S DRAMATIQUES
auteurs modérés et paisibles serait pire que par le passé.
6" Vous devez tous vous regarder comme les défenseurs-nés des théâtres , pour arrêter les vexations que les abus d'autorité voudraient leur faire supporter ; et cet article est de rigueur pourrons.
Il serait bien à souhaiter, messieurs, que toutes les questions qui s'élèveront relativement à ces principes fussent à l'avenir jugées à l'amiable par un comité de gens de lettres et de théâtre , bien choisis, où tous les contendants, auteurs et comédiens , expliqueraient les motifs de leurs prétentions réciproques , afin que ces débats , qui , portés dans les tribunaux , y sont souvent vus du côté qui prête au ridicule, cessent de mettre les hommes d'esprit ou de génie de la littérature à la merci des sots dont le monde est toujours rempli.
Appliquons maintenant au Théâtre-Français l'usage de tous ces principes.
Si l'exactitude des chiffres donnait des résultats sévères contre les comédiens français , n'en induisez pas , je vous prie , que je suis l'ennemi d'un arrangement avec eux. Personne plus que moi n'en sent la grande utilité , à laquelle je souhaiterais qu'on put faire fléchir la rigueur même du principe. C'est à vous de juger , messieurs , si vous pouvez admettre en leur faveur des considérations particulières ; ou si , dans des dispositions qui intéressent autant vos successeurs que vous , il vous est permis d'accueillir d'autre principe de décision que celui seul de la justice.
Des comédiens se réunissent vingt-trois personnes pour partager les emplois d'un spectacle et les produits de l'entreprise , ou tous les mois ou tous les ans : soit qu'ils jouent, soit qu'ils ne jouent pas dans l'ouvrage de chaque auteur, ils partagent tous au produit; car ils sont en société.
Les hommes de lettres qui se succèdent pour fournir au jeu d'une année les représentations théâtrales, sont à peu près vingt-trois aussi par an. Chacun d'eux ne partageant point quand on joue l'ouvrage d'un autre , et n'étant point en société ni de succès ni de recette : à la fin de l'année, au compte général, il résultera seulement que, ce spectacle ayant levé ses frais, a partagé son bénéfice entre vingttrois auteurs et vingt- trois comédiens; mais dans une telle proportion , que les auteurs vivants, qui semblent lever entre eux tous wi septième effectif sur la recette annuelle , n'en touchent réellement qu'un vingt-septième en masse , et que la proportion exacte du sort des vingt-trois comédiens à celui des vingt-trois auteurs est , pour chacun des comédiens, comme vingt-sept francs à vingt sous. Cela peut paraître choquant ; en voici la preuve évidente : Si les auteurs vivants n'offraient à jouer aux comédiens que des ouvrages eu cinq actes, et (jn'on
RAPPORT
eu doDuât un tous les jours de l'année, les auteurs toucheraient par an le septième du produit net. Mais comme le fonds existant du plus superbe répertoire d'ouvrages d'auteurs morts ne laisse d'espoir à ceux qui vivent que de voir jouer leurs pièces au plus de trois joui^s l'un , en concurrence avec les chefs-d'œuvre anciens, ils ne toucheront jamais dans la recette annuelle qu'un septième dans les tiers des représentations , ouïe vingt et unième au total ; encore en supposant qu'on jouerait, dans ce toinps qui leur est consacré, une pièce en cinq actes par Jour.
Mais comme il est aussi prouvé que, sur les ouvrages nouveaux , la succession de la mise au théâtre est toujours établie entre une pièce en cinq actes , une en trois actes et une en deux ou un , qui ont différents honoraires, il en résulte qu'un tiers seul des ouvrages représentés offre à ses auteurs l'honoraire du septième ; puis le second tiers , le dixième; et l'autre eniïn , le quatorzième : lesquels tous pris ensemble n'offrent qu'un neuvième effectif, qui n'a lieu , ainsi qu'on l'a vu , que pour un seul tiers de l'année.
Donc la part annuelle des auteurs , ne pouvant être en masse que du neuvième dans le tiers des recettes, n'est querfw vingt-septième sur la totalité; ce qu'il fallait vous démontrer.
