P.\R CARON DE BEAUMARCHAIS
(k)ntre l'usurpation des propriélés des ailleurs par des directeurs de spectacles , lue par l'auteur au comilé d'instruction publique le 23 décembre noi , et imprimé.- injinédiatemenl après.
Jusqu'à présent les directeurs des troupes qui jouent la comédie dans les villes des départements du royaume n'ont opposé, au droit imprescriptible des auteurs dramatiques sur la propriété de leurs ouvrages, reconnu, assure par deux décrets de l'assemblée nationale constituante, et aux réclamations qu'ils n'ont cessé de faire contre leur usurpation , que des sophismes et des injures. Je vais , dédaignant les injures, réfuter les sophismes avec le zèle ardent que j'ai voué aux progrès de l'art dramatique, aux intérêts pressants des hommes de lettres qui l'exercent. Vous me pardonficrez, messieurs, si des termes un peu durs vous frappent dans le cours de cette pétition : ils sont désagréables ; mais, sur l'action dont nous nous plaignons tous, je n'en connais point de plus doux , malheureusement pour la cause et pour nos ardents adversaires.
Une première observation a frappé tout le monde. Il est, dit-on, bien étrange qu'il ait fallu une loi expresse pour attester à toute la France que la propriété d'un auteur dramatique lui appartient; que nul n'a droit de s'en emparer. Ce principe, tiré des premiers droits de l'homme , allait tellement sans le
BE AL MARCHAIS
dire pour toutes propriétés des honnnes acquises par le travail ,1e don, la vente, ou bien l'iiérédité, qu'on aurait cru très-dérisoire d'être obligé de l'établir en loi. Ma propriété seule , comme auteur dramatique , plus sacrée que toutes les autres , car elle ne me vient de personne , et n'est point sujette à conteste pour dol , ou fraude , ou séduction , l'œuvre sortie de mon cerveau, comme Minerve tout armée de celui du maître des dieux; ma propriété seule a eu besoin qu'une loi prononçât qu'elle est à moi, m'en assurât la possession. Mais ceux qui observent ainsi n'ont pas saisi le texte de la loi.
Bien est-il vrai qu'on n'osait pas me dire : L'ouvrage sorti de vous n'est pas de vous. Mais les directeurs de spectacles ont posé cet autre principe ; Auteur dramatique, ont-ils dit , l'ouvrage qui est sorti de vous est de vous , mais n'est pas à vous. Vous n'en obtiendrez aucun fruit: il est à nous ; car nous sonnnes, depuis cent ans , par longue suite des abus d'un régime déprédateur et votre faiblesse avérée , en possession de nous enrichir avec lui, sans vous faire la moindre part du produit que nous en tirons.
La loi , pour réprimer ce scandale de tout un siècle, n'a point dit dans ses deux décrets, L'œuvre d'un auteur est à lui ; ces décrets eussent été oiseux : mais elle a dit formellement qu'attendu les abus passés, les usurpations continuelles établies en droits oppresseiu-s , aucun ne pourra désormais envahir la propriété des auteurs sans encourir tel blâme ou telle peine. Alors, commençant à l'entendre, les directeurs de troupes ont cherché, non à nier la justesse de cette loi , mais à l'éluder s'iLs pouvaient, à échapper à sa justice par tous les moyens d'Escobar.
Le premier dont ces directeurs aient pensé qu'ils pouvaient usera été simplement de mépriser la loi , de continuer à jouer nos pièces comme si le législateur n'avait point prononcé contre eux : car, ontils dit , il se passera bien du temps avant que l'ordre rétabli ait armé contre nous la force réprimante; ce que nous aurons pris le sera , et nous restera : beaucoup de nous n'existeront plus en qualité de directeurs ; et quel moyen de revenir contre un directeur insolvable? Or, pour ce temps-là tout au moins , la loi sera nulle pour nous. Ils avaient fort bien raisonné , non pas en loi , mais eu abus ; car , depuis les décrets qui défendent à tous directeurs de continuer à usurper la propriété des auteurs , leurs ouvrages ont été joués avec la même audace daits toutes les villes des départements de l'empire , excepté dans la capitale, sans leur permission , malgré eux, comme s'il n'y avait point de loi , sans qu'aucun des hommes de lettres ait pu obtenir de justice des tribunaux des villes où sont établis ces spectacles, qu'ils ont vainement invoqués. L'un nous refuse l'audience, l'autre nous répond froidement :
PETITION
Quoiqu'il y ait une loi formelle, les auteurs sont aisés ; ils peuvent bien attendre que notre directeur ait tenté un nouvel effort pour faire changer cette loi : comme si ce changement , même en supposant qu'il dût se faire, pouvait sauver un directeur de troupe de l'obligation de payer à l'auteur ce qui lui appartient de droit , pendant tout le temps écoulé entre deux lois qui s'excluraient ! Et si le directeur a fait banqueroute pendant ce temps, qui me payera , juge partial , le déficit causé dans ma fortune par votre négligence ou votre déni de justice? Voilà, messieurs , quel est l'état des choses.
