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« D'où je vois que le Barbier de Séville a coûté , en frais journaliers , tant ordinaires qu'extraordinaires, trois cent huit livres par représentation. Point d'équivoques à cet égard.
« Cet article n'exige donc pas plus que celui des petites loges une cote mal taillée. Eh! croyezmoi , messieurs , point de cote mal taillée avec les gens de lettres : trop fiers pour accepter des grâces, ils sont trop malaisés pour essuyer des pertes. « Tant que vous n'adopterez pas la méthode du compte exact, ignorée de vous seuls, vous aurez toujours le déplaisir de vous entendre reproclîer un prétendu système d'usurpation sur les gens de lettres , qui n'est sûrement dans l'esprit ni dans le cœur d'aucun de vous.
« Pardon si je prends la liberté de rectifier vos idées, mais il s'agit de s'entendre; et comme vous me paraissez, dans votre lettre, embarrassés de la meilleure foi du monde à donner une forme exacte au plus simple arrêté, je me suis permis de vous proposer une méthode à la portée des moindres liquidateurs.
« Deux mots, messieurs, renferment toute la question présente : Si l'état que je vous ai renvoyé n'est pasjuste, il faut le rectifier; si vous le croyez trèsexact, il faut le certifier. Voilà comme on marche en affaires d'intérêts.
a Je vous remercie des éclaircissements que la Comédie veut bien me promettre à ce sujet ; je n'en puis désirer aucun avant que les bases fondamentales de notre compte à régler soient posées exac-
COMPTE RENDU
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« teiiient , et certiliées par vous : le reste ne sera que « des points de fait sur lesquels , de votre part , le oui « ou le non, bien réfléchi , me suffira toujours.
« J'ai riionneur, etc. »
Au lieu d'envoyer cette lettre le jour même, je la gardai jusqu'au 31 janvier, qu'elle partit avec le mot suivant :
« J'ai laissé reposer deux jours sur mon bureau , « messieurs , la lettre ci-jointe , avant de vous l'a- « dresser. Je viens de la relire à froid , je n'y trouve « rien qui doive l'empêcher de partir ; elle est l'ex- « pression de mon estime et de mes sentiments pour « vous; elle contient une méthode aussi claire qu'ai- « sée pour compter avec les auteurs , du produit net « des petites loges , et des frais extraordinaires que « les drames nécessitent. Je vous prie de la lire avec « attention, d'en accueillir les dispositions, et de « vouloir bien m'honorer d'une réponse accompa- « gnée de notre compte en règle , afin que cette af- « faire entamée entre nous ne languisse pas davan- « tage. »
La Comédie, touchée de mes égards, et surtout des soins que je me donnais pour lui en épargner beaucoup, me répondit, le 1" février 1777, en ces termes :
« Monsieur, la Comédie n'a d'autres désirs que de « vous rendre la plus exacte justice, et de faire les .< choses de la manière la plus régulière et la plus « honnête.
« Pour y parvenir , die a assemblé messieurs les « avocats de son conseil , qui ont bien voulu se char- « gcr, avec quatre commissaires de la société , d'exa- « miner chacun de vos chefs de demande. Dès qu'ils « auront pris un parti déflnitif, la Comédie aura l'hon- « neur de vous en faire part. Nous sommes , etc. »
Assembler tout un conseil d'avocats , et des commissaires tirés du corps delà Comédie, pour consulter si l'on devait ou non m'envoyer un bordereau exact et signé de mes droits d'auteur sur les représentations de ma pièce , me parut un préalable assez étrange. Mais enfin , résolu de porter la douceur et les égards aussi loin qu'on pouvait Tespérer d'un ami du bon ordre et de la paix , j'envoyai au Courrier de l'Europe le désaveu d'un mécontentement qu'on m'y supposait , des comédiens , dans un paragraphe assez dur pour eux ; et je leur adressai à euxmêmes , le 8 février 1777 , la lettre suivante pour les en prévenir, en y joignant mon désaveu public :
« Jevois avec déplaisir, messieurs, que votre len- « teur à régler notre compte éveille vos ennemis et « les met en campagne. Un paragraphe du Courrier « de r Europe , que je vous envoie , indique assez « qu'on veut user de ce prétexte et de mon nom pour « vous maltraiter dans les papiers publics.
« Il ne me sera plus reproché , messieurs , d'entre-
« tenir cette erreur funeste à votre réputation même, n par un silence qui pourrait être pris pour un tacite « aveu de ma part.
« Ne m' étant plaint encore à personne de votre «■ lenteur, qui sans doute est l'effet de l'exactitude et « des précautions que vous mettez à la rédaction de « notre compte, je désapprouve infiniment les libertés « qu'on se permet à cet égard dans le Courrier de « r Europe, et je me hâte de vous envoyer la copie « du désaveu que j'en viens d'écrire à son rédacteur « à Londres '.
« Plus je me rends sévère au règlement d'un compte « qui intéresse également la fortune des auteurs et « l'honneur des comédiens , moins je puis souffrir « que des esprits inquiets ou turbulents donnent au « public d'aussi fausses notions de votre probité , ni « qu'ils traduisent insidieusement devant lui cette « affaire particulière, entamée avec autant d'honnê- « teté de ma part que j'espère y rencontrer de bonne « foi de la vôtre.
« C'est dans ces sentiments que j'ai l'honneur d'ê- « tre , en attendait toufours l'état certifié que vous « devez me renvoyer, votre , etc. »
Les comédiens, touchés encore une fois de mes procédés , voulurent bien m'en faire ainsi leurs remercîments , le 14 février 1777 :
o Monsieur, nous avons reçu la lettre que vous « nous avez fait l'honneur de nous écrire le 9 du cou- « raut , ainsi que le désaveu que vous écrivez à l'au- « teur du Courrier de C Europe^ dont nous vous reno voyons le n" 27.
« Vous êtes bien bon, monsieur, de vouloir réfu- « ter les sottises d'un gazetier qui , pour amuser les '< oisifs , va recueillant les anecdotes , vraies ou faus- « ses , qu'il peut ramasser. Nous n'en sommes pas « moins reconnaissants de ce que votre désaveu- con-
' n Au rédacteur du Courrier de l'Europe.
" Paris, 8 février 1777.
« Je désavoue , monsieur, l'intenUon qui m'esl prélée , clans votre dernier Courrier , de démasquer et de confondre les comédiens français sur aucune infidélité ni mauvaise foi reconnue dans le compte qiûils 7ne rendent de mes pièces de théâtre : 1° parce que ce compte, qui m'avait été remis sans signature, et que j'ai renvoyé , ne m'est pas encore revenu ; 2° parce queje sais que les comédiens français ont assemijlé un conseil composé d'avocats, et de quelques-uns d'entre eux, exprés pour travailler à faire justice aux gens de lettres enma personne, et me rendre compte avecl'exaclitude et la netteté qu'on les a, trop peut-être, accusés de négliger dans ces partages.
« On ne pouvait donc plus mal prendie son tem ps pour renouveler contre eux un reproche dont ils désirentsi sérieusement se laver pour le passé ouse garantir pour l'avenir ; et l'on ne devait pas surtout accréditer d'avance, enmon nom, une accusation d'infidélité ni de mauvaise foi , que je ne puis former avec raison contre les comédiens, et que je ne veux jamais former sans raison contre personne.
« Jevouspried'insérerdans votre prochain Courrier, monsieur, cet aveu de l'auteur d'Eur/énic, des Deux Amisel dw Barbier de Séville. »