‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 538 sur 630 · LES PROCURER LE PLUS PROMPTEMENT POSSIBLE · texte numérisé non relu

LES PROCURER LE PLUS PROMPTEMENT POSSIBLE

Je désire que cet envoi se fasse avec autant de sOreté que d'économie. Je compte beaucoup sur votre zèle et vos soins pour bien remplir ces deux objets , et je suis persuadé d'avance que M. Beau-

MARCHAISVOUDRA bien VOUS Y AIDER DANS l'OC- CASION.

« Le ministre des affaires étrangères , Lebrun.

« P. S. Vous trouverez ci-joint, monsieur, une copie coliationnée du marché fait entre M. Lajard, ci-devant ministre de la guerre, et M. Beaumarchais. »

La franchise dfc cette lettre me ramenait à croire que M. Lebrun pouvait bien n'avoir servi que d'instrument à la haine ou bien à la cupidité des autres.

On ne pouvait pas faire des actes d'adoption et de propriété plus nets. Il n'y a pas un mot , disais-je , qui nous présente un autre sens. (Comme vous êtes instruit , dit-il , de ce qui a retardé l'e?ii''oi de ces armes a leu r vraie destination , je vous prie de vous entendre avec M. Beaumarchais pour nous

LCS procurer le plus PROMPTEMENT POSSI-

BLE. ) Quel autre qu'un propriétaire emploierait ces expressions ? {Je désire que cet envoi se fasse avec AUTANT DE SÛRETÉ QUE d'économie. ) S'il ne regardait pas les armes comme à eux, que lui importerait reco)to?«ié?? Mais c'est que le traité les charge de tous les frais. {Je compte beaucoup sur votre z-èle et vos soins pour bien remplir ces deux objets. ) Après des phrases si pressantes, c'est insulter M. Lebrun que de douter de sa bonne foi ! ( et je suis persuadé d'avance que M. Beaumarchais voudra bien vous y aider dans l'occasion. )

Voilà tout mon rôle changé ! Au lieu d'être aidé dans ma chose, c'est moi qu'on prie d'aider l'ambassadeur DANS LA chose DU GOUVERNEMENT !

Certes, dis-je , je le ferai, soyez-en sur , monsieur Ze6?'«?i ; j'y mettrai ma chaleur et mon patriotisme, comme si les armes étaient encore à moi.

Cela est très-clair maintenant : tant que M. Lebrun agissait en nom collectif, j'étais bien maltraité par lui. Quand il parle en son nom , il est équitable , obligeant. J'y veux mettre tous mes moyens pour déjouer la malveillance, des autres. Le ministre a certillé l'acte, il ordonne qu'on l'exécute ; il me prie même d'y aider ; il promet tous les fonds de son département; il va envoyer le cautionnement promis. Pardon , pardon , monsieur Lebrun ! peut-être que IM. Claviére était enfermé avec vous le jour que vous avez refusé de me voir! Tout cela est bien tortueux; mais, hélas! c'est la politique, et c'est ainsi que tout marche aujourd'hui. IN'y pouvant rien changer , soumettons-nous ; et voyons arriver M. Constantini, le mignon et l'élu de nos ministres patriotes !

Je fus trouver M. de Maulde, et lui dis : En attendant . monsieur, que le cautionnement arrive, ]e m'eu vais exiger par acte notarié , du vendeur hollandais , qu'il me fasse une expropriation légale, et une livraison pareille, h Tervère même. Mais, comme j'ai affaire à des gens cauteleux à Paris , je veux qu'il soit bien constaté que, pour la première fois quejeverrai ces armes { encaissées , emmagasinées , deux mois avant qu'on me les proposât), vom les voijezen même temps que moi.

Vous recevrez ma livraison le même jour que je prendrai celle du vendeur hollandais, afin qu'on ne puisse jamais soupçonner que j'en aie changé ou détourné une seule pour le service des ennemis ; car c'est là le grand argument avec lequel ils rendent a Paris le peuple furieux contre moi ! Je veux que l'armurier brabançon qui les a bien huilées, encaissées, emmagasinées à Tervère , il y a un an, vienne les y reconnaître devant vous sur l'état qu'il en lit alors , et que l'on m'a remis depuis , certifié par le vendeur en neuf cent vingt-deux caisses et vingtsept tonneaux ou barils.

M. de Maulde me répondit : — Vous pouvez , si

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vous le voulez , vous épargner tous ces embarras-là : un sieur Constantini , qui m'apporte une lettre du ministre Lebrun, le recommandant à mes soins, m'a prié de vous proposer de lui céder la cargaison entière à sept florins huit sous la pièce, payés en or, et sur-lechamp. Ce n'est qu'un florin de moins que le prix du gouvernement : et vo us le regagn erez bienpar tous les soins que vous vous épargnez! Cet homme paraît fort avant dans la confiance des ministres. II en a obtenu le privilège exclusif c/e fournir au gouvernement tout ce qu'oii tire de Hollande. Et les difficultés qu'on peut vous faire en France, il paraît bien qu'on ne les lui fera pas ; du moins , si j'en crois ses paroles.

J'ouvris mon cœur à M. de Maulde{ un des hommes les plus francs , les plus instruits , les plus honnêtes que j'aie rencontrés de ma vie ) . Je lui confiai mes vifs regrets sur l'imprudence que j'avais eue de sortir de la nullité rfa?is/«g«e//c7(? m'enfermaispour ne faire ombrage à personne , en cédant à beaucoup (i'mstances pour rendre à mon pays un service aussi dangereux !

Je lui rendis tout ce qu'on vient de hre, et les dangers que je courus à l'approche du 2 septembre , lorsque j'eus refusé les offres et bien dédaigné les menaces de ce IM. Constantini.

Voilà, dis-je, pourquoi l'on m'a dénié tout concours, tout secours et toute justice à ce pouvoir exécutif. Ils ont voulu me mettre à la merci de leur Constantini, sans appui et sans nuls moyens : mais M. Lebrun m'en tirera ! il me l'a bien promis , et nous aurons servi la France malgré eux : c'est toute ma consolation!

!Mais je vous supplie de me dire sous quelle forme Constantini vous a prié de me faire ses offres , afin (le bien juger des choses que je connais par celles que vous aurez la bonté de m'appreudre.

-.- Oh ! mais, dit-il, la forme est peu de chose quand le fond est bien avéré. Il m'a dit fort légèrement , après m'avoir beaucoup vanté son crédit auprès des ministres : « Engagez donc ce Beaumar- " chais à me céder sa cargaison à un florin de moins « que l'achat du gouvernement. S'il marchande « avec moi , il s'en trouvera mal ! S'il y consent , « il touchera son argent sur-le-champ chez la veuve « Lombaerl d'Anvers , chez qui j'ai déposé mes « fonds. »

Et sur ce que je lui ai dit que , si vous cédiez les fusils , je n'étais plus tenu d'en recevoir l'expropriation à Tervére: — « Je n'en ai pas besoin, dit-il, et "■ je prends tout sur ma responsabilité. J'ai du crédit « auprès de M. Lebrun. Je ne crains pas qu'il me re- " fuse quelque chose. » Il m'a même ajouté, d'un air un peu protectoral : « Vous recevez chez vous ce •' Beaumarchais ! mais je vous avertis que cela peut « vous uuireauprèà de notre gouvernement. Peasez-

ft y un peu , je vous prie. » ( Vous le voyez, lecteur , si cet \\o\mx\Q était fort avant dans la confiance des ministres! )

— Et il faut, au surplus , qu'il soit assez sur de son fait , a continué M. de Maulde; car, ayantacheté un parti de quatre mille fusils, dont M. Lebrun m'écrit qu'il a déjà livrésù: mille...,— M. deSaint- Padou , officier d'artillerie ( envoyé par M. Servan pour visiter les armes que ces grands fournisseurs enlèvent de ce pays ), ayant voulu visiter ces quatre mille à leurdépart , Constantini m'a dit légèrement : « Je ne veux point de sa visite, je n'ai besoin de lui « ni de personne pour les faire accepter là-bas ; je o me charge de tout. J'ai du crédit. J'ai dità Saint- « Padou qu'il pouvait s'en retourner. »

— Quand j'ai rendu ces mots à M. Saint-Padou , me dit M. de Maulde , il m'a prié de solliciter son rappel près du ministre de la guerre , puisqu'il est inutile ici, ces messieurs prétendant se passer de contradicteurs; ce que j ai fait.