I\Iais à la fin , ce brigandage excitant un cri général , les directeurs despotes ont cru qu'il était nécessaire de se coaliser avec les comédiens esclaves, pour faire une masse imposante de dix mille réclaniateurs contre trente auteurs isolés.
Cette coalition formée , les directeurs de troupes ont tous payé leur contingent pour les frais de députation , de sollicitation , de mémoires , de chicane et même d'injures. Un rédacteur bien insultant s'est chargé de tout le travail. Insulte à part , voici ce qu'il a dit pour eux :
1° Les auteurs ont formé une corporation illégale pour faire exécuter la loi qui prononçait en leur faveur: donc la demande de chacun, et la réclamation sur sa propriété constamment envahie , ne mérite aucune réponse, aucun égard de notre part.
2» Les auteurs ont vendu leurs ouvrages à des libraires, à des graveurs : donc nous, qui avons acheté un des exemplaires imprimés la forte somme de vingt-quatre sous , ou un exemplaire gravé la somme exorbitante de dix-huit livres tournois , nous sommes bien devenus les propriétaires de ces œuvres, pour nous enrichir avec elles, et sans rien payer aux auteurs, malgré la loi qui dit expressément qu'o/i ne pourra jouer la pièce crxin auteur i^irant sans sa permission formelle et par écrit , soit qiCelle ait été imprimée ou gbavée , sous peine , etc. Tel est le sens bien net de l'argument des directeurs.
3° Ils ne rougissent pas d'ajouter que la permission donnée autrefois aux auteurs par le gouvernement , d'imprimer et représenter , allouait évidemment, à celui qui achetait vingt-quatre sous cette pièce imprimée, le droit de la représenter sans rien rendre au propriétaire. Quoiqu'on ne puisse articuler de pareilles absurdités qu'en protond désespoir de cause, je ne laisserai pas celle-ci sans réponse; non pour éclairer l'assemblée , je ne lui fais pas cette injure , mais pour faire honte aux adversaires de se servir de tels moyens.
4«]\ous étions dans l'usage constant, disent encore ces directeurs , de jouer les pièces des auteurs vivants sans leur rendre la moindre part du produit que nous en tirons; aucun d'eux n'a jamais ré-
clamé contre ce qu'ils nomment un abus : donc chacun d'eux a reconnu que notre droit était incontestable , de ne rien payer aux auteurs dans toutes les villes de province en y représentant leurs pièces , quoiqu'aucun théâtre de la capitale ne pilt et n'osât les jouer sans leur payer le prix convenu, soit qu'elles fussent imprimées ou non , et sous un régime qui protégeait toujours les comédiens contré les gens de lettres. Mais vous verrez bientôt, messieurs , si nous n'avons pas réclamé.
5" Enfin nous serions tous ruinés , disent encore les directeurs , nous marchands du débit des pièces dramatiques, si l'on nous obligeait à en payer les fournisseurs ; de même que tous débitants d'étoffes , en boutique et en magasin, se verraient ruinés comme nous , si , par le même hasard , une loi bien injuste les obligeait tous de payer les fabricants de Lyon , d'Amiens ou de Péronne , qui leur ont fourni ces étoffes. On sent combien cela serait criant ! Heureusement pour eux , aucune loi ne les y soumet , et nous présumons bien qu'ils ne les payent point. Notre droit est semblable au leur; car si ces marchands louent des magasins pour vendre , nous , nous payons des salles pour jouer. S'ils salarient des garçons de boutique et des teneurs de livres, nous gageons des acteurs et des ouvreurs de loges. S'ils payent leur luminaire, leur chauffage, leurs voyageurs , leurs porte-faix, les impositions de leur ville, et tous autres frais de commerce , nous y sommes soumis comme eux. Donc, en vertu de tant de dépenses forcées, comme il serait par trop inique qu'une loi obligeât tous ces vendeurs d'étoffes de les payer aux fabricants , de même on ne saurait, sans la plus grande iniquité , nous obligerde payer les auteurs dont nous récitons les ouvrages, et quoique nous vendions tous les jours le débit de ces pièces au public, qui vient les voir dans notre salle en nous payant argent compté; car nous sommes les seuls revendeurs qui ne fassions point de crédit : ce qui rend notre cause plus favorable encore que celle des marchands d'étoffes , à qui l'on emporte souvent le prix d'une vente imprudente. Telle est la conséquence juste de l'argument des directeurs.
Un des auteurs, ajoutent ces messieurs, eu traitant l'affaire en finance , quoiqu'il soit le plus riche de tous, a dégradé la littérature dramatique par cette avarice sordide d'exiger de nous quelque argent pour un noble travail qui ne doit rendre que de la gloire , et souvent n'en mérite pas.
