AU ROI
Juin 1774.
SiBE,
Lorsque j'avais l'air de fuir l'injustice et la persécution au mois de mars dernier, le feu roi votre aïeul savait seul où j'étais ; il m'avait honoré d'une commission particulière et très-délicate en Angleterre, ce qui m'a fait faire quatre fois le voyage de Londres à Versailles en moins de six semaines.
Je me pressais enfin de rapporter au roi les preuves du succès de ma négociation , sur laquelle j'avais été croisé de toutes les manières possibles. A mon arrivée à Versailles , j'ai eu la douleur de trouver le roi mourant; et quoiqu'il se fdt inquiété dix
fois de mon retard avant de tomber malade , je n'ai pas pu même avoir la consolation de lui faire savoir que ses ordres secrets avaient eu leur entière exécution.
Cette affaire délicate intéresse Votre Majesté par ses suites , comme elle intéressait le feu roi par son existence. Le compte que je venais lui rendre n'est dû qu'à Votre Majesté ; il y a même des choses qui ne peuvent être confiées qu'à elle seule. Je la supplie de vouloir bien honorer de ses ordres à cet égard le plus malheureux, mais le plus soumis et le plus zélé de ses sujets.