VIEILLE RONDE GAULOISE
Pour la rentrée (I'Eugénie Beaumarchais de son couvent dans la maison paternelle.
DÉDIÉE A SA MÈUE PAK SON PÈHE.
Sur l'air : Ho.' ho! s'iit-il, c'est la raison Que je sois maître en ma maison.
Hier, Augustin-Pierre , Parcourant son jardin, Regardant sa chaumière.
Disait d'un air chagrin :
Je le veux ; car c'est la raison Que je sois maître en ma maison.
Quelle sotte manie ,
Du bonheur me privant ,
Retient mon Eugénie
Dans un fatal couvent.^ Je veux l'avoir : c'est la raison Que j'en sois maître en ma maison.
Elle use sa jeunesse
A chanter du latin ,
Tandis que la vieillesse
Me pousse vers ma fin !
Tant que je vis, c'est la raison Que je l'embrasse en ma maison.
Sa mère , et vous , ses tantes , Courez me la chercher ; Vous , nos braves servantes , Préparez sou coucher :
BEAUMARCHAIS
bis.
bis.
bis.
bis.
Préparez-le ; c'est la raison Qu'on m'obéisse en ma maison.
Roussel ! ouvrez la grille ;
.Te l'entends, je la voi.
l\les amis , c'est ma fille
Qu'on ramène chez moi !
Pense7,-vous pas que c'est raison Qu'elle entre en reine en ma maison ?
Dans mon verger de Flore, Vois mes berceaux couverts ; Chaque arbre s'y colore.
Mes gazons sont plus verts :
C'est toujours la belle saison Quand tu parais dans ma maison.
Tous ces beaux, que l'on nomme,
Te lorgnent-ils déjà ?
Dis-leur : Mon gentilhomme ,
N'étes-vous que cela ?
Des parchemins et du blason N'ouvriront point cette maison.
Esprit en miniature ,
Gros col et soulier plat ,
Breloque à la ceinture ,
Bien étriqué, bien fat!
Rions-en , car c'est la raison Que l'on s'en moque en ma maison.
Si quelque autre , plus tendre ,
Te fait contes en l'air,
Laisse-moi les entendre;
Car ton père y voit clair :
Je te dirai si c'est raison Qu'il soit reçu dans ma maison.
Tel excellent jeune homme
Voit le ciel dans tes yeux ;
Dis-lui : Bel astronome ,
Parlez à ce bon vieux ; Il est mon père, et c'est raison Qu'il ait un gendre à sa façon.
S'il a pour la tribune
Quelque talent d'éclat ,
Qu'importe sa fortune?
Juge, écrivain, soldat, Esprit , vertu , douce raison :
Voilà son titre en ma maison.
Enfin , s'il se sait faire Un beau nom quelque jour, Surtout s'il sait te plaire , S'il n'est point de la cour,
Je lui dirai : Mon beau garçon ,
Épouse-la dans ma maison.