— Eh bien ! monsieur , lui répond is-je , dites à M. Constantini que je rejetteavec mépris ses offres, comme je les ai rejetées sous le poignard à F Abbaye, et qu'il n'aura pas mes fusils. Il y a longtemps que cette affaire n'est plus commerciale pour moi. Certes, mon pays les aura; mais il les tiendra de moi seul, au premier prix que je les ai vendus, et pas un florin au delà! Nul brigandage ne se fera dessus !

Je tourmentais M. de Maulde pour se transporter à Tervère, et j'invoque son témoignage sur l'empressement que j'y mis. Il me répondait : Attendons que le cautionnement soit arrivé ; suivant votre propre principe , qu'il faut tout mener à la fois. J'en viens d'écrire à IM. Lebrun, lui disant que nous l'attendons.

Depuis le 20 septembre jusqu'au 18 d'octobre, point de nouvelles du ministre ! 3Ia confiance s'ébranlait. J'écris moi-même, le 16, à M. Lebrun. Ma lettre rappelle ses promesses et tout ce que vous avez lu. Après lui avoir annoncé les embûches qu'on me tendait, j'y mis ce petit P. S. :

« A la première nouvelle de nos succès (de ceux de Dumouriez) notre cent vingt-cinq millions a monté de quinze pour cent. Le change est à trente-six et demi. Il faut être en pays étranger, pour se faire une vraie idée du plaisir excessif qu'une bonne nouvelle de France nous cause. La joie y va jusqu'à l'exaltation : elle se compose de notre plaisir, et du chagrin qu'il cause aux autres. »

J'attends jusqu'au 6 de novembre. iS'ayant point encore de nouvelles , j'adresse à M. Lebrun une seconde lettre plus forte et plus circonstanciée , mais toujours sur le même objet. Je vais l'insérer dans le texte , uniquement pour contraster avec tiuilcs celits qui vont suivre.

MEMOIRES

« l.a Haye, le <î noveml)re I7'J2.

" CiTOVEiM MINISTBE,

« Si nia lettre du 16 octobre vous a été remise par mon premier commis , vous y avez vu qu'aussitôt mon arrivée ici, je me suis mis en devoir d'acquitter toutes mes paroles sur l'épineuse affaire des soixante mille fusils. Aujourd'hui j'ai l'honneur de vous annoncer, monsieur, que j'ai forcé mon vendeur, Wcs-Jutrichien quoique Hollandais , ou bien parce qu'il est Hollandais , à me livrer légalement cette semaine , au plus tard la prochaine , la cargaison entière des armes , paijées depuis si longtemps ; et je le rends garant des obstacles que la politique hollandaise a mis à leur enlèvement , voulant ne reconnaître ( à mon titre de négociant ) que l'homme qui m'a vendu , et non leurs hautes puissances , à qui , lui dis-je, je n'ai rien à demander , mais bien luimême, qm est tenu de me livrer pour exporte)^ nonautrement. 11 me répond avec un embarras plaisant que ma logique est aussi juste que pressante ; et qu'eu me livrant effectivement , comme il s'y prépare , il va faire les plus grands efforts pour m'aider à obtenir promptementrextradition à laquelle l'état actueldenos affaires politiques ne nuira pas, dit-il; et moi je réponds : Je F espère.

« Soyez certain , monsieur, (jue je ne compromettrai point M. de Maulde, qui n'a déjà que trop de désagréments à la Haijc ( ce dont je me propose de vous parler dans un instant). ]Mou intention est de n'employer que ma force de négociant, de citoyen d'un pays libre. Le ministre n'y paraîtra que pour appuyer mes demandes, comme en étant chargé par le gouvernement de France. Mais j'ai l'honneur de vous prévenir, monsieur, que je reste à mon tour sans réponse, quand mon vendeur me dit que je n'ai nulle action civile contre lui jusqu'à ce que j'aie rempli la condition rigoureuse du cautionnement de cinquante mille florins d'Allemagne, auquel il m'a soumis, l'étant lui-même eîivers l'empereur. Et M. de Maulde sent si bien la force de cet argument , qu'il n'appuierait aucun de mes efforts , si ce préalable important n'était pas rempli de ma part , à cause de la réponse et nette et rigoureuse que leurs hautes puissances feraient au nom de mou vendeur, comme ce vendeur me l'a faite.

« Je suppose , monsieur, que vous l'avez expédié à M. de Maulde ou à moi, ce cautionnement tant différé, mais sans lequel il est inutile de rien entamer d'énergique; car, pour que je puisse mettre un autre eu sou tort, je ne dois pas commencer par y être moi-même. Nous sommes d'accord du principe, M. de Maulde et moi; et vous sans doute aussi, monsieur.' Nous attendons cette pièce importante, que vous m'avez assuré, à mon départ de France, ne plus souffrir aucun retard; sans quoi je n'aurais pas cru devoir paitir.

« Je reviens à M. de Maulde, en vous priant de m'excuser si je sors un moment des bornes indivi duelles de mon affaire de commerce, pour vous parler de politique. Mais, monsieur, je suis citoyen avant tout, et rien de ce qui intéresse la France ne saurait m'être indifférent. Je ne désire pourtant pas que IM. de Maulde ait jamais connaissance des ré llexions que je vous offre; je craindrais qu'il n'imaginât que je suis ici son espion , ou que j'y fais de la politique à ses dépens, sans nulle mission de personne.

« Si jamais quchpie chose eiil pu me dégoûter de ce métier de politique , c'est le supplice réel auquel le minisire de France est condamné dans ce pays, l'éternelle cruciation qu'il y souffre, mais fièremeut et sans se plaiudre. De tous les genres de dégoûts , on l'en abreuve à la journée. Il lui faut une vertu plus qu'humaine , un patriotisme robuste, pour ne pas prendre à chaque instant des bottes de sept lieues et s'enfuir! Je vois qu'il se console de cette affligeante existence en travaillant comme un forçat, faisant sa besogne lui-même; et elle n'est pas petite , la besogne , obligé de la faire sans un caractère avoué , avec le train le plus chétif qu'envoyé d'aucune puissance ait jamais eu dans ce pays, où tout le Nord vient aboutir, et qui est, selon moi , le centre de la diplomatie intéressante de l'Europe, pays où toutes les intrigues des diverses coalitions viennent se nouer et se dénouer. Les autres ambassadeurs brillent, corrompent, dépensent, et se montrent : lui seul, réduit au plus chétif état, qu'il ennoblit pourtant par un maintien républicain , deviendrait la risée de tous, si , avec beaucoup de talent, sa lierté ne le souteuait. D'honneur! il me fait compassion, et j'ai peine à me persuader que nos affaires n'en souffrent pas!

« Avant-hier, trois ou quatre riches négociants A' Amsterdam me disaient qu'il allait avoir d'autres couleuvres à dévorer, s'il était vrai, comme on l'écrivait de Berlin, que... [ici je racontais le fait, étranger à l'affaire des fusils).

« Ne sachant conunent entamer un point si délicat avec ]\L de Maulde , je me suis proposé de vous en écrire avant tout. Cela peut attirer des maux incalculables. Cet avis Cuit la mission que je me suis donnée moi-même. Vous êtes sage et mesuré , mon sieur; vous ne me compromettrez point avec notre ex-ambassadeur...

