‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 572 sur 630 · M. DE SARTINES · texte numérisé non relu

M. DE SARTINES

Pour VOUS seul.

Londres, ce 14 janvier 1776-

Je profile du courrier que j'envoie à M. de Vergennes, pour vous prévenir que, si mes lumières acquises ne me trompent pas aujourd'hui , tout cela a des branches (lui vont si haut , qu'il y a peut-être

LETTRES

autant de danger d'agir d'un côté qu'il y a d'inconvénients à laisser faire de l'autre.

Cette réflexion de profonde politique est pour vous seul. Je prendrai de telles précautions, que toute idée relative à vous sera écartée à mille lieues; et ménie, s'il est possible, toutes celles relatives à moi et aux. soins que je me donne. Au reste, si vous n'aviez pas fait approuver l'arrangement de précaution que je viens d'établir pour l'avenir , je ne voudrais pour rieu au monde me mêler davantage de cette besogne : ceci me paraît être l'arbre et l'écorce de Platon , entre lesquels l'homme prudent ne doit pas mettre le doigt. Allez dans vos idées aussi loin que vous voudrez , sans craindre d'aller trop loin , et vous approcherez du but.

Au fait, en vérité, l'on ne veut que brouiller, et protiter de la division pour s'emparer du roi; alors vous seriez certainement perdu. Voilà ce qui a rapport à vous, et me touche infiniment. Quant à moi, je ne suis rien; mais je m'arrange pour que l'avenir ne soit plus sur mon compte aux yeux des mécontents. Pour le passé, il n'est pas en mon pouvoir d'empécherles ressentiments qu'on me garde; ce sera au roi à m'en garantir, et eu vérité c'est la moindre chose qui me soit due.

En voilà assez pour cet objet; ne faites pas perdre un instant à mon courrier. M. de Vergennes vous communiquera sans doute ma grande dépêche ministérielle.

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