Cet auteur prétendu financier, c'est moi , qu'un amour vrai pour la littérature attache à cette grande affaire. Malgré les injures grossières dont ces messieurs m'ont accablé, je jure à mes confrères que je n'abandonnerai point les intérêts qu'ils m'ont confiés: cette démarche en est la preuve, et cette pétition contient mes vrais motifs.
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
Tels sont en substance , messieurs , les arguments (les directeurs contre les auteurs dramatiques, leurs nourriciers dans tous les temps.
Je vais les réfuter , eu suivant le même ordre dans letiuel ils sont rappelés, et me citant seul en exemple, pour tuer d'un seul motTidée d'une corporation.
Les auteurs, vous dit-on , messieurs , ont formé une corporation illégale pour soutenir ensemble une loi très-injuste, etc., etc.
IMa réponse est nette et fort simple. Je suis un auteur dramatique : je me présente seul à l'assemblée nationale , pour empêcher que l'on continue à me faire un tort habituel qui n'a duré que trop longtemps. Par cela seul que je suis seul sur la cause qui m'intéresse, et que je défends devant vous, on ne peut m'objecter , messieurs , c«tte fin de uonrecevoir qu'on prétend faire résulter d'une forme très-illégale, s'il était vrai qu'il y en eût une dans la demande des auteurs sous le nom de corporation. Chaque auteur usera, s'il veut, des moyens que j'emploie ici pour repousser, pulvériser une attaque aussi misérable. Tous ceux dont je vais me servir auront un avantage égal pour l'intérêt blessé des littérateurs dramatiques. Il n'y a j)oint de corporation à user de la même défense pour repousser la même attaque sur des intérêts tout pareils.
Les auteurs , vous dit-on encore , ont tous vendu leurs pièces à des libraires ou des graveurs : donc leur propriété, transmise à nous par ces derniers, pour vingt-quatre sous les pièces imprimées et dixluiit francs celles gravées, nous appartient sans nul conteste , etc. , etc. Sur cette vente générale , je rappellerai en deux mots ce qu'imprime Tun des auteurs.
Comment ! dit I\L Dubuisson dans son excellente réponse aux directeurs, un libraire ou bien un graveur aurait-il le droit de vous vendre ce qu'il ne m'a point acheté? Vend-il le droit de contrefaire mon livre à ceux qui l'achètent pour le lire.^ Il serait ruiné, moi aussi. Jamais théâtre de Paris ne s'est cru en droit déjouer la pièce imprimée d'un auteur, s'il n'a aelteté ce droit du propriétaire de la pièce, quoique les comédiens l'aient souvent chez eux imprimée, car ils l'ont achetée comme vous. Voulezvous exercer un droit qu'on n'a point dans la capitale.' Eh ! qui donc vous l'aurait donné .' Vous prétendez avoir acquis celui de gagner mille louis et plus avec une pièce qui vous a coQté vingt-quatre sous , et souvent moitié moins , grâce au vol des contrefacteurs, aussi grands logiciens que vous sur le droit de piller les auteurs ! C'est en vérité se moquer des auditeurs qui vous écoutent!
Mais enfin , laissant chaque auteur défendre un droit incontestable , je vais répondre pour moi seul. Je n'ai jamais vendu à aucun libraire ni graveur le Mariage de Figaro , dont je réclame ici la propriété
usurpée. 11 a été imprimé à mes frais , ou dans mou atelier de Kehl. Tout misérable qu'est l'argument, vous ne pouvez pas m'objecter la transmission [lar un libraire. Mais un fait positif vaut mieux que tous les raisonnements; j'en vais citer un sans réplique.
Lassé de voir le brigandage dont les malheureux gens de lettres étaient constamment les victimes, je voulus essayer d'y remédier autant qu'il pouvait être en moi. Nommé depuis longtemps par tous les auteurs dramatiques un de leurs commissaires et représentants perpétuels, j'avais eu le bonheur, en stipulant leurs intérêts, de faire réformer quelques abus dans leurs relations continuelles avec le Théâtre-Français ; je voulus profiter du succès d'iui de mes ouvrages, qu'on désirait jouer en province, pour travailler à la réforme du plus grand de tous les abus, celui de représenter les ouvrages sans rien payer à leurs auteurs. Je répondis aux demandeurs du Mariage de Figaro que je ne le ferais imprimer , et n'eu permettrais la représentation eii province, que quand les directeurs des troupes se seraient soumis par un acte à payer, non pas à moi seul , mais à tous les auteurs vivants, la même rétribution dont ils jouissaient dans la capitale.