« Je reviens à moi maintenant. Mes lettres de Paris m'apprennent qu'enlin l'indigne opposition que des brigandeaux avaient mise sur toutes les soimnes que j'aurais à toucher au département de la guerre venait d'être déclarée par les tribunaux de Paris et sans motif et vexatoire , les fripons condamnés en tous dommages en ma faveur. C'est cette sale intrigue, c'est cette indigue opposition dirigée

MEMOIRES

par d'aulres brigands, qui seule m'empêcha de toucher en juillet les deux cent mille florins que j'ai reconnus dans mon acte m'avoir été payés par le ministre , et dont la retenue a fait un si grand mal à mon affaire des armes et à toutes mes autres affaires. J'ai ordonné chez moi qu'on vous signiflàt, monsieur, cette main-levée, en votre qualité de ministre par intérim du département de la guerre; car je ne puis rester dans la détresse où l'on m'a mis, et qui m'a forcé en partant de faire porter chez mon banquier, pour avoir de quoi vivre ici , le peu d'argent que je conservais en cas d'un malheur trèspressant.

« La belle équipée qu' on a faite de m' envoyer à Paris, en prison, au secret, pour éclaircir Vaffaire des fusils , et celle de la publier ensuite dans des journaux bien scandaleux, ont fait retirer de Hollande les lettres de crédit que, mes banquiers m'avaient données, me regardant comme un homme égorgé, ou tout au moins forcé de fuir. Mon crédit s'y trouve altéré; et j'avoue que, sur les détails de ce que j'ai souffert en France, beaucoup de gens dans ce pays me prennent pour un émigré , ce qui n'y établit point mon crédit. Tout ce que je dis n'y fait rien. Jamais acte patriotique n'a causé tant de mal à aucun citoyen français!

« Quand les détails en seront publiés, on ne comprendra pas plus que les comités qui m'ont donné tant d'attestations honorables ne l'ont fait, comment j'ai pu subir cette persécution constante.

" L'opposition étant levée, je vous supplie, monsieur, de me mettre en état d'achever honorablement l'ouvrage que j'ai commencé. Quand vous ne m'enverriez d'abord que cinquante mille florins /»«/• M. de Maulde, comme vous me l'avez- dit en partant, je me tiendrais fier en Hollande : n'y ayant plus besoin des secours de personne , on y verra si je suis citoyen.

« Si vous jugez à propos, monsieur, de remettre votre réponse à mon premier commis , qui vous rend cette lettre, elle me parviendra plus sûremeat que par toute autre voie connue.

« Agréez le respect d'un citoyen qui vous honore, et qui ue prodigue point ses éloges.

« Sigtié Beaumabchais.

« P. S. J'ai eu l'honneur de vous mander dans ma dernière, que beaucoup d'indiscrets Français venaient ici mettre le feu dans les affaires qui regardent la France , voulant tout haut des fusils à tout piix; ce qui, en nous discréditant, fait monter jusqu'à des prix fous tout ce qu'on demande pour la France. Qui croirait que de pareilles gens sont accrédités par l'État, et qu'une de ces compagnies errantes, sur la caution de..., dispose de cinq cent n)ille livres pour soixante mille fusils aussi, dont

vous n'obtiendrez pas un seul? ce qui est bien sût aujourd'hui que je sais que ce sont les miens. Ft quant à vos cinq cent mille francs, vous les retrouverez où et quand il plaira au dieu qu'on nomme Hasard, etc., etc. »

Le 9 novembre , ne voyant rien venir, je lui envoie ce peu de mots, pour ne point trop l'impatienter;

A monsieur Lebrun.

«La Haye, ce 9 novembre 1792.

- Monsieur, « Lorsque la France a d'aussi grands succès , c'est un terrible exil que d'avoir affaire en Hollande.

« Je le serai pourtant , exilé de la France , jusqu'au jour où, tine lettre catégorique de vous m'apprendra SI LE CAUTIONNEMENT NOUS ARRIVE , OU

s'il ne me reste plus qu'à partir, pour aller justifier ma conduite patriotique dans mon pays ! « Recevez les respects d'un citoyen.

« Signé Beaumarchais.

« Le trésor et les archives de Bruxelles sont arrivés à Rotterdam ; les nouvelles de l'armée de Clairfayt mettent ici tout le monde au désespoir, excepté moi. »

Je commençais à perdre patience , accusant tous les embarras ou la lenteur de ce ministre; et, le courrier suivant, je lui écrivis de nouveau. Il n'était pas possible, après avoir plaidé ma cause au conseil, comme il me l'avait assuré; après m'avoir enjoint de partir au plus vite; après avoir reconnu, certifié lacté du 18 juillet; après avoir donné l'ordre à IM. de Maulde de l'exécuter avec zèle et promptitude, en me priant de Vy aider; après m'avoir solennellement promis que le cautionnement éternel serait avant moi à la Haye; après m'avoir offert, sans que je le lui demandasse , deux ou trois cent mille francs sur son département , me priant même de lui envoyer mes avis sur la manière d'acheter les toiles et autres marchandises sèches de Hollande : ']Q ne pouvais, sans l'insulter, lui montrer aucun doute sur sa bonne volonté. Prenant patience en enrageant, j'allais me rappeler encore à sa mémoire, lorsque l'on me remit une grande lettre contre-signée Lebrun.

Ah! me dis -je avec un soupir, qui sait attendre voit souvent la fin de ses tribulations. J'ouvris cette lettre , et j'y lus :

« Paris, le 9 novembre 1792, l'an 1"=' de la république.

« J'ai reçu, citoyen, la lettre que vous m'avez écrite de la Haye', et je n'ai différé d'y répondre

' Je lui en avais écrit quatre. J'insère dans le texte s.» lettre et ma réponse, parce qu'enlin c'est là ce qui cclaircit tout.

MEMOIRES

(jiie parce que je me suis procure de uouvoaux renseignements sur la cargaison des fusils arrêtés par ordre de ramirauté à Tervère. Sans entrer dans aucun détail sur la spéculation que vous avez faite, ni sur son objet, je vais vous instruire tout simplement de ce qui m'est revenu sur la qualité de ces armes. lUIes ont d'abord servi aux corps francs à l'époque de la dernière révolution tentée par les patriotes bollandais , ensuite vendues aux Belges, qui en ont aussi fait usage dans le temps de leur révolution; elles ont enfin été achetées par des négociants hollandais , de qui vous les tenez.

« Je conviens qu'un cautionnement de cinquante mille florins , demandé pour lever l'embargo mis sur de vieux fusils, vous dégagerait sans doute d'un embarras bien grand, de savoir où les placer. Je conviens que le traité passé entre vous et l'ex-ministre Lajard est fort avantageux ; mais soyez de bonne foi, citoyen, et convenez à votre tour que nous serions bien dupes d'approuver un pareil traité, et d'y donner notre adhésion. Nos vues et nos principes ne s'accordent point avec ceux de nos prédécesseurs. Us ont eu l'air do vouloir ce qu'ils ne voulaient pas; et nous, bons patriotes, bons citoyens, désirant sincèrement faire le bien et le voulant, nous remplissons les devoirs de notre place avec autant de loyauté, de probité, que de franchise '.

« Depuis quelque temps je ne me mêle plus d'achats d'armes. Ces opérations mercantiles ne s'accordent guère avec le genre de travail et de connaissances qu exige mon département. Dans un moment pressant, où il fallait de toute nécessité des fusils, on s'est jeté avidement sur tout ce que l'on a trouvé. Actuellement que les mêmes besoins n'existent plus, le ministre de la guerre s'attache principalement à la bonté des fusils et au prix modéré. Ce n'est donc plus mon affaire , et j'ai cessé de m'en occuper. Retournezvous du côté du citoyen Pache, et adressez-lui vos réclamations; c'est à lui à prononcer, et à vous dire si elles sont justes et fondées.

