‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 555 sur 630 · FAIT AUX AUTEURS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

FAIT AUX AUTEURS DRAMATIQUES

ha garile , autant qu'elle est payée ;

Le luminaire;

l.e chauffage ;

L'abonnement des hôpitaux , tant que l'aboiinenicnt subsiste;

Les employés au service du spectacle ;

Les affiches, les imprimés;

Le service pour les incendies.

Vous n'en avez point passé d'autres.

Ces objets arrêtés, vous avez vérifié, en traitant avec les spectacles , à quelle somme chacun montait , et vous les avez tous alloués avec la plus grande équité sur les registres et les renseignements que chaque théâtre a fournis.

Puis ils vous ont priés, pour simplifier les comptes , d'en faire une somme commune qu'on allouerait à l'amiable, en ajoutant, pour frais extraordinaires e7ifre uji cinquième et deux cinquièmes de la somme allouée, dont le total serait la retenue journalière au delà de laquelle le partage commencerait sur le pied du septième, ainsi que vous l'avez réglé.

Le résultat de vos calculs vous a fait allouer, messieurs, sept cents livres de frais, tout compris, à la ( omédie italienne, même somme de sept cents livres au Théâtre-Français de la rue de Richelieu , six cents livres par jour au Théâtre dit du Marais ; ainsi en proportion aux autres.

Restaient MISL les comédiens français, qui, calculant avec chagrin la différence qui résulte pour eux de la concurrence actuelle à leur monopole passé , n'ont voulu traiter avec vous qu'au dixième de la recette pour les pièces en cinq actes , retenant huit cents livres pour les frais journaliers; plus, les frais extraordinaires. Mais vous avez jugé, messieurs, que vous ne pouviez vous écarter de cette unité de principes qui sert de base à vos traités avec tous les autres théâtres, sans rester exposés à des réclamations, à des difficultés, à des débats sans nombre; et vous m'avez chargé d'écrire en votre nom aux comédiens français que, sajis rien changer au passé, vous continueriez tous de traiter avec eux au septième de la recette , en allouant avec équité les seuls articles de frais ci-dessus spécifiés comme à tous les autres théâtres, quelles q.u'en fussent les sommes établies d'après leurs registres.

Dans leur chagrin , ils ont été longtemps sans vouloir les communiquer. Knfin , les ayant obtenus , j'ai fait un long travail, dont le but pacifique était de leur prouver qu'à la différence près d'hériter des auteurs au beau milieu de leur carrière, dont le décret du 13 janvier les avait justement privés, ils ont réellement obtenu beaucoup d'amendements en mieux sur divers articles des frais.

Les auteurs , leur dis-je , ne vous passaient depuis douze ans que six cents livres de frais par jour ; et pourtant , par les relevés de vos registres mêmes ,

sur tous ces articles de frais,a//o(/t'A'?jo»</Hrt//i'e»j-?H^ vous gagniez déjà , de compte fait , trente et un mille livres par an, puisque tous ces frais journaliers ( les seuls qu'allouaient les auteurs , d'accord avec vous sur ce point ) ne se montaient chez vous , d'après les livres de vos comptes, qu'à cent soixante-trois mille quatre cents livres, quand les auteurs vous en passaient cent quatre-vingt-quatorze mille quatre cents , en vous allouant à l'amiable six cents livres de frais par jour, et comptant l'année théâtrale alors de trois cent vingt-quatre jours.

Au lieu de six cents livres que les auteurs passaient, ils vous en ont offert sept cents, qui, calculées à trois cent cinquante jours par an , vous feront désormais une autre différence en gain de trentecinq mille livres chaque année.

Vous gagnez les vingt mille é<'us de votre abonnement des pauvres.

Vous ne payez point de loyer, quand les autres spectacles eu ont au moins pour trente mille livres chacun.

Vous ne payerez plus quatorze mille livres de garde extérieure, car cette exigence est injuste. La différence deces sommes (en / 3i,ooo i. ,

comptant comme VOUS comptez) 35,ouo 170,000 1. bonifiera donc votre sort , sur ( 6o',ooo ) VOS dépenses journalières, de cent soixante-dix mille livres par an. Ces gains-là, messieurs, vaudraient mieux qu'un misérable grappillage sur le traitement des auteurs, lequel ne vaut pas mille écus, et peut amener votre ruine.

Si vos recettes sont diminuées par les événements actuels, c'est un mal passager que les auteurs partagent avec vous. Ce n'est point sur leur sort modeste que vous pouvez réparer ce malheur. Quand vous annuleriez leur entier traitement à tous, il est trop disproportionné pour entrer en ligne de compte avec les gains puissants que vous regrettez justement.

Eh! que ferait leur sacrifice entier, lorsqu'il est démontré que {sept cents livi-es de frais levées) deux mille cent livres de recette par jour vous donneront un produit net, par an, de quatre cent quatre-vingtdix mille livres, dans lequel produit les auteurs ne peuvent jamais entrer en masse que pour dix-sept mille six cents livres qu'ils se partagent entre vingttrois .-ce qui doit produire à chacun sept cent soixantecinq livres par an , quand vous aurez pour chaque part vingt mille cinq cent trente-neuf livres.?

Si , au lieu de lever sept cents livres de frais , vous en voulez prendre neuf cents; au lieu de deux cent quarante-cinq mille livres par an , vous lèverez alors trois cent cinquante fois neuf cents livres, ou trois cent quinze mille livres. Suivant votre façon de compter, dont je vous prouverai le vice , la (lifférenc€

RAPPORT

en plus , pour vous , sera de soixante-dix mille livres. Mais comme les auteurs ne partagent que sur le pied du neuvième dans le tiers, qui est le vi?igt-septième, vous ne retrancherez sur la part des mêmes auteurs que le neuvième du tiers des frais, qui n'est aussi qu'un vingt-septième.