Que firent alors ces directeurs ? Ils firent écrire ma pauvre pièce pendant qu'on la représentait, la ûrent imprimer sur-le-champ, chargée de toutes les bêtises, de toutes les ordures et incorrections que leurs très-maladroits copistes y avaient partout insérées, puis la jouèreut ainsi défigurée sur les théâtres des provinces: et ma pièce, déshonorée, volée, imprimée, jouée sans ma permission, ou plutôt malgré moi, devint, par cette turpitude, l'honnête propriété des adversaires que je combats. Je m'en plaignis à nos mini.stres , seuls juges alors dans ces matières. Je n'en obtins point de justice, car je n'étais qu'homme de lettres; ma demande n'eut aucune faveur, car je n'étais point comédienne. En vain me serais-je adressé aux tribunaux d'alors, même aux cours souveraines : toutes les fois que le cas arrivait, les comédiennes sollicitaient; la cour sollicitée évoquait l'affaire au conseil, où elle n'était janiais jugée. Et mon récit, accompagné d'un de ces scandaleux exemplaires que je dépose sur le bureau , est ma réponse au défaut de réclamation que les directeurs nous opposent. La suite va la renforcer.
Obligé de chercher à me faire justice moi-même ; et la pièce , mal imprimée par ceux qui l'avaient mal volée, étant aussi beaucoup trop bête, ce que je fis dire partout en désavouant cette horreur , quelques directeurs de province vinrent me demander de jouer mon véritable ouvrage : je leur montrai mes conditions. Ceux de Marseille, de Versailles, de Rouen, d'Orléans, etc. , les acceptèrent sans balan-
PÉTlTIOiN
cer , en passèrent acte notarié , dont je joins nne ex- ^édition '.
' J'en vais copier le préambule , aiiui que plusieurs des articles. Il est assez curieux de voir couiment je nfexplifiuais sui-ies propiiétés d'auteurs, et comuienlje forçais les directeurs a les reconnaître, sept ans avant que la conslitulion eût lidl une loi formelle d'un droit incontestable , et (jue ces uies.sieurs prétendent n'avoir jamais existé.
•i PAU-nKVANT les conseillers du roi, notaires au Châtelet de Paris , soussignés :
.< Furent prést-nls Pierre- Augustin Caron de Beaumarchais, écuycr, demeurant à Paris , Vieille rue du Temple , paroisse Saint-Paul , au nom et comme l'un des commissaires et représentants perpétuels des auteurs du Tliéâtre-l'"rançais , autorisé à l'effet des présentes par délibération et consentement unanime de s 'S confrères assembit'i , d'une part ;
u Kl le sieur André Beaussier, néyoci;int à Marseille, y demeurant ordinairement, rue Lougue-des-Capucincs , étant de prissent en cette \ille de Paris, lo^é à l'IiiHel des Milordi , rue du Mail , paroisse Saint-liuslaclie , tant en son nom connue principal uctioiniaire et l'un des cliels-administrateurs du sper;tac!e de Marseille, quk lucPiiKSENTAiST 1<;| TOUT 1.12 COr.l'S de L'AUlllNiSïUATlO.N , ou'iL ENC\<;i; AVi;c Il i ; d'autre pari;
" Lesquels ont dit et rewnnu (ju'il eai rigoureutement lusle que le^ directeurs des troup:^s de province , dont la lorlune est fondée sur le soin de rappeler le public à leur spectacle par l'atlrait des nouveautés sorties de la capitale, en [larlagcnt le produit avec les auteurs dans une proportion équitable, ainsi (ju'il est reconnu juste à Paris (jue le» auteurs prennent part à la recette de leurs ouvrages sur le tliéàtre primitif. La pièce d'un homme de lettres étant une propriété honorable, et justement assimilée au produit d'une terre a lui , tous les comédiens (jui la jouent sont , a son égard, connue le négociant des villes, <iui ne vend au public les fruits de la culture qu'après les avoir achetés des plus nobles pmprielaires , lesquels ne rougissent point d en recevoir le pri.\ ; et de même que le gain des négociants ^ur les denrées serait un vol s'ils cherchaient à s'en emparer sans rien rendre au.x cultivateurs, il serait injuste que les directions de provinces s'eurichisseut avec les pièces des auteurs \ivanls , tans leur otlrir une juste, part du prolil a\oué (|u'ils en tirent.
« Ces principes reconnus par les parties ts dits noms , F.r POSÉS COMME BASE du présent acte , elle.s sont conrcniies; et ont arrêté ce qui suit :
H Art. I'^ Que tout auteur drau]ali(|ue dont la pièce ixiuvelle , jouée à Paris , sera demandée par les directeurs ou actionnaires du spectacle de Marseille , enverra son mainiscril , avec le.i; rôles copiés , aux directeurs , si la pièce n'est pas imprimée lors de la demande ; ou , si elle est IMPRIMÉE, un des premiers exemplaires de l'ouvrage, alin tjue ces actionnaires ou directeurs fassent jouir au plus tôt le Dublic de leur ville du speetacle nouveau dont la capitale .s'amuse.