« Quant à moi , je ne suis plus en mesure ni en position de rien faire et décider sur un objet , comme vous savez, hors du ressort de mon département. « Le ministre des affaires étrangères , « Lebrun. »

« P. S. J'ai envoyé copie de votre lettre au ministre de la guerre; je recevrai incessamment sa réponse , dont je vous ferai parvenir la copie. »

Ah! grand Dieu! m'écriai-je après ma lecture achevée, vit-on jamais rien de semblable? Et c'était pour finir ainsi que l'on m'envoyait en Hollande! 6 détestable perfidie!

Dans le premier mouvement de mon indignation

' Lebrun, bon paU-iole! aimant la liberté! Il a donc bien rlianmi depuis 1758 I

j'avais lulté, par ma colère , contre l'ironie du ministre. J'opposais à l'hypocrisie de son fatal patriotisme ses basses requêtes et ses perfides lettres à l'empereur Joseph contre la liberté brabançonne en 1787 et 1788, et je mettais le gazetieràjour. Mes amis n'ayant pas souffert que ce premier élan trop amer m'échappât, je pris le pénible parti de raisonner avec qui m'insultait. Quand mes sens furent apaisés , je lui écrivis ce qui suit.

Ah! je prie mes lecteurs d'en dévorer l'ennui. C'est le secret de cette comédie terrible !

« La Haye, ce IG novembre 1792.

« Citoyen ministre,

« En réponse à l'unique lettre que j'aie jamais reçue de vous, en date du 9 novembre, je vous préviens que les difficultés qui clouaient à Teroère les fusils de Hollande sont levées , grâce à Dumouriez , à l'instant où l'intrigue de la bureaucratie française en fait renaître de nouvelles, pour les y river si elle peut.

« Vous êtes un homme trop honnête pour avoir lu, en la signant, la perfide ironie que l'on m'envoie en votre nom.

« Vous auriez réfléchi qu'il ne s'agit ici d'aucun embarras de ma part de vendre ces armes à personne, puisque depuis huit mois mon premier traité les attache à la France; que depuis quatre mois le second traité vous démontre que deux ministres et trois comités réunis ont refusé de les en détacher, lorsque, las des repoussoirs de nos ministres patriotes, je demandai très-net qu'on ?ne permît (/'en DISPOSER, pouvant le faire alors avec grand avantage, s'il était vrai que la France Ji'en voulût plus

« Vous auriez réfléchi que, ne pouvant être à la fois propriétaire et dépouillé par l'acte du i8 juillet, je n'ai plus d'autre soin que de livrer ces armes; que, dans la position contraire, j'en serais maintenant d'autant moins empêtré, que votre élu Constantini m'en a fait offrir de nouveau par M. de Maulde les sept florins huit sous que ses grands associés me proposaient à I'Abbaye , avec promesse de m'en tirer si j'accédais à ce marché.

« Vous auriez réfléchi encore , vous qui connaissez tant l'affaire comme commis , comme ministre, que, loin d'avoir jamais donné ces armes à personne pour neuves, ']e n'ai cessé de dire et d'écrire à vous et à tous vos collègues qu'elles venaient des Brabançons. Ce caxilionnement exigé par l'empereur, du Hollandais que je dois en couvrir, n'est-il donc pas la preuve matérielle d'un fait qui vous battit les oreilles cent fois ? Vos commis vous respectent peu , de vous faire dire dans celtelettre que vous apprenez à l'instant ce que vous savez bien que vous sane:i depuis six mois ! (Je vous nommerai celui que vous devez gronder. )

MEMOIRES

« Vous auriez réfléchi en outre que si ces armes eussent été neuves, je n'aurais pu vous les laisser au prix de huit florins banco , ou de quatorze schellings en or, ou de dix-sept francs en éciis, ou de iretite livres en assignats (c'est tout un) , quand vous aviez la bonhomie {que vous avez encore, messieurs) d'aclieter pour trente schellings en or, à Londres, qui font trente-six livres en écus et plus de soixante livres en assignats , des fusils neufs très-médiocres; lorsque, dans la même ville, vous avez depuis acheté c^e «;i/t(jr^7«.'>(7M'à vingt-cinq livres schellings en or, ou trente livres en écus, ou plus de cinquante en assignats, de vieux fusils qui presque tous avaient servi de lest dans les vaisseaux allant aux Indes , dont on était forcé , pour parvenir à vous les vendre, de détremper toutes les platines \)Our \)ou\OïT dévorer la rouille, n'y retrempant que la batterie!

« Vous les recevez néanmoins sans vous plaindre ni du haut prix ni de la basse qualité , parce que ce sont, nous dit-on, vos ajfdiés qui \es fournissent (oui , mais perpartachir, comme dit le Ragusain) , ce qui est un peu loin du prix modéré de mes armes vendues à huit florins ou quatorz-e schellings en or, ou dix-sept francs écus de France, ou trente livres en assignats; mes armes, dans lesquelles il se trouve une forte partie de neuves , que vous n'auriez pas aujourd'hui pour six couronnes à Liège, ou trentesix livres en écus, ou soixante livres en assignats; mes armes, que je soumettais au triage, les ayant achetées en bloc!

« Vous auriez enlin réfléchi qu'un cautionnement commercial de cinquante mille florins n'est point un déboursé de cette somme; et que tout se réduit, en rapportant Yacquit à caution déchargé, à une commission de banque, qui ne va pas à deux mille francs, connue je vous l'ai dit vingt fois , tant chez vous qu'au conseil des ministres : mais l'ignorance et la malignité marchent de pair autour de vous , monsieur; c'est le malheur des mauvais choix!

« Notez, ministre trompé, que ceux qui vous écrivent ou qui vous donnent ces belles notions sur mes armes ne les ont jamais , jamais vues, car elles sont encaissées depuis prés d'une année.

« Notez que ces donneurs d'avis ont fait près de moi l'impossible pour me les arracher en bloc, tant a Paris que depuis à la Haye, à un florin de moins que vous ne les payez.

« Notez que^e vous l'écrivis le 19 août à Paris; que mon refus de les céder mefU emprisonner, trois jours après, à l'Abbaye , où , sous vos boiis auspices , ils vinrent renouveler leurs offres, où je manquai enlin d'être égorgé : ce que la société voulait.

« Notez encore , 6 ministre trompé, que ces acheteurs EXCLUSIFS (PiiiviLÉGiES par vous) de toutes fournitures hollandaises , et que vous goryez d'as-

signats (comme l'on fait pour ses amis) , ne peuvent pas m'offrir sept florins huit sous, sans les frais , au premier mot qui leur échappe , s ils ne sont pas certains de les vendre dix, onze ou douze florins à la nation, par l'entremise bénévole de nos ministres patriotes; surtout s'ils donnent, commue ils disent, vingt-cinq pour cent de toutes leurs fournitures au protecteur du privilège, sans tous les intérêts qu'on réserve aux amis {per partachir, bien entendu) !

« Votre secrétaire vous fait dire , dans la lettre que je commente, que depuis quelque temps vous ne vous mêlez plus d'achats-d' armes. Ah! plût au ciel, pour la nation, que vous ne vous en fussiez jamais mêlé! Mais tàtez-vous sérieusement, j'ai peur qu'on ne vous trompe encore; témoin l'élu Constantini , qui en achète par vos ordres.

« Il vous fait dire aussi que vos prédécesseurs, m traitant avec moi, feignaient tous de vouloir ce qu'ils 7ie voulaient pas. (C'est sans doute servir la patrie que vous entendez par ces mots). Mais il oublie que vos prédécesseurs Lajard, Chambonas et de Graves eurent la modestie que vous n'avez pas eue , de consulter les comités de l'assemblée 7iationale ; qu'aucun d'eux n'a rien fait sans leur avis au préalable ; d'où il résulte , selon vous , quoiqu'on n'ose pas vous le faire dire, que tout ces comités étaient leurs complices et les miens; tandis que vous, ministre soi-disant patriote , m'avez tout refusé pour le service de la patrie, quand je partis pour la Hollande, malgré r avis des comités, quoiqu'ils Fexigeassent de vous, au nom de l'assemblée , et que vous le leur promissiez!