Et c'est donc pour leur arracher ce vingt-septième de soixante-dix mille livres par an , ou deux mille cinq cent quatre-vingt-douze livres sur leurs dix-sept mille six cents livres, que vous vous obstinez à refuser leurs offres ! car tout le reste porte sur vous. Remarquez bien cela , messieurs : tout le reste porte sur vous ! Voyez si deux mille cinq cent quatre-vingtdouze livres de plus ou moins par an , dans une recette présumée de sept cent trente-cinq mille livres , peuvent entrer en considération avec le mal affreux de vous séparer des auteurs : daignez comparer avec moi le résultat des deux décomptes, et jugez qui doit en rougir !

Si les vingt-trois auteurs faisaient ce sacrifice , les dix-sept mille six cents livres qu'ils se partagent entre vingt-trois, réduites alors à quinze mille huit livres , ne laisseraient plus à chacun , au lieu de sept cent soixante-cinq livres , que six cent cinquantetrois livres par an ; c'est presque le huitième que vous leur ôteriez, lorsque cette différence, si c'est vous qui la supportez, n'est qu'un cent quatre-vingttroisième de diminué sur votre sort. Au lieu de vingt mille cinq cent trente-neuf livres , vous ne toucherez plus chacun que vingt mille quatre cent vingtsept livres ; c'est cent douze livres de moins , par an , à chaque comédien français. Pour les auteurs vos nourriciers, c'est le huitième de leur sort; pour vous, c'est un cent quatre-vingt-troisième : et voilà l'objet du débat auquel vous sacrifiez le Théâtre- Français! Vous n'y avez pas bien réfléchi.

Tels ont été mes arguments. Je leur ai cent fois remontré que , dans leurs sept meilleures années , depuis 1782 jusques et compris 1789, où ils faisaient, année commune, neuf cent cinq mille livres de recette, toute la littérature en masse ne leur avait coûté que trente-sept mille huit cent deux livres par an; qu'un traitement aussi modique , fût-il diminué d'un huitième sur d'aussi puissantes recettes , ne pouvait jamais réparer ce qu'ils appelaient leur malheur.

Je leur démontrai, plume en main, ainsi que je viens de le faine, que désormais cette littérature , malgré le décret national qui la rendait à ses propriétés, ne leur coûterait qu'im vingt-septième du produit net de chaque année ; et ce travail , messieurs , que j'ai mis sous vos yeux , vous a bien convaincus , j'espère, du motif conciliateur qui me l'avait fait entreprendre. IMes peines ont été perdues.

Malgré mes arguments, mes conseils, et surtout mes chiffres, après de longs délais et beaucoup de

débats , MM. les comédiens français n'ont cru pouvoir aller qu'à vous offrir, messieurs, le septième de la recette, en rete^iant , par jour, neuf cents livres de frais; plus, les frais extraordinaires , qui doivent passer dix mille livres : lesquels ensemble font trois cent vingt-cinq mille livres par an.

Pour appuyer la prétention des neuf cents livres , ils disent qu'ils dépensent treize cents livres par jour ( ce qui est vrai pour onze cents livres ). Mais si cette somme se compose de frais la plupart étrangers à ceux dont les articles sont justement fixés par vous avec tous les autres spectacles, doit-on vous les passer en compte.'

Desfeiix d'acteurs, quientrent dans leurs poches !

Des arrérages d'emprunts, dont ils ont des immeubles!

Des intérêts de fonds d'acteurs, dont l'argent est censé en caisse !

Desparts d'auteurs , qu'on peut payer ou non; et prises sur les bénéfices , quand les frais ont été levés 1

Des voyages à la cour, qui demeure à Paris !

Des vingtièmes , des capitations , des aumônes ( devoir de citoyens que nous remplissons tous )!

Des étrennes, des fiacres , des acteurs à l'essai , etc. , etc. , et vingt articles d'etc, qui s'élèvent ensemble à plus de deux cent mille livres, sont-ils bien des frais journaliers dans lesquels l'auteur doive entrer sur son neuvième très-chétif , surtout lorsqu'en leur accordant sept cents livres avant le partage, ils ont à prélever deux cent quarante-cinq mille livres pour les frais ?

Après m' être un peu trop fâché , la ténacité qu'ils mettaient à se cramponner à leur offre m'a fait faire un nouveau travail, pour tâcher de les ramener d'une erreur aussi dangereuse. Mais ils croyaient, messieurs , avoir fait un si grand effort en ne vous arrachant pas plus , qu'ils m'ont répondu net que c'était aux auteurs à faire ce sacrifice , puisqu'eux s'étaient tant avancés sur leurs propositions , quand vous n'aviez rien changé sur les vôtres. Que dire à cette obstination, sinon qu'ils sont bien malheureux d'aimer si fort leurs intérêts, et de les entendre si mal?

Enfin, dans une conférence entre leurs commissaires et quatre d'entre nous, j'ai pris sur moi d'aller jusqu'à leur proposer huit cents livres de frais par jour, sans être sûr que vous m'en avoueriez, mû par les considérations que les Français étaient le seul théâtre qui avait fait des pertes à la révolution , puisque tous les autres partagent un répertoire immense, qu'ils avaient seuls depuis cent ans ; que ce théâtre avait été le berceau de tous vos succès ; qu'ils payent les sottises de leurs prédécesseurs ; qu'ils font vingt mille francs de pensions où leur honneur est engagé ; qu'aucun autre spectacle enfin ne pouvait exciper de toutes ces considérations, pour réclamer

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