« 11. Que les directeurs ou actionnaires du théàlie de .Marseille se rendent garants envers l'auteur, et sous tous les dommages de droit, de la non-impression dudit manuscrit , et de la préservation fidèle de toute entreprise à cet égard. " 111. Que les directeurs ou actionnaires dudit Ihéàlre se soumeUent .'i payer à l'auteur, ou a son fondé de pouvoirs à Marseille, le septième net de la recette brute qui se fera à la porte du spectacle toules les fois qu'on jouera sa pièce ; ou la n celle brute entière d'une représentation sur sept, au choix de l'auleur : sur quoi il aura soin de s'expliquer lorsqu'on devra jouer sa pièce Et, dans le cas de son choi.x d'une représentation sur sept, lc3 actionnaires et directeurs s'engagent à mettre ce jour-la sur l'afliclie ; Que cette représentation est entièrement consacrée a i.ljh'Lib r.ES droits CE l'auteur; n'exceptant de ce (ju'on nomme ici recette brute (|ue l<« seuls alionnenienl-i a l'aimée, les(iuels, après un mûr examen de leur état actuel , et pour éviter de plus longs calculs, nous paraissent devoir rester en entier aux directeuis, en com-pensalion des frais journaliers du spectacle .
.1 VI. Que si, pendant le premier succ6à d'un nouvel ou- Kâge à Puiis, les directeurs ou actionnaires avaient négligé
D'après la lecture d'un tel acte, auquel tous les autres ressemblent, ou pourra bien être étonné que je n'aie jamais pu tirer un denier de toutes ces troupes , ni moi ni aucuns auteurs , avec mes actes notariés , malgré que j'eusse e.xprès consacré ces produits aux pauvres de ces grandes villes, espérant que ce bon emploi ferait des défenseurs actifs à la cause des gens de lettres; mais il n'est pas moins vrai que la pièce imprimée par moi, pour que ces directeurs la fissent représenter en me payant mes honoraires, m'a été de nouveau volée , et que c'est à ce titre seul qu'elle est jouée partout en France. Tels sont les droits des directeurs sur le Mariage de Figaro.
Il n'en est pas moitis vrai aussi que j'ai réclamé hautement contre un abus si manifeste, tant pour les auteurs que pour moi. Ou ne peut donc point m'opposer le défaut de réclamation , et s'en faire un titre aujourd'hui pour continuer à nous dépouiller tous.
Mais à quoi pouvaient nous servir ces réclamations personnelles contre les directeurs de troupes, quand le gouvernement lui-même ne pouvait s'en faire obéir? Témoin V Honnête Criminel, dont I.t cour défendit la représentation, et qui fut joué dans toules les provinces , quoique le ministre la frillière cùi ordonné expressément à nosseigneurs les intendants de s'opposer aux représentations.
Qu"arriva-t-il de tout cela ? que le gouvernement ne fut obéi nulle part; que l'auteur fut volé partout ; et que les directeurs s'enrichirent, en se moquant impunément des lois , du propriétaire et du ministre : ce qu'on voit encore aujourd'hui; car, malgré la constitution et deux décrets consécutifs qui assurent nos propriétés, nos droits et nos récla-
de demandera l'auteur le manuscrit, ou si quelque obstacle , des raisons de convenance ou d'Iiitéiét avaient empêché l'auteur de le leur envoyer avant l'impression de sa pièc«, ce retard ne donnerait aucun droit auxdits actionnaire-i et directeurs de faire représenter l'ouvrage sur leur théâtre, imprimé ou non , et tlaiis aucun temps de la vie de l'auteur , sans .'C soumettre à toules les conditions du présent acte : l'opinion qu'ils ont du bénélice que doit leur rapporter la pièce étant toujours pré-sumée par l'adoption qu'ils en auraient faite , en (|uelque temps qu'ils la lissent représenter; et cette adoption étant un titre suflisaut pour faire entrer les auteurs dans les droits stipulés ci-dessus à leur égard toutes les fois (lu'on jouera la pièce.
« IX. MM. les auteursdramatii|aes sonld'accord ^ l conviennent (|ue les mêmes conditions auront lieu a leur égard pour toutes les nouveautés de leur portefeuille qui n'auraient pas élé jouées à Paris, dont les directeurs et actionnaires de Marseille, désirant la primeur, seraient d'accord sur ce point avec les auteurs de l'ouvrage désiré.
« C'est ainsi que le tout a élé convenu el arrêté entre les parties, l'sdils noms et qualités qui , pour l'exécution dea présentes , font éleclion de domicile en leurs demeures susdites.
« Fait et passé à Paris , l'an 1784 , le 25 juin; et le 21 septembre 1791 , expétiilion de l'acte ci-dessus, passé Oh/. M' Momet, notaire, a été délivrée par M"^ Dufouleur, son successeur, etc. ■>
A L'ASSEMBLEE NATIONALE
mations sout unis : o'est la cause que uous plaidons.