« Ministre , il est bien clair que vous n'êtes en ceci ni mon complice ni le leur. Personne ne vous eu accuse. Si vous aviez besoin d'un joli témoin sur ce fait, l'ami Constantini pourrait très-bien vous en servir.

« Je finis. — Si, au lieu d'apprendre ces clioses ou de vos commis ou de moi, par hasard , ministre trompé, vous en étiez instruit d'avance, je me verrais réduit à supputer que vous aviez bien envie de ces armes, pourvu que Y élu les fournît, et non moi; que comme il est certain qu'il ne les obtiendra jamais, cette brutalité gauloise, bien annoncée par lui à ses amis , peut avoir fait changer les anciennes mesures en de nouvelles plus sévères, qu'on nem'annonce encore que vaguement ! Alors je serais bien tenté de vous écrire , en finissant ma lettre avec respect, que je suis en grande surprise de votre conduite impolitique.

« Citoyen ministre trompé.... dans vos vues ,

.< Signé Caron Beaumarchais.

'< ./ Dieu ne jilaise que je le pense! Mais puisque

MEMOIRES

\oiis nvez, dites-vous, ooinnuiniqué la lettre au nouveau ministre l'aclte , connnuniquez-lui la réponse : c^est tin commencement d'instruction dont il vous saura très-bon gré. »

Quand ma lettre fut à la poste , je me sentis bien soulagé : ma foi ! pour celle-ci , elle partit à son adresse, craignant pour mon chef de bureaux qu'on ne lui fit un mauvais tour si je l'en rendais le porteur. Attendons , dis-je , maintenant les avis que ion me promet. Voyons surtout ce que dira notre nouveau ministre Pache.

Je m'en allai à Rotterdam faire dresser les actes que je voulais avoir du négociant Osij , premier vendeur. 11 parut étonné de ce genre de précaution. Je l'assurai que ma position l'exigeait. Cela le rendit talonneur. Je m'apercevais bien qu'il servait son pays; mais qu'avais-je à lui dire, moi qui servais le mien ?

Enfin nous terminâmes tout, moyennant les quatre actes notariés que l'on peut voir. Le premier, par lequel il me reconnaît légalement propriétaire (les fusils, moyennant toutes les sommes à lui payées par moi, dont la quittance finale est de la mo- «lique somme de )nille vingt-six florins deux sous huit deniers pour solde ;

Le second, par lequel Je m'engage de ne point faire sortir les armes de Tervère , sans lui avoir Journi le cautionnement de cinquante mille florins d'.'tllemagne ;

Le troisième , par lequel je m'engage à lui rembourser tous les frais de magasinage et autres qui ne sont pas compris dans le payement des armes , et doivent en être arbitrés ;

Le quatrième, enfin, par lequel je promets de ne le point poursuivre personnellement pour les obstacles politiques que LL. HH. PP. ont mis a l'exiradition de mes armes.

Plus, une lettre à James Turingfils, de Tervère, avec ordre de me livrer tous les fusils qu'il a reçus, mais d'empêcher l'embarquement jusqu'à remise par moi du cautionnement engagé! Plus, ! une lettre à son armurier de Bruxelles , pour qu'il se transporte à Tervère à ma réquisition , y reconnaître que tes fusils 71' ont été vus ni touchés i^ar personne depuis qu'il les a encaissés au mois de février dernier, et que tout est conforme à l'état qu'il en a donné.

On voit que je suis bien en règle. Mais dans ceci je ne vois pas que personne y fasse mention ni des prétentions d'un Provins que Lecoïntre m'a opposées , ni des arrêts que ce Provi)is a mis auprès du négociant Osy, pour qu'il ne livrât point ces armes à Pierre -Jugustln Beaumarchais , qui est moi.

Dans tout ceci je ne vois pas non plus qu'il soit question lïaucuns débats sur ma propriété des armes, par aucun autre propriétaire qui les ait arrê-

tées à Tervère, comme /c^ ministre Lebrun a dit expressément au dénonciateur Leruintre qu'il venait d'en faire à l'instant la très-heureuse découverte.

Monsieur Lebrun ! monsieur Lecointre ! ces quatre actes sont imprimés. Les originaux, je les ai. Lisezles bien , chacun dans votre esprit. Lebrun suit la marche des taupes; on a rendu Lecointre injuriant pour moi : deux genres d'escrnne où je ne suis pas fort. Voyons si la raison et la modération sont des armes d'assez bonne trempe pour faire plier celles-là!

Un mot d'explication est nécessaire ici pour lever toute obscurité sur la conduite des Hollandais.

Loin que les états puissent dire (connue le prétend iM. Lebrun) qu'ils n'ont jamais empêché ces armes de sortir; qu'il y a eu seulement des oppositions de personnes se disant propriétaires, etc. , la vérité , prouvée par pièces juridiques (ma requête du 12 juin et la réponse des états-généraux du 20 juin 1792), la vérité , dis-je, est que le seul réclamant qui se fut opposé au départ de ces armes était un sieur liuohl , ministre , agent de l'empereur , qui prétendait que son auguste maître avait encore des droits sur ces fusils, quoique M. Osy (de qui seul je les tiens) les lui eût bien payés comptant ; quoique ce même Osy , avant de les faire enlever des citadelles de Matines et Aamur ou (i\'/nvers, pour satisfaire aux lois de son traité, eiit fait fournir à l'empereur, par JMM. / alkiers, (iamaraches de Bruxelles, un cautionnement de cinquante mille florins , lequel est libellé dans l'acte , duquel cautionnement , qui éteint tous droits de l'empereur, je me suis fait donner , comme on l'a vu, cette attestation notariée par le même banquier Osy, ainsi que quittance finale de mes payements faits à lui par-devant le même notaire, pour répondre à INI. Buohl , et plus encore à MM. Claviére et Lebrun, qui feignaient d'élever des doutes non-seulement sur ma propriété, mais sur l'existence même des armes dans le port de Tervère.

La note de IM. Buohl remise aux états de Hollande, au nom du roi de Hongrie, devient tellement importante pour reconnaître à tout jamais la vérité, le vrai motif de l'embargo des Hollandais sur nos fusils, et la véracité du ministre Lebrun, que je vais l'insérer ici.

Note de M. le baron de Buohl, chargé des affaires de la cour de Flenne , remise le 5 juin 1792 à LL. HH. PP. ; et le S, par M. le greffier Fagel, à M. de Maulde, tninistre plénipotentiaire de France à la Haye, qui en a remis copie à M. de La Hogue le 9, lequel a répondu le 1 2, et auquel LL, HH. PP. ont répondu le 2C)juin.

« Le soussigné, chargé d'affaires de S. M. le roi

MÉMOIRES

npostolique de ïîongric et de Boliême, a l'honneur de s'adresser à M. le greffier Fagel^ le priant de vouloir bien porter à la connaissance de LL. HII. PP. , que les armes qui se trouvent actuellement ou port de Tervère en Zélande sont celles qui ont été vendues par le département de l'artillerie du roi aux Pays-Bas, à la maison Jea7i Osy et fils de Rotterdam, sous la condition expresse que lesdites armes seraient transportées aux Indes, et qu'il en con.staterait au gouvernement. Cette condition , bien loin d'avoir été remplie, ne pourrait que trop facilement être éludée, au préjudice du service de S. M. , par l'effet d'un contrat de rétrocession fait en faveur de divers acquéreurs.

« Le droit manifeste qui en résidle pour le roi apostolique de réclamer sa propriété ' , par le nonaccomplissement de la condition mentionnée, a motivé les ordres très-précis en vertu desquels le soussigné est ciiargé de demander l'interposition et l'autorité de LI>. HH. PP. , afin que lexir exportation ne puisse s'obtenir sous aucun pbétf.xte quelconque.

