
" Laissons toutes ces doléances ; partez , mon ami ; et S' ma présence est utile au départ des armes , que M. de Maidde l'écrive. Je n'examine point les dangers que je puis courir , si cela est utile à mon pays. Oui , je ferai encore le sacrifice de me déplacer , quoique je sois vieux et malade ! Nos tribunaux sont suspendus , et je ne puis faire lever l'opposition de ce Provins pour toucher des fonds à la guerre. Vous ne me dites pas si vous avez reçu la lettre de crédit de vingt mille florins que je vous ai envoyée le surlendemain de votre départ de Paris.
" Bonjour , bonjour.
« Signé Beaumarchais. »
Je m'étais présenté (mais en vain) chez M. Lebrun , comme chez un ministre ms.\m\.i,puisqu'en sa qucdiié de premier commis des affaires étrangères, toute l'affaire des fusils lui avait passé par /e.ç mains .'Nul NE LA s AVAIT MIEUX que lui.
Je prends le parti le plus sûr , de solliciter par écrit. Je lui adresse un mot pressant.
iSS
MÉMOIRES
« 16 août 1792.
" M. de Beaumarchais a riionneur de saluer M. Lebrun. Il le prie de vouloir bien lui accorder la faveur d'une courte audience, pour conférer avec lui sur une affaire très-pressée et très-importante que MM. Dumouriez , Chambonas , Dubouchage et Sainte-Croix ont du terminer l'un après l'autre, et que le mal des événements laisse encore dans l'incertitude et la suspension, malgré le concours et l'avis des trois comités réunis , Diplomatique , Militaire et des Douze. Il ne s'agit pas moins que des soixante mille fusils de Hollande. Il semble en ce pays qu'il y ait un aveuglement incurable sur ce qui se rapporte au bien de la patrie ! Eh ! n'est-il pas temps qu'il finisse.' Beaumarchais attendra les ordres de M. Lebruti. »
M. Lebrun me fait répondre :
« Les scellés apposés sur les papiers de M. de Sainte-Croix n'ayant été levés que d'hier, le ministre des affaires étrangères n'avait pas connaissance de la lettre de M. Beaumarchais {apparemment celle que j'avais écrite à M. de Sainte-Croix en lui oivoyant mon mémoire). Il est fort étonné du retard de l'affaire des fusils; il croyait M. la Hogue parti. Il désire en conférer avec M. Beaumarchais , et le prie de venir le voir demain vers le midi.
« Ce IG août 1792, l'an IV« de la liberté.
Dieu soit loué ! me dis-je. Un homme au fait de cette affaire me dit qu'«7 est étonné des obstacles [qui ont empêché M. la Hogue départir) : ce ministre est un bon citoyen qui a connu toutes mes peines, et qui s'y montre fort sensible. Voilà comme il faut des ministres. Il finira l'objet du cautionnement , c'est l'aifaire d'une heure entre lui et M. Durvey. Il va pousser mon la Hogue à la mer, et la France aura des fusils : Dieu soit loué ! Dieu soit béni !
Mais, quoique j'eusse été deux fois par jour chez ce ministre (et j'en demeure à près d'une lieue) , je ne pus le rejoindre que le 18 après midi.
Il me reçut fort poliment , me répéta ce qu'il m'avait écrit , me dit qu'il allait au conseil régler t affaire du cautionnement ., et faire partir M. delà Hogne au plus tôt : que je revinsse le lendemain , qiiil m'expédierait promptement.
Satisfait d'avoir rencontré un ministre aussi bienveillant , j'y retournai le lendemain à dix heures ; il était sorti , je m'en revins chez moi. Un courrier , arrivant du Havre , me remit un paquet très-pressant de la Hogue ; c'était une réponse à ma lettre du 16 qu'on vient de lire, contenant l'extrait du procès-verbal de la commune du Havre, sur le visa de son passe-port, du 18 août 1792. Le voici :
« Le conseil général , prenant en considération la
demande faite par le sieur /.-C. de la Hogue, décoré de la croix de Saint-Louis , chargé d'une commission extraordinaire de l'assemblée nationale en Hollande, tendante à obtenir un visa sur son passe-port ;
« A délibéré, ouï le procureur de la commune , qu'attendu que ledit passe-port est daté du 31 juillet dernier , il sera envoyé à l'assemblée nationale pour prendre ses ordres sur le parti que doit tenir la municipalité vis-à-vis dudit sieur la Hogue, et que, jusqu'à ce, le paquet dont il est porteur pour M. de Maulde , ministre plénipotentiaire de France à la Haye , restera déposé au secrétariat de la municipalité.
« Certifié conforme au registre , etc.
« Signé Taveau. »
Les méchants sont bien bons., me dis-je, de se donner tant de fatigue pour empêcher que ces fusils n'arrivent ! que ne laissent-ils aller les événements seulement? Je défierais au diable de faire marcher aucune affaire en cet affreux temps de désordre, et qu'on nomme de liberté !