Dans ce même temps à peu près , messieurs les directeurs de Lyon , forcés par les citoyens de leur ville de contribuer aux charités publiques , pour son noble établissement en faveur des vièrcs (jui nourrissent., et dont j'avais été le très-heureux instigateur en en donnant partout l'idée , et on envoyant, en diverses fois , mille pistoles pour les joindre aux aumônes des généreux citoyens de Lyon , les directeurs de cette ville me demandèrent si je voulais qu'on jouât au profit des pauvres mères le Mariage de Figaro , qui n'était encore imprimé ni par moi , ni par ceux qui me le dérobèrent aux représentations. Oui , répondis-je : à condition qu'après la séance des pauvres vous ne jouerez jamais cette pièce , ni d'autres , qu'en payant aux auteurs vivants la rétribution de Paris, suivant un acte notarié pareil à celui de Marseille; et moi, pour vous y cngajrer, je donne aux pauvres mères ce qui m'appartient comme auteur.
Qu'ont fait les directeurs de Lyon ? ne voulant point accepter celte condition, à laquelle les mères ou leurs vertueux protecteurs auraient donné une exécution rigoureuse, ils ont joué une autre pièce aL\i\}XO^û ùesmères qiiiîiourrissent ; et, pour se bien venger sur n)oi de ce sacrifice forcé, ils m'ont volé la pièce de Figaro , et l'ont jouée depuis ce temps-là sans rien payer ni à l'auteur, ni aux pauvres mères qui allaitent. A ce récit des faits des directeurs de Lyon j'ajouterai, messieurs, que, depuis les décrets qui nous assurent enfin la propriété de nos pièces, je me suis plaint au sieur Flachaf , qui, de procureur du spectacle, a si bien fait, \)P^v ses journées, qu'il en est devenu propriétaire, et le signataire des injures que tous les directeurs nous disent. Je me plaignais à lui de ce que l'on continuait à y jouer, sans une permission de moi, le Mariage de Figaro ; il m'a donné cette réponse, dont la citation curieuse est ici à l'ordre du jour :
Nous jouons votre Mariage, paixe qu'il nous fournit d'excellentes receltes ; et nous le jouerons malgré vous , malgré tous les décrets du monde : je ne conseille même à personne de venir nous en empêcher; il y passerait mal son temps. Nous voilà menacés du peuple!
Ce principe adopté par tous les directeurs de troupes , les évasions des tribunaux , les dénis même de justice, m'ont un jour arraché cette réflexion très-sévère : Quel mérite secret a donc la Comédie partout, pour se soustraire ainsi aux lois.' est-elle donc maîtresse universelle de ceux dont elle est la servante ? est-ce la serra padrona du royaume .•• Les parlements , les nobles, ont cédé; le clergé, tous les grands abus, se sont anéantis à la voix du législateur : la Comédie seule a trouvé d'injustes
appuis de ses torts dans le peuple et les tribunaux, dans les rues et dans les ruelles! Mais les auteur.«i; ont la confiance que l'assemblée nationale à la fin en fera raison.
Ne se confiant pas trop aux principes dont ils se servent , les directeurs de troupes veulent vous apitoyer, messieurs, sur leuriuine, qu'ils disent certaine, si ces //s de Mercure et de la nymphe Écho sont forcés de donner aux enfants d'Jpollon, qui seuls font les pièces qu'ils jouent, une part modérée dans le produit de leurs ouvrages , après avoir levé les frais. J'ai bien prouvé , par la comparaison des marchands débitants d'étoffes, qui payent tous leurs fabricants sans venir devant vous, messieurs, débiter la haute sottise qu'ils sont ruinés par ces payements ( car qui voudrait les écouler? ) , j'ai bien prouvé que la Comédie seule au monde ose déraisonner ainsi, pour intéresser l'auditoire parla voix de ses directeurs.
,Ie disais un jour à l'un d'eux : Mais si les temps sont si fâcheux que vous ne puissiez pas payer les ouvrages à leurs auteurs ( sans lesquels cependant il n'y aurait point de spectacle ) , comment donc pouvez- vous payer vos acteurs, vos décorateurs, les peintres, musiciens, cordonniers, chandeliers et perruquiers de vos théâtres? car aucun d'eux n'est aussi nécessaire aux succès où vous prétendez, (|ue Ja pièce jouée qui les mettons en œuvre. Oh! mais, dit-il , ils nous y forceraient ! Cette réponse si naïve nie paraît juger la question. Cinquante auteurs bieii isolés, loin des endroits où on les pille, n'ont janiriis eu , pour obtenir justice , la force ou le crédit qu'ont des milliers de fournisseurs des accessoires de ces spectacles, qui, présents à l'emploi que l'on fait de leurs fournitures, obligent, par leurs cris, la justice aies écouter. Les auteurs ne l'ont jamais pu ; ils ont toujours été volés.
Un autre directeur de troupe , acteur célèbre de Paris, me priait un jour d'engager quelques auteurs de mes confrères à lui laisser jouer leurs ouvrages presque pour rien , dans la semaine appelée saiiite, à son spectacle de province.