(Entendez-vous ces mots, mon dénonciateur : sous aucun prétexte quelconque? Tout vous paraîtil expliqué?)

« Les états-généraux se prêteront sans doute avec d'autant plus d'empressement à cette mesure do justice , qu'ils ne sauraient manquer d'apprécier dans leur sagesse les raisons combinées qui ont porté le gouvernement-général à s'attacher à la condition exprimée , dont les circonstances survenues depids justifiait trop l'objet poua s'en désistée.

(Entendez-vous encore ceux-ci, Lecointrc? sentez-vous maintenant jusqu'à quel point vous fûtes abusé par le pubiiciste Lebrun?)

« Fait à la Haye, le 5 juin 1792.

« Signé le baron de Buohl-Schavenstein. «

Or ce M. BuoJil, au nom de l'empereur, avait porté sur ces fusils les prétentions que vous venez de lire , et dont le ministre Lebrun , qui feint toujours de l'ignorer, a la preuve depuis six mois dans cette même note de M. Buohl du 5 juin 1792; dans notre requête du 12, présentée par M. de Maulde aux états-généraux , en réponse à M. JSuohl, avec

' Il est joli le droit, quand il n'y a nulle époque lixée dans lesdils actes , et qu'Osj/ a fourni une caution de cinquante mille florins; et quand les tribunaux de Pempereur même ont fait adjuger ces armes au sieur Lnhnye , sur la rétrocession d'O.sî/ .' Il est vrai que c'était avant qu'ils sussent ((ue Lahaye me les céderait pour la France. Les manœuvres n'ont commencé contre l'extradition des armes que lorsqu'ils ont été instruits, par la loyauté de vos bureaux de la guerre d'alors, que j'étais Vachetcttr dcf, fusils, et qu'ils étaient pour nos soldats. Voilà ce que Lebrun n'a jamais ignoré. Ainsi le droit de l'empereur éta'û aussi/«;)rfe que Virjnorance de Lebrun sur ce fait éta/t vraie J

une note pressante de noire ambassadeur; enfin, dans la réponse de LL. illL PP., du 2u même mois : toutes lesquelles pièces ont été remises à Lebrun, étant premier commis, par M. Chambonas ; et depuis par moi-même , en sa qualité de ministre.

Et les complaisants Hollandais (grâce à leur molle politique ) trouvaient les prétentions du sieur Buohl si justes , c^u'ils en arrêtaient nos fusils! comme si la Hollande, où ces armes sont par transit et dont j'ai jjayé tous les droits, devait à ce jOitohlla complaisance de vexer un Français pour plaire à sa gracieuse md\eslé , très-impériale sans doute, mais nullement propriétaire !

Vous avez vu comment LL. HH. PP. , en répondantà notre requête du 10 juin, oii nous demandions l'extradition des armes à grands cris, disaient, dans leur réponse du 2G, que les propriétaires {qui sont moi ) avaient eux-mêmes renoncé à rexportatien de ces armes. Puis , quand ces vrais propriétaires leur soutenaient avec respect qu'ils n'avaient dit nulle part cette lourde bêtise verbalement ni par écrit, nosseigneui's ne dissieni plus rien, fumaient gracieusement leurs pipes, et gardaient encore mes fusils.

Bien est-il vrai qu'ils ajoutèrent dans leur réponse du 26 juin {ce qui est plus intéressant) que ces négociants {toujours moi) étaient les maîtres de disposer, d'après leur bon plaisir, des neuf cent vingtdeux caisses, vingt-sept barils (/o/inmwj:) de fusils et de baïonnettes , dans riNTÉRiEUR de la république, aXtenduciueV importatioji de ces armes est permise SANS RESTRICTION, moyennant le payement des droits, qui ont été acquittés. (Acquittés par moi, monsieur Lecointre! acquittés par moi, monsieur Lebrun!) Ne perdons pas le fil du raisonnement d.es Hollandais : il est parfait.

Ils me donnent le droit de vendre mes armes dans Vintérieur, parce que j'ai payé les droits : mais quels droit leur ai-je payés? ceux de transit. Admirez la justesse ! parce que j'ai payé les droits qu'on nomme de passage, celui d'entrée et de sortie , ils gardent mes fusils sous clef! (Dieu bénisse les politiques avec leurs fatals raisonnements!) Et c'est de cette nourriture qu'on alimente ma raison depuis neuf tristes mois, tant en Hollande qu'à Paris! Hollandais , Buohl el Lebrun, vous êtes tous de la même force !

Notez encore que ces États, amis de l'empereur FRANÇOIS, me donnaient une permission {que je ne leur demandais point,) de vendre ces fusils en Europe à nos ennemis , qui les recherchaient à tout prix { SI c'est mon bon plaisir, disent-ils ! ), malgré que l'empereur, leur ami , eût exigé d'un Hollandais que ces armes \Xii\Q\û.]x Saint-Domingue, sous peine de cinquante mille florins , et malgré que LL. HH. PP. , à l'appui de cette sûreté , eus-

MEMOIRES

si'i\l oxigô do nous en avril trois fois la valeur de ces armes. Jeu puéril! tout était oublié! Soldats français, tout était bon, pourvu que vous ne les eussiez jamais! Et nos perfides ministres en abusant Lecoiutre , et faisant publier la chose, viennent de taire gagner la partie à vos ennemis , par votre décret de novembre !

Hélas! nosseigneurs de Hollande nous traitaient comme gens qui ne méritaieiit pas quonse donnât lapeine d'avoir raisonen leur parlant ! Moquerie outrageuse que Lebrun connaissait ! Et c'était votre ambassadeur, ô Français, qu'on bafouait ainsi : car il appuya ma requête d'un très-fort mémoire de sa )nain, au nom de la nation française! Riais pourquoi m'en étonnerais-je, lorsqu'il était bien plus bafoué par le ministre de Paris que par le bureau de la Haye?

En demandant pardon à cet ambassadeur maltraité, vexé, rappelé, quoiqu'il soit bien dans la diplomatie un des hommes les plus forts que j'aie jamais rencontrés, un travailleur infatigable, à qui je donnerais très-hautement.ma voix pour en faire un ministre des affaires étrangères , si on les choisissait sur leur capacité : hélas! j'en dis tout le bien que j'en sais , pour qu'il daigne me pardonner la contrariété que je me vois forcé de lui faire éprouver.

Pour revenir à mon affaire , je somme donc M. de Maulde de déclarer, sans nul détour , si tout ce que j'ai dit tenir de lui sur le Constantini est faux.

Je le somme de présenter la lettre qu'il a 'reçue à ce sujet de la veuve Lombaert d'Anvers , sur la cession de mes fusils.

Et comme le Constantini est vantard, avec son parler un peu niais, je somme aussi |M. de Maulde de déclarer à la nation si ce que cet homme a dit en d'autres lieux, savoir : qu'il donne un intérêt de vingtcinq pour cent sur tous ses achats de Hollande à certain protecteur de son privilège exclusif et lui en a remis sa soumission , il ne le lui aurait pas dit aussi dans ses vanteries accoutumées.

Je le somme encore de nous dire s'il ne lui a pas fait quelque offre semblable , à lui-même , pour fermer les yeux sur le tout, même y aider dans l'occasion.

Ce qui m'engage à peser sur ces faits , c'est le rappel , si brusque et sans motif, de cet ambassadeur, au moment où c'était un crime d'enlever de la Haye un homme aussi instruit des intérêts du Nord , aussi aimé des Hollandais , très-estimé de leur gouvernement, quoiqu'onlui fît desavanies par /iai«erfe?io/re nation; au moment, dis-je, où tous les cabinets venaientse mêleretse pemdreaucabinetstathoudérein comme tout l'horizon se peint sur la rétine de notre œil , grande comme un œuf de serin !