Le courrier du Havre m'apprit qu'avant de m'apporter ma lettre il en avait remis une autre, dans l'assemblée nationale, à M. Christinat, un député du Havre , de la part du maire de cette ville. Je sens à l'instant le danger, pour la chose, qu'elle soit discutée publiquement à rassemblée. Certes , pour moi, il y eût eu de l'avantage, cela faisait ma justification ; mais le bien public avant tout.
J'écris à M. Christinat (que je ne connaissais nullement ) :
S'il en est temps encore ., monsieur , demandez, je vous prie, de porter vos dépêches aux trois coînités réunis. Eux seuls, discrètement, doivent connaître de Vaffaire : elle est perdue si elle DEVIENT PUBLIQUE. Je promcts au courrier //'o/,9 tillets de cent sous, s'il fait vite ma commission. Il court ; il était temps , ]\I. Christinat allait lire.
Sur ma lettre , il demande à traiter cette affaire avec les comités ; on décrète. Il me fait dire d'être tranquille, et voilà ma souleur passée. Je paye mon actif courrier , et lui dis de venir recevoir mon paquet, quand il aura celui des comités. J'écris, je console la Hogue sur ce retard de peu de jours, que M. Lebrun m'a promis de réparer très-prompte- 7nent;ie le supplie de regagner alors le temps perdu, en allant comme au feu tirer d'inquiétude IM. de Maulde, qui l'attendait depuis près de deux mois.
Je retourne à trois heures chez M. Lebrun le ministre. Il rentrait. Je descends de voiture. Il s'arrête sur son perron , m'y dit trois mots fort secs, et, profitant de ma surprise , il me quitte assez brusquement.
Ces trois mots me frappèrent comme d'un coup de foudre. Je jugeai qu'il savait déjà Taf faire du cour-
MEMOIRES
rier du Havre. Je revins chez moi fort ému lui écrire mon sentiment siir les trois mots qu'il m'avait dits, ■pour empêcher qu'ils n'eussent leur effet diabolique.
Je vous supplie , ô citoyens, de lire ma lettre à ce ministre avec toute l'attention que je demandais à luimême; cette lettre est le pronostic de l'horrible persécution qui va commencer dans l'instant.
« Ce dimanche au soir 19 août 1792.
« Monsieur,
« Lisez ceci, je vous en prie, avec toute l'attention dont vous êtes capable.
« Quand vous m'avez dit ce matin que M. la Ho- (jue était moins propre en ce moment qu'un autre à terminer l'affaire des fusils de Hollande, à cause de la publicité que tous les malveillants lui donnent, et que c'était l'avis de MM. les ministres; qu'en conséquence on allait faire remettre , au Havre ., M. la Hocjue en liberté d'en partir , non pour la Hollande, mais pour le dedans du royaume , j'ai bien jugé, monsieur, qu'il y avait encore quelque malentendu sur lequel vous aviez besoin de recevoir de moi une explication nette, qui vous tirât de deux ou trois erreurs où vous paraissez être sur le fond d'une affaire qui ne peut plus nous être utile qu'autant qu'elle est bien éclaircie et menée très-habilement.
« Mais comme je suis le seul homme qui puisse la traiter avec méthode , exactitude et fruit , puisque depuis cinq mois elle est ma grande affaire comme négociant et comme patriote , j'ai préféré , monsieur , l'honneur de vous écrire à celui de répondre verbalement à ce que vous disiez, parce que dans les temps difficiles un homme sage ne doit rien articuler ni proposer sur un objet aussi majeur , dont il ne reste au moins des traces par écrit , et des notes fidèles qui puissent servir à le justifier.
J'ai préféré de vous écrire aussi, afln que vous puissiez, monsieur, en conférer avec tous les ministres sur des renseignements bien clairs , et m'accorderensuite le moment de la traiter à fond politiquement devant eux. Cela est d'une grande importance pour la patrie, et pour eux , et pour moi. J'insisterai donc là-dessus, si vous daignez me le permettre. Voici le précis de la chose :
« Premièrement, monsieur, M. de la Hogue n'est point en arrestation au Havre, comme vous paraissez le penser. Il y est , depuis trois semaines , logé chez MM. le Couvreur el Curmer, mes correspondants de cette ville, où il attend mes derniers renseignements pour s'embarquer pour la Hollande. Car je lui ai écrit le IC que, rien ne finissant à Paris dans le trouble où sont les affaires , je lui conseillais de partir, afin qu'il fit au moins la ijuerre à Vœil en attendant , et ne laissât point
entamer des démarches fortes à 7wtre ministre a la Haye jusqu'à ce que le cautionnement qu'il attend lui fût arrivé , pour que tout s'achevât ensemble. C'est parce que son passe-port est vieux, qu'on envoie un courrier pour le faire renouveler ; et non pour prononcer sur son arrestatioji , laquelle n'existe pas.