Hé! mais comment, lui dis-je , oserai-jc le proposer à des gens de lettres qui savent que vous menez à Rouen une de vos camarades, dont la grande réputation vous attirera bien du monde en celte semaine de récolte?
Oh ! mais , dit-il , vous savez bien que je suis forcé de payer vingt-cinq louis par séance à la camarade que je mène; elle ne viendrait point sans cela : ce qui emporte tout mon gain. .le lui répondis à mon tour : Si vous ne pouvez obtenir de votre propre camarade , qui n'est que d'un sixième dans le jeu de ma pièce , la plus légère diminution sur les vingt- cinq louis qu'elle exige pour aller y jouer un rôle, comment pouvez-vous demander à l'autour»
PETITION
qui n'obtient pas de vous , pour sa composition entière, le dixième de ce que vous payez à votre belle camarade, qu'il réduise à rien ce dixième? 11 m'entendit, n'insista pas; ma réponse était sans réplique. Le vrai mot de l'énigme est donc que les directeurs de spectacles , forcés de tout payer bien cher, s'y soumettent sans murmurer, pourvu qu'ils pillent les auteurs : c'est là la probité de tous.
Un autre directeur m'a dit, en hésitant, ces mots : Vous , monsieur Beaumarchais, que l'on prétend si riche , comment n'appréhendez-vous pas que l'on vous taxe d'avarice, en exigeant sévèrement un payement pour vos ouvrages? Mon cher monsieur, lui répondis-je , feu la maréchale d'Estrées avait deux cent mille livres de rentes -, jamais je n'en ai pu tirer «ne bouteille de vin de Sillery sans lui avoir, au préalable, donné un écu de six francs, et personne ne l'accusa d'avarice ni d'injustice; et cependant ma pièce est bien plus ma propriété que sa vigne n'était la sienne. Et puis, connaissez-vous l'usage que je fais de cet argent-là? S'il m'aide à soutenir quelques infortunés , ai-je chargé ces directeurs d'être mes aumôniers secrets? Et les fillettes qu'ils confessent sont-elles au nombre de mes pauvres ? 3Iais , que je sois avare ou non , quelqu'un a-t-il le droit d'envahir ma propriété ?
Si l'on croyait devoir s'apitoyer pour tous ces directeurs de troupes, qui se disent souffrants , en s'emparaut de nos ouvrages , que fera-t-on pour les auteurs , dont la propriété , presque nulle pendant leur vie, est perdue pour leurs héritiers cinq années après leur décès? Toutes les propriétés légitimes se transmettent pures et intactes d'un homme à tous ses descendants. Tous les fruits de son industrie , la terre qu'il a défrichée, les choses qu'il a fabriquées y appartiennent , jusqu'à la vente qu'ils ont toujours le droit d'en faire, à ses héritiers, quels qu'ils soient. Personne ne leur dit jamais : Le pré , le tableau , la statue , fruit du travail ou du génie, que votre père vous a laissé, ne doit plus vous appartenir, quand vous aurez fauché ce pré , ou gravé ce tableau, ou bien moulé cette statue, pendant cinq ans après sa mort ; chacun alors aura le droit d'en profiter autant que vous : personne ne leur dit cela. La propriété des auteurs , par une exception affligeante, est la seule dont l'héritage n'a de durée que cinq années , aux ternies du premier décret. Et pourtant, quel défrichement, quelle fabrication pénible , quelle production émanée du pinceau, du ciseau des hommes, leur appartient plus exclusivement, plus légitimement , messieurs, que l'œuvre du tliéâtre, échappée au génie du poète, et leur coûta plus de travail ? Ceiiendant tous leurs descendants conservent leurs propriétés; le malheureux fils d'un auteur perd la sienne au bout de *tinq ans d'une jouissance plus que douteuse, ou
même souvent illusoire : cette très-courte hérédité pouvant être éludée par les directeurs des spectacles, en laissant reposer les pièces de l'auteur qui vient de mourir, pendant les cinq ans qui s'écoulent jusqu'à l'instant oij les ouvrages, aux termes du premier décret, deviennent leur propriété, il s'ensuivrait que les enfants très-malheureux des gens de lettres , dont la plupart ne laissent de fortune qu'un vain renom et leurs ouvrages , se verraient tous exhérédés par la sévérité des lois !
Voyez, messieurs, ce qu'il en est de quelques vieillards gens de lettres : plusieurs ont perdu les pensions dont ils vivaient sur les journaux ; l'un d'eux , chargé du poids de plus de quatre-vingts années, pour ne pas mourir de besoin , forcé de faire jouer deux tragédies qu'il gardait depuis très-longtemps, pour que sa nièce en héritât, va peut-être mourir avant qu'elles aient eu le succès qui peut sustenter sa vieillesse ! S'il les fait imprimer, messieurs, les directeurs de troupes les joueront sans lui rien payer ; s'il les fait jouer sans qu'on imprime, il n'en tirera presque rien : on les laissera reposer les cinq années qui le suivront. Puis, devenue alors une propriété publique, lui ni son héritière n'auront recueilli aucun fruit d'ouvrages qui peuvent enrichir, après sa mort, tous les spectacles qui voudront les représenter; tandis qu'un directeur de troupe, ayant gagné cent mille ccus à ne rien payer aux auteurs, en fera jouir à perpétuité ses enfants ou ses héritiers , en leur laissant et pièces et spectacle ! Lesquels sont les plus malheureux , des directeurs ou des auteurs?