Et si, contraire au triumrapinat , l'honneur de JI. de Maulde l'a obligé de rejeter leur offre , je ne

m'étonnerai plus de son brutal rappel, quoiqu'il fik l'homme le plus propre à nous bien servir en Hollande!

Des regards aussi vigilants auraient pu gêner bien des choses! Eh! qu'est le bien de la patrie près de M. Constantini? Il a bien mieux valu y euvoyer Thainville , qui, tout aussi vantard que l'autre , leur disait noblement a« Havre , en racontant qu'il allait relever de Maulde : Je m'en vais à la Haye balayer toute la boutique!

Cette diplomatie peut sembler un peu bien étrange à ceux qui savent combien il faut de vrai talent, de grâces, de ruse et de souplesse pour faire supporter ces missions inquisitoriales!

Tels sont les gens qui mènent nos affaires , en faisant du gouvernement un réceptacle de vengeance, un cloaque d'intrigues, un tissu de sottises, une ferme de cupidité!

Après avoir fini avec Osy de Rotterdam , et sans aucun é^ard aux menées de Lebrun, mais attendant ce qu'il me ferait dire par son nouveau collègue l'ache, j'écrivis à ]\I. de Maulde une lettre officielle, le 21 novembre , ayant rapport h la réception de mes armes, qu'il était obligé de faire en qualité de maréchal de camp. J'y joins la lettre de ce ministre , en réponse à la mienne du 22.

Cette réponse de M. de Maulde, exacte et fort honnête , comme tout ce qu'il écrit , est remarquable par trois points :

1° Par la conviction où il est que tous ces revendeurs protégés de marchandises hollaiidaises, Constantini et compagnie , ne me pardonneront pas de les avoir privés d'agioter sur mes fusils. Je crois , dit-il, guepour parer encore à quelque diablerie, car tous ces factieux d'agioteurs ne vous les économiseront pas , etc.

2° Elle est remarquable par sa très-franche volonté d'exécuter sur ces fusils les devoirs que lui imposait le traité du 18 juillet, d'après les ordres de Lebrun, qu'Une croyait point illusoires.

3° Par la fatigue qu'il avait des vexations sans nombre que mon affaire n'avait cessé de lui faire éprouver depuis huit mois qu'il la traitait et la suivait auprès des états de Hollande. ( Voyez sa lettre.)

11 y en avait donc réellement, de longues et fatigantes vexations de la part des états de Hollande s?<;'ce//eo;ya/re, que l'ambassadeur vigilant ne perdait pas de vue depuis huit mois, dont il avait lassé les ministres de France, et dont Lebrun, qui sedonne l'air aujourd'hui de s'instruire des faits par un nouvel agent, avait eu les oreilles battues et les deux yeux frappés cent fois comme premier commis, ensuite comme ministre, par vingt dépêches de M. de Maulde., et par mes vives réclamations!

M. de Maulde m'envoyait avec sa ré>)()nse une

MEMOIRES

lettre réqiiisilorialc au commandant français à Bruxelles. La voici :

« La Haye, ce 22 noveiiil)r(! I7y2, l'an l" Av. la r('piibli(jue française.

'< Citoyen, « La présence de M. Tomson de Bruxelles étant absolument nécessaire dans ce pays pour terminer un achat d'armes fait parle citoyen Beaumarchais pour le gouvernement de notre république , je vous prie , citoyen général , de faire obtenir à ^L Tomson le passe-port nécessaire pour ce voyage. Servir la patrie, voilà notre devoir et notre plaisir. L'aimer uniipiemeut, voilà le culte digne de nous, vrais Français républicains.

« Signé Emm. de Maulde de Hosdan. »

Le 24 novembre , je demandai à ce ministre plénipotentiaire de France, mais officiellement , copie des lettres que les différents ministres lui avaient écrites sur l'affaire des fusils. Il répondit qu'il n'était pas d'usage qu'on donnât en diplomatie copie des lettres gui pouraicnt parler d'autres choses, mais seulement de bons ejctrails. Il voulut bien me les envoyer.

On peut remarquer cette phrase dans ma lettre : Je ne vous parle plus de ce fatal cautionnement , etc., qui n'arrice jamais , etc., parce que la maliieillance qui Varrète ne vient mdlemcnt de votre part, et que vous en avez écrit plusieurs fois au ministre, comme je l'ai fait moi-même, eXc.

On peut remarquer celle-ci dans la réponse de M. de Maulde : Il faut donc être enmesure de prêter ce cautionnement, ounous 7ie tenons rien. Fous ne douiez pas que je ne retrace souvent cette observation AU MINISTRE , à qui je présume que le citoyen Beaumarchais écrit chaque courrier.

Hélas ! oui, je lui écrivais ; ]\I. de Maulde lui écrivait; ro«.9/a«^i/ii sans doute aussi lui écrivait. L'usage qti'il a fait des trois correspondances est l'exécrable et dernier acte de ce drame ministériel ; mais comme c'est la fin de tout, avant de vous le présenter je dois votis mettre sous les yeux ma lettre pressante du 30, et laréponse deM. de Maulde, sur la livraison de mes armes. Elles sont trop importantes pour ne les pas insérer dans le texte. Voici ma lettre :

" La Haye, ce M novembre I7P2, l'an \" de la république.

» Citoyen ministre plénipotentiaire de France,

a J'ai l'honneur de vous prévenir que l'armurier de Bruxelles, que mon vendeur hollandais et moi avons été d'accord de faire venir à Tervère pour y reconnaître en ma présence et en la vôtre la quantité des armes en caisses qui y sont détenues depfiis plus de sept mois, est enfin arrivé à la llcoje sur l'ex-

pédition du passe-port que le général français qui commande à Bruxelles lui a donné, d'après la demande que vous lui en a\cz faite vous-même.

« .le vous ai prévenu dans le temps, citoyen ministre et ministre-citoyen, que si nous préférions cet armurier brabançon à tout autre , c'est parce que, depuis le commencementde l'affaire, cet homme a été chargé d'abord de faire passer les armes des citadelles de Matines et de Namur en Zélande; ensuite de réparer la partie des fusils qui en avait le plus besoin; qu'il a huilé et encaissé ces armes , et qu'il en a remis alors l'état certifié à mon vendeur, lequel me l'a remis depuis en le certifiant lui-même.

« La malveillance ministérielle , qui jusqu'à ce jour a retenu en France le cautionnement exigible tant demandé et tant de fois promis, ayant servi de prétexte à la malveillance hollandaise pour empêcher l'embarquement et l'extradition de ces armes, vous savez aussi bien que moi que le moment de résipiscence hollandaise, que nous devons aux grands succès de Dumouriez, est à peu près déjà passé, par le décret de la convention nationale sur l'ouverture de la Meuse et de l'Escaut. J'ai donc l'honneur de vous requérir, et même de vous sommer ( pardonnez la rigueur du terme à la rigueur des circonstances ) ; j'ai l'honneur, dis-je, de vous requériretsowme/' de vous transporter avec moi à Tervère , pour y recevoir, en votre qualité de maréchal de camp, mon expropriation légale et la livraison réelle de ces armes , payées depuis si longtemps par moi . au même instant où elle me sera faite à moi-même, aux termes du traité passé le 18 juillet dernier entre les ministres de la guerre Lajard et di-s affaires étrangères Chambonas, d'après l'avis très-motivé des trois comités , Diplomatique, Militaii'e, et des Douze, ?T'«/iiA; traité dont la teneur, expressément reconnue par le ministre Lebrunn, en date du 20 septembre, qui vous l'a envoyé par moi, vous y oblige, ainsi que l'ordre exprès, que ce ministre vous a donné pour la partie qui vous concerne dans ce traité, par sa lettre du 20 septembre, que je vous ai remise à mou arrivée à la Haye.