Tout ceci bien prouvé , quelle que soit la recette , forte ou faible, immense ou exiguë, la proportion sera toujours la même, du sort des Comédiens au vôtre. Ainsi ( pour donner un exemple qui ne sorte point du sujet ) pendant l'année dernière la comédie française prétend n'avoir touché que huit mille francs de part entière , au total de cent quatre-vingtquatorze mille livres, divisées en vingt-trois parties; les vingt-trois auteurs de l'année , s'ils n'avaient pas retiré leurs pièces, n'auraient partagé'cntre eux tous, dans la proportion du vingt-septième étahU , que sept mille cent quatre-vingt-cinq livres. Donc trois cent douze livres eussent été le sort de chaque homme de lettres.
Les auteurs se contenter d'un, lorsque les acteurs ont vingt-sept, ce n'est point là ruiner la Comédie française. En quelque ville de l'empire que vous employiez un théâtre à ce taux, vous pourrez vous vanter, messieurs , d'un parfait désintéressement.
Parcourons d'autres hypothèses. Je suppose que les comédiens , trouvant leur répertoire usé , pensent qu'il est de leur intérêt d'exploiter plus de nouveautés, et qu'au lieu d'un tiers de l'année ils doivent leur en consacrer deux : il est bien clair alors ( tous les rapports restant les mêmes, quand celuilà seul est changé ) que le sort des auteurs se trouverait doublé , et qu'au lieu de dix-huit mille francs ils auraient à se partager trente-six mille livres chaque aimée ; qu'alors la proportion de sort entre les
comédiens et eux ne serait plus comme vingt-sept à un , mais seulement comme dix-huit.
Mais aussi , comme cette idée ne peut venir aux comédiens que lorsqu'ils sentiront enOn que les six septièmes d'une grande recette valent mieux que les sept septièmes d'une petite : si le sort des auteurs était doublé en niasse, celui des comédiens reviendrait tout ce qu'il fut dans ces formidables années où , au lieu de cinq cent mille livres , ils eurent jusqu'à un million de produit brut à répartir. La proportion serait toujours la même entre le sort des comédiens et des auteurs ; seulement le produit aurait été doublé pour tous.
Que si, sans augmenter la recette commune présumée à deux mille cent livres, les comédiens sentaient qu'ils ne peuvent arriver même à ce taux moyen qu'en forçant sur les nouveautés ( les ouvrages anciens leur rendant à peine les frais ), alors il faudrait revenir à ce très-bon raisonnement qu'ils repoussent de toutes leurs têtes , que , les nouveautés seules faisant la prospérité des spectacles , il est peut-être encore moins malhonnête que maladroit de vouloir amoindrir le sort modeste des auteurs, au risque de périr faute de bonnes nouveautés ; lorsque , dans les grandes années oîi la portion de chaque comédien a monté à vingt-sept mille francs , celle des vingt-trois auteurs ensemble n'a jamais été jusqu'à trente-huit mille livres.
Je crois savoir, ainsi que vous , quel peut être l'espoir des comédiens français, lequel n'est pas toujours déçu : c'est que quelques jeunes auteurs , en faisant leurs premiers essais, pressés de gloire ou de besoin, leur céderont souvent des pièces au prix qu'ils voudront en offrir. Mais ces jeunes gens, détrompés, ne tarderont pas à sentir le tort qui leur aura été fait , lorsque les troupes du royaume , en leur demandant leurs ouvrages qu'on aura joués à ce théâtre, leur diront assez justement : Les comédiens français vous donnaient le dixième , ou le seizième, ou le vingtième, qui vous rapportaient peu de chose ; nous, dont les recettes sont moindres , nous ne vous offrirons pas plus. Où vous aviez vingt francs chez eux , il vous revient vingt sous chez nous. Alors sentant la conséquence du mauvais parti qu'ils ont pris , et qu'une démarche légère les met à la merci de tous les directeurs, ils quitteront les comédiens français.
Abordons maintenant la question des frais journaliers, ils n'ont rien de semblable entre eux que la nature des articles , qui ne doit varier nulle part. La valeur de chacun d'eux varie selon l'importance des théâtres , suivant le plus ou moins d'objets qu'un spectacle veut embrasser.
Les seuls articles invariables que vous allouez aux spectacles , sous le nom de frais journaliers , dans l'imprimé qtCils ont reçu de vous , sont :
Le loyer de la salle ;