Les gens de lettres sont presque tous malaisés , mais fiers ; car point de génie sans fierté : et cette fierté sied si bien à des instituteurs publics! Moi, le moins fort peut-être , mais l'un des plus aisés , j'ai pensé qu'il me convenait de me rendre avare pour eux. Ce qu'ils dédaignaient tous de faire, j'ai cru devoir m'en honorer. On ne m'a pas fait l'injustice de croire que j'en fisse un objet d'intérêt personnel. Mais de cela seul que je me fis le méthodiste d'une affaire qui jusque-là n'avait été que trouble, perte et désordre, on s'est gendarmé contre moi : des libelles , des invectives , sont devenus ma récompense. Je n'en veux tenir aucun compte : si ces considérations arrêtaient, on ne serait utile à Eien .
J'ai promis de répondre un mot à l'absurde argument qu'o» fait sur le texte des permissions que l'on accordait aux auteurs, d'imprimer et de rejrrésenter kurs pièces. Tous ces auteurs n'étant ni imprimeurs ni comédiens, il est bien clair que cette permission était pour eux celle de faire imprimer et défaire représenter. La précaution prise en faveur des mœurs n'avait aucun rapport à leur propriété , ne la donnait ni ne l'ôlait , mais n'en faisait
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
part à nul autre. Comuient ose-t-on exciper d'une formule uniquement morale , pour usurper une propriété? Si une telle loi existait, qui ôtât aux auteurs la propriété de leurs pièces dès qu'ils les font imprimer ou graver, aucun auteur ne ferait imprimer ses oeuvres; il ne resterait rien pour l'instruction publique; tous les imprimeurs et graveurs seraient ruinés par cette loi. Ces tristes raisonneurs, qui dirigent les troupes et vivent du talent des comédiens et des auteurs , en deviendraient plus malaisés eux-mêmes ; car , indépendamment du prix de ces ouvrages , qu'ils ne pourraient plus dérober aux auteurs , il faudrait qu'ils en fissent faire autant de copies à la main , à trois louis pour les pièces parlées, au lieu de vingt-quatre ou douze sous à quoi leur revient l'impression : au lieu de dix-huit francs que leur coûte la pièce en musique gravée, ils dépenseraient vingt-cinq louis pour chaque partition avec les parties séparées. C'est bien alors , messieurs , qu'ils jetteraient tous les hauts cris! Cette impolitique mesure, ayant pris la forme de loi, serait funeste à tout l'empire.
Je crois avoir bien répondu à toutes les fausses assertions des directeurs de nos spectacles.
En me présentant seul , j'ai détruit d'un seul mot la futile apparence d'une corporation supposée.
.l'ai montré, par mon seul exemple , qu'ils n'ont pas dit un mot de vrai sur notre conduite avec eux , relativement à nos réclamations; j'ai prouvé que tous les auteurs n'avaient jamais cessé d'en faire ,
et qu'en ma qualité de leur représentant je les avais faites pour tous.
J'ai prouvé que , malgré des actes publics et toutes mes réclamations, on m'avait volé mon ouvrage , après l'avoir déshonoré.
J'ai bien prouvé que nos réclamations ne devaient avoir eu jamais aucun effet , puisqu'un ministre bien despote n'avait pu se faire obéir par ces directeurs de province ; tant est sûre et puissante la secrète influence qu'ils ont partout à leur disposition !
J'ai prouvé qu'ils n'avaient nul droit déjouer en province , et sans le payer aux auteurs , les pièces qu'on ne jouait pas à Paris; sans leur rendre un prix convenu , soit qu'elles fussent ou non imprimées.
J'ai bien prouvé , par la comparaison des débitants d'étoffes, combien devient risible cette doléance fondée sur la nécessité de payer l'ouvrage à l'auteur , surtout quand celui-ci, tous les frais prélevés, se contente de demander un septième sur le produit. Car ce qui pourrait arriver de plus vraiment avantageux à ces perfides raisonneurs, ce serait d'avoir à payer à un auteur, pour son septième , soixante-dix mille francs ; ce qui prouverait seulement que la troupe a tiré de l'ouvrage quatre cent quatre-vingtdix mille francs de profit net.
J'ai dit, sages législateurs. Les gens de lettres, pleins de confiance , attendent avec respect votre dernière décision.
Signé Cabon de Beaumarchais.
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