« Pardonnez si je vous préviens, citoyen ministre plénipotentiaire , qu'à votre refus de le faire à ma réquisition, si une guerre, qui paraît malheureusement trop prochaine, entre la France et la Hollande aidée de l'Angleterre, privait la patrie de ces armes qui lui appartiennent, soit par quelque pillage ou l'usurpation que les Hollandais en feraient,. ye me verrais forcé dès à présentd'en réserver to u x E L a respo n- SABILITÉ sur vous , commeje l'ai déjà fait a Paris sur le ministère de France, pour le refus de fait , qui existe de sa part, d'envoyer en Hollande le cautionnement exigé par le traité du \% juillet, eld'en exécuter les conditions ; vous rendant garant envers la nation de toute la perte quirésullerait pour elle de ivoire rej'us de partir.

MÉMOIRES

« J'ai écrit au ministre Lebrun, pour être mis

sous LES YEUX DU CONSEIL EXFXUTIF PROVISOI- RE, que Je ne ferais pas une dcniarclie en Hollande sans lui donner toute la rigueur di's formes, ro««rti.ssant bien les motifs des oppositions, et mon intention étant de dénoncer à la nation toutes les lâches intrigues dont nos ministres sont malheureusement investis etenveloppés, pour empêcher cesarmes d'entrer en France.

« Agréez, citoyen ministre plénipotentiaire de France, les salutations respectueuses du vieux citoyen

« Beaumarchais. »

•T'étais malade; ma lettre lui fut envoyée par im de mes amis, auquel il répondit :

« I-a Haye, ce 3" novcinhre iTOi.

« Citoyen , « Je ne puis que transmettre au citoyen Caron Beaumarchais l'ordre impératif du ministre de la guerre. Il ne m'appartient pas de le commenter. Notre ministère nous astreint aux notifications qui nous sont imposées. Je les fais officiellement ; c'est remplir mes obligations. Je sais, comme particulier, ce que l'honneur et la justice me prescrivent , et je n'aurai jamais besoin à cet égard de consulter personne. Mais comme garçon-ministre , subordoûn;i dès lors, je ne puis qu'obéir. Vous sentez qu'il ne m'est plus possible de me rendre à Tervère. Il est vraisemblable que les causes d'un ordre qui m'étonne seront bientôt manifestées : peut-être même eu serez-vous plus tôt instruit que moi , car les nouvelles 7n'arrirent bien lentement.

• Votre concitoyen , « Le ininislre plénipotentiaire de France, « Emm. de iMaulde de Hosdan. »

Sa lettre contenait la copie officielle d'une autre lettre du ministre Pache, très-importante h lire pour juger du désordre et de la profonde ignorance ou vivaient tous les malveillants qui ont fourni les matériaux de ma dénonciation ; lettre que Lebrun envoyait tout o«ye?'fe au citoyen Maulde ; accc nn mot de lui (ce qui la rend plus digne de remarque) a Maulde , qu'il nommait encore ministre plénipotentiaire à la Haye, quoiqu'il y eût un mois que Thainville , qui le balayait, était parti en poste , avec son balai, de Paris.

O désordre! ô contradiction! Je jure que tout marche ainsi dans ce fatal département.

Lettre du ministre Lebrun.

« Paris, le 20 noveml)re 179-2, l'an V de la république.

« Le ministre des affaires étrangères envoie la

BEAVMiVRCHAIS.

lettre ci-jointe au citoyen Maulde , que vient de lui remettre le citoyen ministre de ia guerre. »

Lettre du fninisfre Pache. {artillerie.)

« Je vous prie , citoyen , de mettre le plus de célérité qu'il vous sera possible à m'informer J . en conséquence de l'invitation qui a pu vous en être faite à la fin d'avril ou au commencement de mai dernier, vous avez , conjointement avec le maréchal de camp la Ilogue, fait vérifier et constater l'état et la quantité des fusils et autres armes à feu déposés au port de Tervère au compte de Caroyi Beaumarchais ; et si vous avez fait ficeler et cacheter les caisses qui les contiennent, afin qu'elles restassent dans leur intégrité.

« Si vous avez eu mission, citoyen, pour faire cette opération , et que vous l'ayez remplie , je vous prie de ne pas différer un instant à m'en faire part, et de surseoir, en attendant , à toute vérification ultérieure à cet égard.

« Si, au contraire , vous n'avez eu ni mission à ce sujet ni opération à faire , il convient que, sous quelque prétexte que ce soit , vous n'en commenciez aucune , jusqu'à ce que , d'après les renseignements que je vous prie de me donner <à cet égard , je vous fasse connaître le parti à prendre ultérieuren)ent.

" Signé le mitiistre de la guerre, P\che. » Au-dessous est écrit :

« Pour copie demandée par le citoyen Beaumarchais, le premier décembre au matin.

« Signé Lteroi v'Uy,u\ al, secrétaire. »

Réellement on ne sait par ci» prendre ce chefd'œuvre ministériel, pour en faire le commentaire. Certes ce n'est point là l'ouvrage de M. Pache. Un ministre sensé n'écrit point de telles sottises sur une affaire qu'il ignore , et quand il se doute , surtout, qu'il pourra être relevé. IMais le hasard, joint à mes réflexions , m'a fait trouver encore le mot de cette absurde énigme.

La lettre est d'un commis, fabricateur des fausses instructions qui ont trompé le citoyen Lecointre.

Avant de parler de cet homme, commençons d'abord par commenter sa lettre signée Pache.

(la lettre)

Je vous prie (dit le ministre mal instruit a l'ambassadeur bien instruit) de ^n^informer si, en conséquence de r invitation (pd a pu vous en être faite à la fin cTavril ou au commnicement de mai dernier, etc.

— Que parle M. Pache, des mois d'avril et de 7)îai? est-il possible qu'il ignore que les ordres donnés par le minisire Lebrun au citoyen ministre Maidde sont du 20 septembre dernier : lesquels ordres, portant de recevoir mon expropriation à Ter-

MÉMOIRES

vàe, aux termes de Y article 8 da traité du \S, juillet, ne peuvent avoir aucun rapport à ce qui existait avant layni d'avril, temps auquel cette livraison (levait, par moi, se faire au Havre, et sur laquelle ]\i. de Maidde n'avait eu ni invitation ni aucun ordre de personne, car il n'était pas en Hollande?

(la lettre.)

Si, en conséquence de Vinvitation d'avril... vous avez, conjointement avec le maréchal de camp laHogue...

— Grand merci, monsieur Poe/; e, pour mon ami la Hoguel le voilà, grâce à vos commis , maréchal de camp en avril, lui qui n'y a jamais songé : et vous lui faites ce ridicule honneur sur ce que, le 18 juillet , un traité fait par deux ministres, sur l'avis des trois comités, enjoint au citoyen de Maulde, en qualité de maréchal de camp, de recevoir la livraison des armes de mon ami M. de la Hogue, nullement maréchal de camp , mais chargé de faire pour moi la livraison à cet ambassadeur, en vertu du traité passé le 18 juillet!

Si de pareilles lettres sortaient d'un des cabinets ennemis , que de rires nous en ferions ! comme nos gazetiers de Liège s'en extasieraient de plaisir ! Je vois ici le commis-rédacteur se pavanant de sa sagacité. Il me rappelle un chasseur gentilhomme qui, voulant se donner un air savant sur la mythologie , avait nommé son chien Thisbé, et sa chienne /'i/mmCf et s'en pavanait devant nous. Je vous dirai dans un moment quel est ce sage commis-là.

(la lettre.)

Si vous avez , conjointement avec le maréchal de-camp la Hogue, fait vérifier... et fait ficeler et cacheter les caisses {et toujours en avril).

— Suivant l'ordre donné , comme je l'ai dit plus haut, le 20 septembre suivant , remis le 12 octobre au citoyen Maulde, par moi, missionnaire de M. Lebrun.

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