« Secondement , monsieur , par quelle subversion d'idées empêcherait-on de partir le seul homme qui peut nous livrer les fusils?
« Quel autre peut, monsieur, terminer cette affaire, que M. la Hogue en mon nom, à moins que ce ne soit moi-même, puisque ces fusils sont ma chose , et que M. la Hogue , mon ami , mon agent , mon chargé de pouvoir, ayant toutes mes instructions , tous mes fonds, mon crédit : ayant seul commencé mes négociations, soit de l'achat, soit de la vente , peut seul , si ce n'est pas moi , sortir des magasins les fusils pour vous les remettre , en subvenant à tous les frais d'embarquement, de comjites, et à tous règlements où le traité m'oblige envers la France à l'occasion de ces fusils? Car si M. de la Hogue ne vous les livre pas , personne au monde ne peut vous les livrer là-bas , parce que nul n'y a droit à ma chose que mon agent ou moi, monsieur.
« Troisièmement, lorsqu'on dit dans le traité (art. 7):
« Nous nommons M. de la Hogue piour aller terminer l'affaire , comme étant l'homme le plus capable , par son zèle et par son talent , de la bien achever; c'est en mon nom, monsieur, qu'on l'a nommé, puisque c'est en mon nom que l'on doit continuer à réclamer les armes. Je n'aurais pas souffert qu'on en nommât un autre! Ce n'était que pour lui donner plus de siireté dans sa route qu'on a imaginé de traiter sa mission comme office ministériel, afin qu'il pût passer sans trouble dans toutes les villes du royaume, et sans se trouver arrêté. Il n'est ici que mon agent , sans lequel rien ne peut finir. Foilà son titre pour partir.
" Vous enverriez, messieurs , dix autres personnes à la Haye, qu'il faudrait toujours qu'il y fût ; car ce n'est point pour recevoir les armes qu'il va en Zélande, à Tervère, mais pour en faire la livraison. M. de Maulde ici représente l'acheteur; M. de la Hogue, le vendeur : donc rien ne peut se faire sans M. de la Hogue, lequel seul a la clef de toutes les difficultés à vaincre , et mon crédit pour les lever.
<' Quand je ne serais pas résolu de rester ici à mon poste pour ne laisser sur }7ioi aucune prise aux malveillants, quand .j'irais moi-même en Hollande, encore me verrais-je obligé de mener avec moi mon ami M. de la Hogue; car lui seul connaît mon affaire, ayant passé déjà quatre mois à la Haye pour tâcher d'en venir à bout. // est moi dans cette occasion ; et il faut que j'aille à Tervère, on cet liommo
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l'oit en ma place, car (je dois vous le répéter ) personne que lui ou tnoi n'a le droit ni le pouvoir de remettre en vos mains ces armes. D'où vous voyez, monsieur, que toute la publicité que la sottise donne ici à cette affaire ne peut rien déranger au voyage de M. de la Hogue , puisque depuis cinq mois il est public dans la Hollande qu'il y stipule mes intérêts pour l'achat, le payement et la sortie de ces fusils.
« En voilà bien assez , monsieur , pour vous faire .sentir l'urgence qu'il y a que, les pièces en main , le ministère m'entende sur le voyage de mon ami ; car, en le retenant en France, on s'ôte l'unique moyen d'avancer d'un pas eu Zélande. Tout le pouvoir du monde ne peut rien changer à cela sans être il'accord avec moi. T^oilà sur quoi porte l'erreur que moi.seul je puis relever : ce que je fais en ce vioment.
« Cette affaire , monsieur , a pris un tour si grave , que personne ne doit ( à commeticer par moi ) rien faire dont il ne puisse rendre un compte sévère à la nation française , qui est toute prêle à nous interroger.
« Après avoir expliqué ce qu'un nouveau ministre ne saurait deviner , si l'on va en avant , en contrecarrant ces données , je suis forcé de déclarer , monsieur, qu'ici ma responsabilité finit; que f en dépose le fardeau sur le pouvoir exécutif {que f ai l'honneur d'en prévenir). Depuis cinq mois, pour servir mon pays , je me désole , je me ruine , sans que personne m'entende et me soulage! J'ai été dix fois accusé : n'est-il pas temps que je me justifie'? ie sais que ce n'est pas la faute des ministres qui entrent en place; mais au moins , quand il est question d'une affaire aussi difficile , oii mon patriotisme et ma fortune sont compromis , et dont j'ai seul la connaissance , ne doivent-ils rien ordonner sans être d'accord avec moi ; ou bien répondre seuls de tout l'événement à la patrie, dokt les iïntéréts sont